SIR LES FABLIAUX FRANÇAIS
connus. Marie danse avec son fils, et chante un petit air, on elle invite les assistans à vs'embrasser de par l'Amour. Jésus, dans un autre air, les invite à le regarder, et à voir s'il n'est pas bien aimable. Madeleine en convient, et lui chante un madrigal fort tendre. Jésus la prend par la main, danse avec elle, et chante qu'il tient par la main sa mie y et s'en va plus joliment : à quoi toute l'assemblée répond en chorus par un cantique de jubilation. Cependant, malgré les neuf chœurs de la musique céleste , on entend des cris douloureux : ils viennent des âmes du purgatoire. Ces âmes crient d'autant plus fort là bas que l'on se réjouit là haut. Saint Pierre, attendri et assourdi, intercède auprès de Notre-Dame. Notre-Dame intercède auprès de son fils, qui n'a rien à refuser. Les âmes qui ont fini leur tems d'épreuve entrent sur-le-champ en paradis, pour chanter et danser avec les bienheureux. Les autres cessent au moins de souffrir durant toute la fête; et depuis ce tems, à ce que l'auteur assure, les flammes du purgatoire ne manquent pas de s'éteindre chaque année le jour de la Toussaint et le jour de Pâques. Ici, comme ailleurs, le scepticisme est prudent; mais nous devons tous désirer que cette opinion soit conforme aux saines croyances.
Il est impossible de négliger le fabliau qui a pour titre Saint Pierre et le Jongleur. On connaît
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l'aventure de saint Guilain , qui joua aux trois dés contre le Diable l'âme d'une pécheresse mourante. Le Diable trichait ; saint Guilain fit un miracle : il amena trois sept, et gagna son âme. Le tour n'est pas mal. En voici un meilleur : aussi est-il de saint Pierre. Le Diable, en allant faire sa tournée , avait laissé la garde des âmes damnées à un nouveau venu, ménétrier de profession, et joueur déterminé. Saint Pierre, à la porte du paradis, guettait la sortie du Diable; il court en enfer; il avait en poche dés tout neufs et beaux écus au soleil. 11 tente le ménétrier, qui joue une âme, puis dix, puis cent, puis mille, et perd toujours; car, selon la réflexion de l'auteur, il jouait contre un homme à miracles. Saint Pierre le console, le flatte, lui fait observer que l'on ne perd pas toujours. Le ménétrier résiste long-tems, prend les dés, les laisse, les reprend, fait son va-tout. Saint Pierre gagne, et emmène tout l'enfer en paradis.
Nous le répétons, les écrivains composaient de bonne foi ces pieuses nouvelles. C'est contre leur intention qu'elles sont ridicules; mais il faut leur rendre une justice complète. Si leur zèle n'est pas selon la science, il est selon la bonté. Les saints chez eux sont constamment secourables. Y eût-il même une grande hérésie à sauver tout l'enfer, malgré l'éternité des peines, on ne doit pas condamner l'auteur avec autant de sévérité
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que s'il oiit damné tout le paradis. La menie tolérance se retrouve partout. Le lai de Courtois, par exemple, est un fabliau tiré de l'évangile. C'est ï Enfant prodigue , l'une de ces paraboles touchantes où le fondateur du christianisme a prêché , avec une simplicité admirable , l'indulgence et le pardon : ces dogmes qui ne divisent pas, et dont l'observation fidèle aurait épargné bien des larmes au genre humain.
Nous ne parlerons point du Purgatoire de saint Patrice^ conte ridicule sans être piquant. Il est de Marie de France, qui écrivait à la fin du treizième siècle, et que, malgré son nom, il ne faut pas prendre pour ime princesse. Cette femme poète a traduit en vers français \es fables d'Ésope d'après une version anglaise, comme elle nous en instruit elle-même. On doit observer que, parmi ces fables, il en est qui ne se trouvent que dans Phèdre. Cependant, depuis Avien, qui vivait au second siècle selon les uns, au cinquième selon les autres, le nom de Phèdre ne se rencontre nulle part. Les auteurs du moyen âge ne font point mention de ce fabuliste; et l'on sait que Pierre Pithou le publia, pour la première fois, à la fin du seizième siècle, et cent cinquante ans après l'invention de l'imprimerie. N'aurions -nous pas toutes les fables d'Ésope? en existait-il autrefois des manuscrits plus complets? ce sont des ques-
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lions qu'il est difficile de décider. Au reste, elles sont étrangères à la matière que nous traitons. Ce qui lui appartient essentiellement, c'est de faire remarquer une traduction considérable parmi les écrits des fabliers. Nous allons trouver partout des traces d'imitation dans les ouvrages de ces prétendus inventeurs. La partie vraiment originale de ces ouvrages nous a fourni beaucoup d'observations sur les mœurs et l'esprit du tems. Ici notre examen ne se bornera point à ces objets. Il ne faut pas craindre l'austérité d'une discussion littéraire, que nous tâcberons d'animer, d'orner même, autant que le sujet le permettra.
