‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 5)Chapitre 46 sur 73 · DU JOURNAL DE PARIS · texte numérisé non relu

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est toujours à l'agresseur dans mille autres hypotlièses.

En suivant encore celle-ci, le voyageur pourrait souvent éviter de se faire justice à lui-même: il y a des prévôts , des magistrats , qui sont chargés de veiller à la sûreté publique ; mais, si quelque citoyen de la classe de ceux qui n'ont que du mérite allait se plaindre sérieusement d avoir été vilipendé dans une brochure , à Paris , où l'on aime à rire , il est certain qu'on lui rirait au nez; et tont ce qu'il pourrait gagner serait de donner matière aune seconde brochure. Personne au monde n'est chargé de lui faire justice; et, comme il faut pourtant que justice se fasse, il paraît clair qu'il se la doit à lui-même. Il se doit encore à luimême et au public de combattre à front découvert.

La clandestinité n'est pas toujours condamnable. Je suppose que, sous Tibère ou Caligula, un citoyen de Rome eût écrit en faveur du gouvernement républicain, j'avouerai qu'en cachant son nom il n'aurait fait qu'un acte de prudence; mais, grâce à de vrais philosophes, dont les écrits ont formé de vrais hommes d'état, les gens de lettres, en France , ne doivent plus craindre d'avoir raison ; et l'on p^ut appliquer aux tems où nous vivons ce que Tacite a dit de l'empire de Nerva et de

CCavres anciennes. IV. ^2

Trajan : Tems heureux^ où Von peut penser libre-

ment, et s'exprimer comme on pense ^

Personne cependant n'a le droit de blâmer un auteur qui, pour des raisons particulières, croit devoir ne point se nommer à la tête d'un ouvrage de morale ou de politique, ou d'une pièce de théâtre; mais, en fait de satire, je pense qu'on doit être de l'avis d'Ariste :

Un écrit clandestin n'est pas d'un honnête homme.

I . « Rarâ temporum felicitate ubi sentire quae vehs , et quae sentias dicere licet! » (Tacite, Hist. liv. I.)

LETTRE

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