RÉFLEXIONS SUR L'ÉTAT CIVIL
partant d'un tel principe, elle arrivait à ce résultat : Par conséquent ^ il j a des hommes quon peut priver d'une partie de leurs droits , ou de leurs droits entiers^ n'avouerez - vous pas qu'on pourrait lui reprocher tout à la fois beaucoup d'inconséquence et beaucoup d'injustice? N'avouerez-voLis pas qu'elle ferait une chose contraire au droit reconnu par elle-même? Or, sans énoncer ce résultat, elle y arriverait, si elle privait les Comédiens de leurs droits politiques; ou si, chargée de la régénération de la France, chargée, dans le plus éclairé des siècles, de faire des lois pour le plus éclairé des peuples, elle laissait encore subsister parmi nous l'imbécille préjugé qui flétrit un art très-difficile et très-moral.
En Virginie, on a fondé le droit de cité sur la propriété. Tout homme domicilié dans le pays depuis sept ans, jouissant dans le pays de quarante livres de revenu en propriété, possède les droits politiques. Tout homme peut acquérir une propriété, par conséquent les droits politiques. Adoptez, si vous voulez, la loi de Virginie : elle est juste, raisonnable, très-morale dans ses effets; mais il serait souvent absurde d'ôter à des hommes le droit de cité parce qu'ils exercent une profession quelconque.
Ne dites pas que les Romains se gardaient de placer les Comédiens sur la même ligne que le
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reste des citoyens. IVahord, si je voulais coniproiiiettro ma raison en combattant d'autorités, j'opposerais l'exemple des Atliéniens à celui des Romains; mais laissons à des enfans cette manière d'argumenter. Vous pourriez dire que les Athéniens avaient tort; on pourrait vous répondre qu'ils avaient raison : dès lors il faudrait quitter le fait pour examiner la chose elle-même ; et la question de droit recommencerait. Les droits des honmies résultent de leur nature, et non pas de de ce qui s'est fait. Le philosophe ne raisonne pas tl'après des évènemens , mais d'après des principes.
Ne dites pas qu'être citoyen, et commander à des citoyens, sont deux choses séparées par une grande distance. Demandez à votre commandant général^ qui a vécu chez des républicains, qui a si vaillamment combattu pour défendre la liberté américaine ; demandez-lui si , dans un pays libre, le citoyen qui a le droit d'être soldat n'a pas le droit d'être général. Toute espèce de modification du droit des hommes est une injustice, puisque le droit est essentiellement le même pour tous. En ravissant la moindre partie de ses droits à un citoyen qui n'est pas criminel, vous commettez une injustice; en le rendant esclave, vous