‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 4)Chapitre 91 sur 128 · A la maréchale de Mirepoix · texte numérisé non relu

A la maréchale de Mirepoix

ils entendent finesse à tout et ont toujours le mot pour rire. Mandez-moi le succès de vos billets au grand-papa. Je le plains bien s'il ne peut pas se rendre à vos ordres. Il n'y a point de souper que je ne quittasse pour le vôtre, point de bons mots auxquels je ne fermasse l'oreille pour en entendre un de votre bouche. Point de vanité littéraire que je ne sacrifiasse au plaisir de vous dire tout simplement, tout bêtement, tout grossièrement, mais très-sensiblement que je vous aime de tout mon cœur.

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce dimanche, 2 juillet 1*709.

Ah! oui, chère grand' maman, vous êtes un peu rouillée; quoi, vous croyez la décence nécessaire à un bon mot, et c'est positivement l'indécence qui fait tout le sel de celui-ci. Celui qui Ta dit, celui à qui il a été dit, celle qui l'a raconté, c'est tout cela qui le rend charmant ! C'est ce maudit abbé qui vous a empêchée d'en sentir tout le plaisant. Je n'ai vu que lui au monde allier deux choses aussi contraires, le pédantisme dans ses jugements, et la facilité, la grâce, la gaieté, la simplicité, etc., etc., dans ce qu'il dit et ce qu'il écrit. Il dira : pourquoi m'appelle-t-elle maudit? Parce que vous Tètes par moi, monsieur l'abbé, entendez-vous? — Vous êtes abominable de retenir la grand' maman, de ne vouloir pas que sa petite-fille partage avec vous le plaisir de la voir; vous êtes un envieux, un jaloux; enfin, je vous déteste. Vous vous amusez à faire de la grand'maman votre écolière. Elle place dans sa lettre, sur le mot hermétiquement, deux lignes qui auraient été bien mieux remplies par ces paroles : Ma petite-fille, je m'ennuie trop de ne vous point voir pour rester ici jusqu'à la dernière extrémité. J'arriverai au plus tard le 9, je resterai avec vous

cinq ou six jours, et le plaisir que je vous causerai vie parait préférable à la pluie et au vent de Clianteloup. Voilà, monsieur l'abbé, ce qu'il fallait laisser dire à la grand' maman, mais c'est que vous voudriez qu'elle ne fût hermétiquement qu'à vous et qu'il n'y eût de place pour personne; cela est vilain, mais très-vilain.

Oui, ma grand' maman, je verrai mon baron ce soir. Que de questions je lui ferai, et combien sa lenteur m'impatientera ; il ne trouvera pas les fâcheux; mais madame de Chateaurenaud , qui me fait fort bien à cause de vous.

Vous voulez savoir le succès des billets au grand-papa? Vous vous en doutez bien; aucune suite; on le voit à l'Opéra, chez madame Rouillé, que sais-je, partout, et moi je n'en entends pas parler. A l'égard du souper d'hier, ce n'est pas sa faute, il ne vint point à Paris, il y avait conseil. Ce souper se tourna tout de travers; la princesse1 a des hémorrhoïdes qui l'empêchèrent de venir et qui l'empêcheront d'aller en Lorraine; j'avais la meilleure chère du monde, et nous ne fûmes que trois qui soupâmes; le Toulouse5, le chevalier et moi; le prince et l'aîné Chabot avaient dîné. En sortant de table nous montâmes en carrosse et nous fûmes visiter la princesse, chez qui nous trouvâmes la princesse belle -fille 8 et M. de Bezenval. Je fais mon possible pour retenir mon chevalier4, qui veut partir mercredi 5. Je fais ce que je peux pour le faire retarder jusqu'au mercredi 12, en le flattant de l'espérance de vous revoir. Si vous m'écrivez promptement et que je puisse lui dire le jour de votre arrivée, je ne doute pas qu'il ne vous attende. Vous recevrez cette lettre mardi au soir, je puis recevoir votre réponse vendredi matin. L'abbé hausse les épaules et s'étonne qu'on puisse mettre tant de vivacité aux choses qui ne lui font rien. Mais, monsieur l'abbé, à

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