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vaincues dans le Lutrin; et les beautés originales (le ce chef-d'œuvre, iniique en son genre, et dans lequel Roiloau se montra si supérieur au froid Tassoni , dont il daigne cependant invoquer la muse. L'Editeur apprécie avec la même sagacité la traduction du Traité du sublime^ et ces ré- (lexions critiques remplies de tant d'excellens principes , et consacrées en partie à la défense des grands écrivains de l'antiquité. La prose de Boileau, sans doute, est fort loin d'égaler ses vers; et son éditeur en convient; car il est trop judicieux pour être un panégyriste perpétuel. Il voit avec peine que Boileau, dans son Art poétique , après avoir donné trop d'importance au sonnet, garde \\\\ silence absolu sur l'apologue et sur La Fontaine ; qu'il ne soit même qu'à moitié juste envers Molière. Toutefois, dans la belle Épitre à Racine^ publiée trois ans après Y Art poétique ^ Boileau rendit à Molière un hommage aussi complet que mérité. Il avait été son ami fidèle; il resta celui de La Fontaine, négligé par Louis XIV; celui de Patru indigent, celui d'Arnaud persécuté; mais son plus intime ami J ut Bacine ; et cette intimité de trente-cinq ans entre nos deux poètes les plus éminemment classiques fournit à l'auteur du discours un morceau qui nous paraît plein de finesse et de vérité . Le voici : c Despréaux, qui avait (enseigné à Bacine Tart
« des beaux vers, ne mesura qu'avec orgueil l'é- « tendue des rapides progrès de son disciple. « Quand Racine , appliquant cet art à l'un des « plus augustes genres de la poésie, fut devenu « maître à son tour, et, s'il faut le dire , le pre- « mier des maîtres , Despréaux l'en aima davan- « tage, et ne permit à personne d'admirer faible- « ment des chefs-d'œuvre plus grands que les siens « propres. Le trait de ressemblance le plus frap- « pant entre ces deux hommes pouvait n'en faire « que deux rivaux : ils étaient et ils sont encore , « parmi les poètes français , les deux plus parfaits « écrivains. Leurs talens et leurs caractères diffé- « raient en tout le reste : le satirique Despréaux « pardonnait jusqu'aux offenses qu'il avait faites; « le tendre Racine n'oubliait aucune de celles qu'il « avait reçues. Despréaux, fier et brusque, ne « savait point haïr; le dévot Racine aurait eu peu « d'efforts à se commander pour devenir méchant. «Courtisan plus poli qu'habile, Racine chercha « plus de faveurs qu'il n'en obtint ; Boileau , (' moins circonspect et moins façonné , ne se plai- « gnit que de trop réussir à la cour ; il y sut à la <( fois mieux blâmer et mieux louer. Racine , «époux et père, avait besoin de recueillir tout « le fruit de ses veilles ; le célibataire Despréaux, « qui ne retirait aucun profit de ses propres «œuvres, a pris soin, à l'insu de Racine, de
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a quelques éditions de ses tragédies. Cette amitié, <( sauî? altération, sans nuage, se resserra durant « trente - cinq ans, jusqu'au jour où l'auteur de u Phèdre, reposant sur Boileau ses derniers re- « orards, se félicita de mourir le premier : paroles «qu'il faut se rappeler quand on loue Racine, « mais qui n'honorent pas moins celui qui avait u mérité que Racine expirant les lui adressât ! »
Depuis Racine et Boileau, tous les maîtres se sont glorifiés d'être leurs élèves; et malheur au poète français qui ne serait pas de leur école ! Tous deux eurent les mêmes ennemis tant qu'ils vécurent; mais la renommée de Racine, désormais parvenue aussi haut qu'il a porté notre I poésie et l'art tragique , semblait alors moins généralement établie que celle de Boileau. Celui-ci, dans les genres qu'il a traités, n'avait pas un Corneille pour devancier, pour contemporain, pour émule. On vit Britannicus n'obtenant qu'un succès douteux; Phèdre, attaquée par une cabale puissante , qui força Racine d'abandonner la carrière dramatique; Athalie^ enfin , décriée longtems; et Boileau fit, dans ces trois occasions, ce qu'il avait fait pour le Misanthrope: il opposa son opinion coiirageuse à l'opinion publique égarée. Pour lui, sa réputation s'accrut par les clameurs mêmes de ses faibles adversaires. Ses écrits eurent une voîjue immense. T^es éditions s'en mul-
lipliaient chaque année ; et , de son vivant , les seules presses hollandaises en donnèrent dix. Quelques - unes de ses productions furent traduites en vers grecs ; toutes le furent en vers latins , en vers italiens , en vers anglais ; et la traduction de son Art poétique publiée à Londres, par Soame, eut l'honneur d'être revue par Dryden, le plus grand poète que l'Angleterre eût à cette époque. Enfin Boileau fut regardé dans sa patrie comme le législateur du goût ; et les étrangers l'appelaient le poète français. Plus tard, ce concert de louanges parut s'interrompre , du moins en France. Nous avons déjà vu Diderot le juger beaucoup trop lestement ; Marmontel alla jusqu'à l'irrévérence; car, dans une épître, couronnée par l'Académie française, il osa le déclarer im poète sans feu , sans verve et sans fécondité. Des hommes supérieurs à Marmontel , et plus modérés que Diderot : Helvélius par exemple, d'Alembert, Condorcet, Conchllac, hasardèrent sur Boileau des critiques malveillantes et peu fondées. D'où pouvaient venir de telles préventions à des esprits d'un tel ordre? c'est ce que TEditeur explique avec beaucoup de talent et de justesse.