Nous avons déjà reconnu dans le lai d Ignaurès l'aventure de Cabestaing. Nous avons trouvé dans le lai de Courtois la parabole de \ Enfant prodigue. Le lai de Narcisse est une maussade copie d'un bel original d'Ovide. \] E xcommunication du Ribaud est une mauvaise imitation d'un Sirvente du Moine de Montaudon, mauvais troubadour. Le Vallon des Faux Amans est tiré du roman de Lancelot. Le fabliau de Merlin n'est que le Bûcheron d'Esope. Legrand-d'Aussy prétend que les auteurs de ce tems ne connaissaient point Esope : il oublie qu'il a prouvé lui-même le contraire en se donnant la peine de traduire ce qu'il appelle les fables de Marie de France. Le fabliau du Convoiteux et de V Envieux est encore une
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fable clKsope. J.e Ciiviefest un conte dApulée; il se retrouve dans Bocace: il est essentiel de noter ce point. M. Dacier, dans nn mémoire sur les diverses imitations de la Matrone d'Ephese^ a publié un vieux fabliau français qui n'est qu'une traduction du conte de Pétrone. Ce même conte est grossièrement travesti dans un fabliau dont Barbazan nous a donné le texte, et que Legrandd'Aussy II a pas craint de traduire, au moins en partie.
Les auteurs arabes, et par leur intermédiaire les auteurs indiens, ont fourni des sujets nombreux à nos fabliers. Les Mille et une Nuits ^ traduits par Galland; les Fables de Bidpai, traduites par Cardonne; les Mélanges de littérature orientale^ que le même Cardoruie a publiés, ont révélé beaucoup d'imitations, je ne veux point dire de plagiats, que le comte de Caylus aurait pu connaître, et que Legrand-d'Aussy n'a pu cacher. Le lai de Lanval est un conte des Mille et une 'Suits. Le lai de Gruëlan est le même conte, sous d'autres noms. Le lai de V Oiselet est une fable de Bidpai. C'est encore une fable de Bidpai qui a fourni la Confession du Renard. Le lai d' Aristote est le Visir sellé et bridé, conte arabe, traduit par riardonne. L'idée absurde de subtituer Aristote à nn visir vient de l'autorité même qu' Aristote avait •icquise dans les écoles du treizième siècle. On ne
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parlait que de lui ; et le fablier, trop borné pour avoir le sentiment d'aucune bienséance, a cru seulement produire de l'effet, en se moquant du philosophe le plus illustre de l'antiquité. Si le titre et le sujet du lai de Cocaïne nous offrent une vieille tradition proverbiale qu'un seul vers de Boileau^ immortalise dans la langue française, on retrouve aussi dans ce fabliau ï Arbre de Vie et la Fontaine de Jou^^ence .inventions arabes, que d'Herbelot nous a transmises dans sa Bibliothèque orientale. UErinite quun ange conduit dans le siècle est encore un conte arabe : conte ingénieux et plein d'imagination, que Parnel a traduit en vers anglais, et que Voltaire, dont les pas sont marqués sur toutes les routes, a depuis si bien imité dans un chapitre du joli roman de Zadig,
Ce n'est encore là qu'une faible partie des obligations que les auteurs des fabhaux ont aux littératures orientales. Le Dolopatos , ou Roman des Sept Sages y composé dans l'origine par l'Indien Sendebad , un siècle avant l'ère chrétienne , fut successivement traduit en persan , en arabe , en hébreu, en syriaque, en grec. A la fin du douzième siècle , dom Jean , religieux de l'abbaye de
Paris est pour le riche un pays de Cocagne,
( RoiLEAu , satire VI. )
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Ilaute-Selve, le traduisit en latin. Ilébers, sous le règne de Louis VIII , mit en vers français la traduction du moine de Ilaute-Selve. Hébers luimême nous en instruit dans un fragment cité par Fauchet. Ces deux versions ne subsistent plus^; mais il nous reste une ancienne version en prose française. On ne peut douter, au langage, qu'elle ne soit du treizième siècle, et tout au plus tard du règne de Louis IX. En des tems moins éloignés de nous, cet ouvrage curieux et célèbre a été reproduit en latin et dans presque toutes les langues modernes. On a changé souvent les époques, les noms des personnages, le lieu de l'action; mais le fond est partout le même , comme l'a fort bien remarqué M. Dacier dans son Mémoire instructif sur la version grecque du Dolopatos. Une reine, une belle-mère, vainement amoureuse d'un fils du roi, son époux, accuse le prince auprès du monarque , à-peu-près comme Phèdre accuse Hippolyte. Le monarque trompé condamne son fils; mais, durant une semaine, le jugement demeure
1. Celle de Hébers ou Herbers est conservée à la Bibliothèque royale sous le numéro 7,535, et dans le fonds de La Valliére, sous le numéro 4,096. Une autre version, également en vers, par un anonyme contemporain de Hébers, se trouve dans le même dépôt, numéros 6,849 et 7,606. La version en prose provient du fonds de l'église de Paris, numéro 2, folio 46.
