‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 5)Chapitre 19 sur 73 · FRANÇAISE. 17T · texte numérisé non relu

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morphoses d'Ovide, le poëme de Lucrèce, celui de Mauilius, et n'analyse point les Géorgiques.

L'art dramatique chez les anciens remplit les deux chapitres suivans. UEssai sur les Tragiques grecs, ouvrage de la jeunesse de La Harpe, se trouve ici avec des changemens heureux; mais il serait à désirer que l'auteur eût corrigé davantage les Imitations en vers qu'il a cru devoir y mêler. Elles semblent fort inférieures à ses imitations de la Pharsale, soit qu'il les ait moins travaillées, soit qu'on approche plus aisément de Lucain que de Sophocle et d'Euripide. Au reste , c'est avec un goût éclairé qu'il apprécie le génie et les ouvrages d'Eschyle et de ses deux illustres successeurs. Plus court et non moins judicieux dans V Examen des Tragédies de Sénèque, sans négliger leurs beautés, il signale leurs nombreux défauts. De même, en passant au genre de la comédie, il énonce sur Aristophane, sur Plaute, sur Térence, des opinions qui depuis long-tems étaient admises chez tous les vrais littérateurs. Il dit un mot de Ménandre , et cite en partie l'éloge qu'en fait Plutarque ; il aurait pu y joindre l'éloge plus remarquable encore qu'en fait Quintilien ; mais il eût mieux valu traduire en vers quelquesuns des fragmens qui nous sont restés de ce celebre poète comique. Il y en a de précieux; et La Harpe les eût très-bien rendus; car ils sont du

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genre tempéré : celui qui convenait le mieux à son talent , témoin les vers de Mélanie.

Il lui était difficile au contraire d'atteindre à la poésie élevée; et l'on en voit plus dune preuve, lorsque , dans les derniers chapitres de ce premier livre, il examine successivement l'ode, l'églogue, la fable, la satire, l'épître et Félégie chez les iVnciens. Il essaie de traduire en vers le début de l'ode que Pindare adresse au roi Hiéron; mais ce début est dithyrambique; et l'on sait que La Harpe n'excellait pas dans le dithyrambe. Il n'est ni plus heureux ni plus fidèle en imitant quelques odes d'Horace, et la première élégie de Tibulle. Comme critique, il mérite presque toujours des louanges; et , si nous sommes contraints d'avouer que son article sur la poésie pastorale est un peu vide, nous nous empressons d'ajouter qu'en traitant des autres genres , il est beaucoup plus instructif. Sur les trois satiriques latins, par exemple, et sur ces poètes plus doux qui ont fait soupirer l'élégie, ses jugemens paraissent incontestables. Ils nous sont transmis, il est vrai, depuis leurs contemporains; mais, s'il les répète après beaucoup d'autres, beaucoup d'autres les répéteront après lui.

Le second livre a pour objet l'art oratoire, que La Harpe appelle l'éloquence , en confondant deux idées très-distinctes, puisque l'éloquence peut se trouver et se trouve en effet, hors des orateurs.

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iians quelques philosophes, tels que Flatou et r J. J. Rousseau ; clans les i^^raiuls historiens de Tantiquité, dans les grands poètes de toutes les nations. La Harpe a négligé ou plutôt écarté la Rhétorique d'Aristote ; mais il analyse avec beaucoup de soin les Institutions oratoires de Quintilien , livre excellent dont il fait sentir tout le mérite. 11 ne donne pas moins d'attention aux trois ouvrages que Cicéron a composés sur la rhétorique. Des préceptes il en vient aux exemples, et rend compte des discours deDémosthèue, particulièrement des P Iiilippiques et de VOraison pour la Couronne. 11 n'oublie pas la harangue d'Eschine, harangue si belle, et pourtant si inférieure à la réponse de Démosthene. Le plus fécond et le plus varié des orateurs, Cicéron, l'occupe long-tems. Le critique examine tour à tour les terrines, les Catilinaires , les Discours pour Muréna, pour le poète Archias, pour le tribun Sextius, et cette Milonienne ^ admirable en toutes ses parties. 11 traduit aussi quelques fragmens de ce discours contre Antoine, où Cicéron, trop accusé de timidité par des écrivains modernes, fit éclater à tant de reprises un courage qu'il paya de sa vie. L'article est terminé par une apologie du Discours pour Marcellus. Le dictateur César était juge exclusif de cette cause; et sel Cicéron lui prodigue des louanges que le critique veut justifier; mais on a lieu de s'étonner que La

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HarjDe oublie complètement un autre discours bien supérieur, plus cligne d'un vieillard consulaire et du père de la patrie, le discours prononcé devant le même dictateur, pour la défense de Ligarius: discours animé, rapide, inspiré, le plus pathétique et le plus entraînant peut-être que nous ait laissé l'antique éloquence.

