‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. Craufurt (volume 5)Chapitre 48 sur 73 · LETTRE AU JOURNAL DE PARIS · texte numérisé non relu

LETTRE AU JOURNAL DE PARIS

cet art prodigieux d'employer toujours le mot qu'il fallait employer. Cet art suppose une tête mûrie par l'étude , et supérieurement organisée , où tous les objets se peignent de leurs couleurs véritables , où toutes les idées s'enchaînent d'ellesmêmes de la manière la plus naturelle, et par conséquent la plus heureuse. L'ordre qui règne dans le cerveau se retrouve dans le plan de l'ouvrage qu'il a produit, dans toutes les parties de cet ouvrage, dans la suite des phrases, et dans l'arrangement des mots. Le style est nécessairement clair , rapide , élégant , harmonieux : d'où l'on peut conclure évidemment qu'un auteur qui écrit mal ne saurait bien concevoir. Le vice de l'expression suit toujours le vice de la pensée : c'était le sentiment de M. de Buffon. Voici comme il s'explique sur l'art d'écrire dans son beau discours de réception à l'Académie française : « Bien « écrire , c'est tout à la fois bien penser, bien sen- « tir, et bien rendre ; c'est avoir en même tems de «l'esprit, de l'âme et du goût. » Idée lumineuse, idée d'un penseur du premier ordre, et qui, luimême, écrivait parfaitement dans toute l'étendue de la définition qu'il a donnée!

J'ai l'honneur d'être , etc.

MÉLANGES

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