ANALYSE DE L'OEDIPE A COLONE
plus viles, il est doux pour moi de placer le laurier de Sophocle sur le front d'un vrai poète tragique, qui, dans ses premiers essais, a connu l'éloquence du cœur et la puissance des larmes, et dont l'honorable vieillesse ^ soutient encore aujourd'hui , chez l'étranger, l'antique renommée de notre théâtre.
1. Ducis était âgé de soixante-sept ans lorsqu'il fit représenter sa tragédie à'OEdipe à Colone. [Note de l'Editeur.)
FRAGiMENS
SUR
LES UNITES DE JOUR ET DE UIEU Dans les poèmes dramatiques.
iVLÉTASTASE a prouvé longuement, mais d'une manière convaincante , que les Anciens ne se croyaient point obligés d'observer les unités de jour et de lieu.
Ouvrez les Euménides d'Eschyle. Une moitié de la pièce se passe à Delphes, dans le temple d'Apollon; l'autre moitié, dans Athènes, au temple de Minerve : il est clair qu'il y a changement de heu. Dans les Trachiniennes de Sophocle, Déjanire,qui demeure à Trachinium, donne à Licas une robe empoisonnée pour la porter à son époux Hercule, qui est sur le promontoire Cénée. Licas exécute sa commission. Hillus, fils d'Hercule, est témoin des effets de ce fatal présent. 11 court à Trachinium, en faire le récit à sa mère Déjanire. Le spectateur ne voit que Trachiniimi ; mais, de Tra-
'>M UNITES DE JOUK El DE LIEU
cbiiùuni au promontoire Cénée , il peut y avoir soixante milles d'Italie; et, dans le cours de la pièce , on fait deux fois ce voyage : l'unité de jour est certainement violée.
Dans Ajax porte -fouet ^ du même Sophocle, Ajaxfait entendre aux spectateurs qu'il veut chercher pour se tuer un endroit plus solitaire, afin de n'être point empêché par le chœur qui l'environne ; il part , et reparaît bientôt, mais non plus entouré du chœur : il a trouvé le lieu qu'il cherchait, et il se tue. Ce lieu ne saurait être celui d'où il est parti.
Dans les Oiseaux d'Aristophane, Faction commence sur la terre, et finit en l'air , dans la ville de Néphélococcygie. Dans la Paix du même auteur, la scène se passe d'abord sur l'Atmon, puis en l'air, puis au ciel, puis sur la terre, devant la grotte où la Paix est renfermée. Est-ce là garder l'unité de lieu?
Le P. Brumoi a donc eu tort d'affirmer que les Grecs rejetaient tous les sujets qui ne pouvaient s'allier avec la rigueur des trois unités. L'abbé d'Aubignac avait eu ce tort avant lui ; mais comment le P. Brumoi , qui a traduit les poètes grecs, ne s'est-il pas aperçu qu'ils ont évidemment ignoré ces lois prétendues?
Dans ÏAululaire de Plante, Euclion dit, à la fin du troisième acte, qu'il veutaller cacher son trésor
DANS LIlS POKAIKS nUAMAlIQl KS. /i()
dans le ttMiiplo do la l'iilélité. Au c[uatnenit' acle, Euclion se trouve au lieu qu'il désirait. Il y a donc chauironient de lieu.
Dans VHediitontimorumé/ios de Térence, il se passe un jour du commencement de la pièce jus- (|u'à la troisième scène. Au septième vers de cet acte, il commence à faire nuit : vesperascit. Au premier vers du troisième acte, le jour venait : Fuciscit hoc jam. Il s'est écoulé, pendant l'intervalle, une nuit entière, consacrée aux fêtes de Bacchus; et il reste encore trois actes pour que la pièce soit dénouée : il n'y a donc pas unité de jour. Ménage avait fait celte objection dans le dernier siècle. Madame Dacier a prétendu que XHeautontimoruméuos commence à l'entrée de la miit. La preuve du contraire est ce vesperascit^ au second acte. Ménage , et Métastase après lui , n'ont pas trouvé , dans celte pièce, l'unité de lieu mieux observée que l'unité de jour. En effet , dans la première scène, on voit le vieillard Ménédème occupé à labourer la terre. Il croit que l'excès de sa rigueur a réduit son fds au désespoir; il croit avoir perdu son fds; et, voulant se punir lui-même, il s'est condamné à des travaux pénibles. Tout le reste de la pièce se passe dans la rue. Certainement on ne laboure pas dans la rue. Madame Dacier répond à cette objection de Ménage, (jne Ménédème ne travaille pas dans ce moment,