Q CEuvrcs anciennes. IV. "
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suspendu. Chaque jour un des sept sages, voués à l'éducation du jeune prince, fait au monarque un récit qui a pour but de lui inspirer quelque défiance des femmes; et la reine y répond chaque jour par un récit qui doit produire un effet contraire; enfin, le jeune prince démontre son innocence; et la reine est condamnée. Telle est l'action du Roman des Sept Sages. Les quatorze contes qu'il renferme sont ingénieux et bien conçus; la plupart ont été versifiés de nouveau par les auteurs des fabliaux. Pierre d'Anfol ^ s'est emparé du meilleur de tous; il a pour titre ; la Femme qui ayant tort parut avoir raison. Un mot suffit pour en donner l'idée : c'est le troisième acte de Georges Dandin^ farce excellente, et qui tient son rang parmi les chefs-d'œuvre de Molière. Notre grand poète comique est imitateur de Bocace,
I. Pierre d'Anfol, ou Pierre Alfonse, n'est pas un trouverre, comme on pourrait bien le croire : c'est un juif espagnol. Le trouverre qui lui emprunta quelques fabliaux ne s'est point nommé, mais il a fait connaître la source où il avait puisé. Le Castoiement paraît être d'origine orientale : on l'attribue à l'Arabe Éderic. Vers iioo, Pierre Alfonse le traduisit en latin sous le titre de Discipliner clericalis. Dans le siècle suivant, cette version fut rimée par plusieurs trouverres.
M. Méon a inséré ce recueil de contes, connu sous le titre du Castoiement que li père enseigne à son fils , dans le second volume de ses Fabliaux, dont nous avons parlé dans une note précédente. Voyez page 91. y L. D.)
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mais Bocace n'est pas imitateur de Pierre (rAnfol; il doit sa nouvelle à la traduction latine du moine de Haute-Selve , car Bocace était aussi lettré qu'ingénieux : il a même écrit en latin plusieurs ouvrages. C'est à cette traduction qu'il doit encore deux nouvelles, que n'ont point rimées nos fahliers. L'observation du fait importe à cette discussion littéraire ; mais vouloir les indiquer serait superflu et serait même difficile, quoique le président Fauchet, moins scrupuleux, les désigne fort clairement en parlant du Dolopatos français.
Sans se donner pour traducteurs , nos fabliers ont entièrement traduit un recueil plus étendu de contes orientaux; il a pour titre: le Castoye^ ment, ou Instructions d'un père à son fils. Il renferme vingt-cinq contes , dont cinq ou six se retrouvent dans le Dolopatos et dans le recueil de Cardonne. Une composition presque toujours heureuse , une imagination brillante , une saine morale, distinguent ces différens morceaux; aussi les rencontre-t-on dispersés chez toutes les nations, dans les nouvelles de Bocace, de Giraldi, de Bandello, chez les Italiens; dans les contes de Chaucer , en Angleterre ; en Espagne , dans le Don Quichotte de Cervantes : tant la littérature des Arabes et , par eux , les autres littératures orientales ont influé long-temps sur l'Europe mo-
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derne. Pressé par le tems, et gêné par l'abondance même des objets qui se présentent, je vais me borner à l'analyse de deux fabliaux imités par Bocace : ils méritent tous les deux notre attention. Dans le premier, un prud'homme, partant pour un voyage , laisse toute sa fortune en dépôt chez un derviche, qui, de son vivant même, est en odeur de sainteté; à son retour, le prud'homme va trouver le derviche, qui nie saintement le dépôt. Un cadi, juste et clairvoyant, se doutant de la fourberie, mais ne pouvant condamner le derviche , puisqu'elle n'est point prouvée , donne au moins un bon conseil au prud'homme. En conséquence, quelques jours après, le derviche entend parler d'un dépôt bien plus considérable que le premier. On lui annonce des coffres pleins d'or et d'argent. Des négocians les font porter chez lui. En ce moment, le prud'homme arrive; le saint, craignant un éclat fâcheux , recouvre subitement la mémoire. Il restitue le premier dépôt; mais on ne lui confie pas le second ; et les coffres sont remportés. Tel est, quant au fond, le récit du conteur arabe , récit gâté par le fablier français , qui substitue mal à propos une vieille au cadi et un sarrasin au derviche. Bocace lui-même n'a embelli ce conte que par la finesse des détails : qualité qui le caractérise constamment. Du reste, à quoi bon mettre en scène une Sicilienne rusée et le
