LES ROMANS FRANÇAIS
DEPUIS LE RÈGNE DE LOUIS VII JUSQu'aU REGNE DE FRANÇOIS I.
i JE nom de roman fut long-tems appliqué à presque tous les ouvrages de quelque étude qui furent composés dans la langue romance; mais le genre d'ouvrages que ce nom désigne aujourd'hui remonte à la plus haute antiquité. C'est dans l'Orient , sans aucun doute , qu'il en faut chercher l'origine. Les Indiens et les Persans furent les premiers romanciers. Les Grecs de l'Ionie apprirent des Persans Fart de composer ces fables voluptueuses connues sous le nom de fables milésiennes. De ce nombre est Psyché^ qu'Apulée a bien fait de traduire, et qui nous charme au milieu de son livre, aussi bizarre qu'ennuyeux. \lAne d'or d'Apulée et le Roman satirique de Pétrone sont à peu près les seules productions
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que les Romains nous aient laissées dans ce genre d'écrire, mais sous la domination romaine, les Grecs en composèrent un grand nombre; et, sans faire mention de Parthénius, qui écrivait du tems d'Auguste, à Tépoque des Antonins, on trouve Jamblique, Lucius de Patras, et le célèbre Lucien. Il ne faut pas oublier Tévéque Héliodore, qui, deux siècles plus tard, et sous le règne de Théodose, composa Théagène et Cariclée, roman plein dintérét et (Fimagination. Le tems où vivait Longiïs serait difficile à déterminer avec certitude; mais ce qui n'est pas incertain, c'est la supériorité de son ouvrage sur tous les romans grecs qui nous sont parvenus. On peut aller plus loin : malgré les tentatives sans nombre faites en Italie, en Espagne et en France, le roman de Daphnis et Chloé reste encore le meilleur dans le genre pastoral. Il est aussi le plus ancien, je dis toujours dans le même genre; si toutefois on n'adopte pas le sentiment énoncé par Huet , évéque d'Avranches, dans sa lettre à Segrais, sur l'origine des romans : Huet remonte jusqu'à Salomon. C'est dans le Cantique des Cantiques que se trouvent à la fois, selon lui, les premières formes de roman, d'idylle et de dialogue dramatique. Nous ne voulons pas démentir le pieux auteur de la démonstration évangélique ; mais sur beaucoup de points nous pro-
^iF.nvi*'s aiiriennes. IV. q
i3o LEÇON
fessons le scepticisme, avec le savant auteur du Traité sur V incertitude des sciences ^
Chez les nations septentrionales qui commencèrent à prendre quelque consistance vers la fin du quatrième siècle, quand l'empire romain se précipitait vers sa ruine, des poètes, assez semblables aux prophètes hébreux, chantaient les événemens mémorables, les combats célèbres, et la mémoire des héros morts pour la patrie. L'amour et la religion inspiraient aussi ces Scaldes de Norv^ège, ces Bardes de la Germanie et des Iles Britanniques; mais l'amour fatal et malheureux, mais un paganisme aussi lugubre que celui des Grecs était riant et poétique. Tel était le génie de ces peuples ignorans, guerriers et superstitieux. Chez eux, les mœurs, les institutions, et ce qui tenait lieu des arts : tout était sombre comme leurs nuages. Alors, ou, si l'on veut, dès la fin du troisième siècle, vécut Ossian, fils de Fingal. Il nous reste à peine de lui quelques fragmens en ancien gallique , fragmens dont l'authenticité même n'est pas démontrée. C'est d'après ce fonds peu considérable que, il y a près d'un demi-siècle, Macpherson crut pouvoir rédiger en prose anglaise les prétendus poèmes d'Ossian : fatras mo-