«Si l'on nous demande quelle fut, au dix-hui- « tième siècle, la véritable cause, quel fut le prin- « ci pal moteur d'un déchaînement si étrange, et en «apparence si désintéressé, nous ne craiîidrons
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«pas iriiuliqiior un honimo justement célèbre «dans riiistoire littéraire du dix-septième siècle u et dans celle du dix-huitième, Foutenelle, dont *' les ressentimens tempérés et vivaces savaient at- « teindre et saisir les occasions d'offenser tran- (c quillement. Lorsqu'en 169T il entrait à l'Acadéu mie française, dont Racine et Despréaux étaient u membres, loin d'oublier les anciennes épigram- « mes de ses nouveaux confrères , et de tenter au « moins une réconciliation apparente ou même <( normande, il se félicita de tenir, par le bonheur « de sa naissance, à un nom qui, dans l'art tra- (( gique , effaçait, disait-il , tous les autres noms. Le « choix d'une expression si indécente décelait bien « moins le désir d'exalter Corneille que le besoin (( d'affliger Racine ; et l'on doit sentir qu'il n'était rt pas au pouvoir de Boileau de pardonner à celui « qui blessait ainsi les convenances les plus vul- « gaires, tout exprès pour mieux outrager l'auteur « de Phèdre et à'Iphigénie. Cependant Racine et (( Despréaux moururent; Fontenelle survécut cinf( quante-huit ans à l'un, quarante-six ans à l'au- « tre , et employa contre les ennemis de sa jeu- (( nesse l'autorité de son patriarchat littéraire. C'est a dans son entretien, à son école, que d'Alembert, «Helvétius et plusieurs autres, apprirent à re- « léguer l'auteur de \J ri poétique entre les grands « versificateurs, et à couvrir des couleurs de l'im-
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« partialité leurs critiques injurieuses. Parmi ces «héritiers des opinions, ou plutôt des ressenti- « mens de Fontenelle, gardons-nous de compter « Voltaire, admirateur de Boileau , et toujours prêt (c à bénir son influence. S'il s'est trop permis quel- « quefois de modifier les hommages qu'il se plai- « sait à lui rendre, c'était bien moins pour secon- (f der ses détractenrs que pour se séparer de l'une « des classes de ses panégyristes ; car, après avoir « triomphé des Chapelain et des Pradon du dix- « septième siècle, le malheur de Boileau était d'être «vanté par ceux du dix -huitième. Les lourdes « louanges dont ils tourmentaient sa mémoire « n'exprimaient que leur jalousie contre ses phis « dignes successeurs; et ils ne prônaient sa re- « nommée qu'en la confondant avec les préjugés « stupides et les superstitions décrépites qu'ils « faisaient métier de soutenir. )i
Rien de plus vrai que cette observation sur Voltaire. On sait combien il était irritable. Quelques traits d'humeur lui échappèrent dans son épître à Boileau, parce que des rhéteurs de collège avaient eu l'meptie d'établir sérieusement un parallèle entre la Henriade et le Lutrin. Autant valait comparer Zaïre et \ École des maris , Mérope et Arnphitrjon, le Siècle de Louis XI F et Gil Blas. Du reste. Voltaire a souvent manifesté son admiration pour Boileau. Tout le monde sait quelle place
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éniiiiente il lui assigne dans le Temple du Goût. Voyez le Dictionnaire philosophique à rarticle f^ers; vous y trouverez ce jugement remarquable : « Il n'y a peut-être en France que Racine et Boi- « leau qui aient une élégance continue.» On trouve dans le même dictionnaire, article Poétique, quelque chose d'encore plus frappant : « Si Boileau a n'avait été qu'un versificateur, il serait à peine « connu. Il ne serait pas de ce petit nombre de u grands hommes qui feront passer le siècle de «Louis XIV à la postérité. Ses dernières satires, «ses belles épîtres, et surtout son Jrt poétique, « sont des chefs-d'œuvre de raison autant que de « poésie. » Nous pourrions citer cent autres exemples : plusieurs sont recueillis par l'Editeur avec ceux que nous rappelons ici.
De tous les discours composés sur Boileau , celui dont nous venons de rendre compte nous semble être, sans aucun doute, le mieux pensé, le mieux écrit, le plus instructif. Nous regardons aussi cette édition comme la meilleure qui ait paru. On trouve dans la vie de Boileau toutes les anecdotes authentiques relatives à ce grand poète. Les passages qu'il a imités sont rapportés à la suite de chaque ouvrage; les notes de Boileau et celles de Brossette sont accompagnées de courtes notes de l'Éditeur, ou tantôt il réfute avec égards d'Alembert, Helvétius, Condillac; où tantôt il adopte avec respect
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quelques observations de Voltaire. Il ne néglige pas des remarques de Le Brun , l'un de nos premiers lyriques, homme qui connaissait parfaitement notre langue , et surtout notre langue poétique. C'est dans ce goût que tous les classiques français devraient être commentés. Le fatras de Saint-Marc , de Bois-Germain , de Bret , fatigue le lecteur, et lui donne trop peu d'instruction. Corneille était le seul peut-être qui pût fournir un ample commentaire , et Voltaire le seul qui eût le talent et le droit de l'écrire ainsi. Pour Racine, La Fontaine , Pascal, Bossuet , Fénélon, il ne faudrait que des notes concises, indiquant les imitations que renferment leurs ouvrages, les expressions, les tournures nouvelles dont ils ont enrichi la langue, et jusqu'aux fautes qui leur sont échappées. Boileau lui-même avait proposé des travaux de ce genre à l'Académie française , ainsi que nous l'apprend d'Olivet ; et Voltaire a renouvelé cette proposition, comme on le voit par ses lettres à Duclos. Espérons qu'un jour leur vœu sera rempli; ces travaux seraient d'une utilité plus réelle que d'autres occupations auxquelles la routine et la paresse attachent depuis un siècle une importance exagérée.