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trésorier de l'impératrice de Constantinople? Le cadi, et surtout le derviche, valaient bien mieux. Les contes faits à plaisir peig^nent les actions humaines; et les actions semblent copier quelquefois les contes. Aussi cette nouvelle arabe a-t-elle des rapports avec une historiette française que Ninon raconta jadis à Molière : l'aventure du pénitencier de Notre-Dame , dépositaire d'une partie des biens de Gourville. L'honnête ecclésiastique se conduisit précisément comme le derviche du conte arabe, sauf pourtant la restitution, de peur sans doute d'être accusé de plagiat ^
Le second fabliau est bien plus remarquable encore; il a pour titre: les deux bons Amis lojaux. Deux amis résident , l'un au Caire , et l'autre à Bagdad. L'Égyptien , près d'épouser une jeune personne dont il est épris, lui assure une dot considérable, en la cédant à son ami, devenu passionné pour elle. Tombé lui-même dans Fin-
I. Chénicr, à qui cette aventure parut cligne d'être mise au théâtre, en fit le texte d'une comédie en trois actes et en vers, que malheureusement sa mort ne lui permit pas d'achever. Toutefois, ce qu'il en a laissé suffit pour donner une haute idée de la supériorité avec laquelle il eût traité son sujet. Le public ne lira pas sans un vif intérêt la scène oii Ninon est aux prises avec le grand pénitencier: scène non moins plaisante, non moins vive, et non moins délicatement tracée que celle d'Elmire avec Tartufe, dans Molière. Voyez la comédie intitulée: Ninon , toni. II des œuvres posthumes. [Note de l'Éditeur.)
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digence, il court à Bagdad; mais, dans un monieiU de désespoir, craignant d'être à charge à l'amitié, pour terminer une vie pénible , il se déclare faussement coupable d'un meurtre qui vient d'être commis. Les juges le condamnent sur son aveu. En marchant à la mort, il est rencontré par le Syrien , qui , pour le sauver , se dit lui-même auteur du crime. Témoin de cet acte généreux, le véritable meurtrier, poursuivi par sa conscience, certain que Dieu le voit, convaincu que le seul repentir peut désarmer le juge infaillible, réclame de la justice humaine le châtiment qu'il a mérité. Les juges embarrassés portent la cause au pied du trône. Le monarque, instruit de la vérité, comble les deux amis de ses bienfaits , et pardonne au criminel qui a respecté les regards de Dieu. Quand nous n'aurions pas sur ce point une certitude matérielle , le lieu de la scène , l'héroïsme de l'amitié, le grand dogme du théisme employé d'une manière si grave, suffiraient pour révéler la source orientale. On reconnaît partout l'empreinte arabe, je dis la plus belle et la plus profonde , celle des tems d'Almanzor et d'Aaron-al- Raschid. Je regrette beaucoup que les bornes dans lesquelles je dois me circonscrire ne me permettent pas de donner une imitation de cet intéressant fabliau ; mais je regrette bien davantage que notre La Fontaine n'ait pas embelli de
SI K l.KS l'AnMAUX FHAiNCAIS. i K)
loul son talent ce fonds vraiment digne de lui. Panni ses tables immortelles, il en est une^ qui nous vient aussi de TOrient , qui porte à-peu-près le même titre, et que tous les cœurs ont retenue. Elle prouve assez avec quelle exquise sensibilité le fabuliste par excellence savait peindre Tamitié courageuse et tendre : cette volupté des âmes supérieures, cette passion d'un ordre sublime, qui jouit des sacrifices qu'elle prodigue, et ne remplit point ce que l'amitié vulgaire appelle des devoirs. Des compositions d'un tel ordre n'appartiennent pas à une littérature dans l'enfance. Laissons à nos fabliers leurs contes dévots; laissons-leur des facéties scandaleuses que nous avons eu soin d'écarter; félicitons-les d'avoir produit quatre ou cinq historiettes plaisantes, et surtout le joli roman iV j4ucassin; mais ajoutons un fait incontestable : les cinquante meilleurs fabliaux sont des traductions. Sur ce nombre , quarante au moins ont passé des idiomes orientaux dans la langue française, et dans les autres langues modernes, par l'intermédiaire des versions latines. On peut embellir en imitant ; mais nos fabliers font tout le contraire : leur style est toujours sans art ; chez eux, la langue et la versification n'avancent point; ils ne vous offrent jamais ces vers bien tournés