Dans un appendice que l'auteur avait lu aux Écoles normales, il s'étend de nouveau sur Démosthène et sur Cicéron. Il y soutient aussi , contre Tavis de plusieurs personnes éclairées, que, vers la fin du moyen âge, l'érudition a plutôt accéléré que retardé les progrès des langues et des littératures modernes. A l'appui de son opinion , il a raison de citer comme érudits le Dante, Pétrarque et Bocace ; mais il n'a pas raison d'ajouter ces lignes étranges : « On sait qu'ils florissaient tous a trois au quatorzième siècle, au tems de la prise « de Gonstantinople, quand tout ce qui restait des « lettres anciennes reflua vers l'Italie, w On ne sait rien de tout cela sans doute. On sait au contraire que Mahomet 11 prit Gonstantinople en i453, par conséquent au milieu du quinzième siècle , et non pas au quatorzième; on sait déplus que Pétrarque et Bocace étaient morts près de quatre-vingts ans avant cette époque; on sait encore que la mort du Dante lui est antérieure de plus de cent trente ans. Voilà beaucoup de méprises en peu d'espace;

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et, puisqu'il s'agit d'éruditiou, peut-être le suf- Ira^e de l'auteur a d'autant plus de poids qu'il est pins désintéressé; mais on peut manquer à la chronologie , et ne pas blesser les règles du goiit : cet appendice en fournit la preuve. Un dernier chapitre est consacré aux deux Phne, et les fait très-bien connaître. A considérer l'ensemble, malgré des omissions entre lesquelles nous n'avons remarqué que les principales, malgré les erreurs singulières que nous avons relevées à regret , ce second livre est fort estimable ; et c'est ce qu'il y a de plus judicieux, de plus substantiel, de mieux fait, à tous égards, dans le Cours de littérature ancienne.

Le troisième livre concerne l'histoire , la philosophie, et la littérature mêlée: c'est l'expression même de l'auteur. Les premiers noms qui paraissent sont ceux d'Hérodote et de Thucydide ; mais on voit avec peine que des historiens d'un tel ordre n'aient inspiré que deux pages insignifiantes. L'article de Xénophon n'est pas meilleur; celui de Plutarque est sans caractère; il n'y a pas d'article pour Arrien , l'un des principaux historiens d'Alexandre; et le nom de Polybe est à peine prononcé. Le critique est moins superficiel sur les historiens latins: il apprécie avec justesse Sallnste ft lite-Live; et son style, qui n'est d'ordinaire qu abondant, clair et correct, prend de la couleur

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et de l'énergie dans quelques lignes sur Tacite; mais on cherche en vain un article sur les Commentaires de César; et cette omission n'est pas facile à concevoir de la part d'un littérateur qui veut bien placer Quinte-Curce entre les historiens du premier ordre, et qui d'ailleurs n'oublie ni Justin, ni Florus, ni Cornélius Nepos, ni Suétone: historiens si éloignés du rang de César. L'appendice où l'auteur compare les formes des historiens anciens et celles des historiens modernes pouvait €t devait être beaucoup plus approfondi. Disons plus : les questions qu'il présentait n'y sont pa^ traitées; et la traduction de quelques belles harangues latines est tout ce qu'on peut y remarquer d'intéressant.

Trois philosophes seulement ont des articles étendus : Platon parmi les Grecs, Cicéron et Sénèque entre les Latins. L'article de Platon fatigue de tems en tems; et peut-être ne tenait- il qu'à Fauteur d'y être un peu moins grave. On lit avec beaucoup plus de plaisir l'analyse des ouvrages philosophiques de Cicéron, soit que La Harp€ l'ait soignée davantage , soit que des rêveries pompeuses et des subtilités scolastiques ne puissent attacher le lecteur autant qu'une philosophie sans sophismes et sans mystères. Le critique attaque clans Sénèque l'homme public, l'homme privé, l'écrivaiîi , le philosophe. Tout l'article est un vio-

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lent plaidoyer; et ce plaidoyer tient deux ceuts passes, où La Harpe a mis, dans chaque ligne , l'accent de la haine personnelle. Sénèque n'était pourtant pas son contemporain; mais Diderot l'était. Il venait de publier \ Essai sur la vie et les écrits de Sénèque: aussi T.a Harpe ne l'a-t-il pas moins maltraité que Sénèque lui-même. Il se permet, en le réfutant, les mots ^impudence et de mensonge ; et , comme Naigeon était l'ami et l'éditeur de Diderot, Naigeon a sa part des injures que La Harpe distribue avec une prodigalité déplorable. Le court chapitre de la littérature mêlée n'a rien qui puisse nous arrêter. On y remarque à peine quelques notions incomplètes sur les romans grecs et latins, ou du moins sur Daphnis et Chloé, sur VÂne d'Or, et un article assez vulgaire sur Lucien , qui pouvait en fournir un trèspiquant. Tel est le Cours de littérature ancienne. Nous avons rendu justice au mérite continu du second livre ; le reste est fort inégal : il y a beaucoup à reprendre, et beaucoup à louer.

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