IL
lui prouver qu'on connaît le prix du mérite dans les provinces ainsi que dans les capitales. Ne semble-t-il pas à ce langage que je sois le maître du château, et que je dois recevoir M. Walpole? En vérité, en vérité, je ne sais ce que je dis; je sais bien ce que je veux dire, et vous croyez bien que je veux parler de ma joie, de mon empressement, du désir que j'aurais de lui plaire dans les plus petites choses. Je laisserais les grandes à la grand'maman, qui a reçu une lettre de Voltaire. La voici; elle ne lui répond pas, elle vous prie de lui répondre pour elle qu'elle est très-sensible à l'intérêt qu'il prend à sa santé; qu'elle se porte fort bien ; qu'elle est fâchée de ne pouvoir pas lui répondre; mais que, pour de très-bonnes raisons, elle a pris le parti de ne plus écrire du tout; que, quand on est parvenu à un certain âge, il faut se reposer sur ses enfants d'une foule de devoirs qu'on ne peut pas rendre, et qu'elle voit avec plaisir qu'elle ne peut pas choisir une main plus agréable à M. de Voltaire que celle de la petite-fille. La grand'maman vous prie de l'excuser si elle vous procure cette importunité. Vous sentez bien qu'elle veut insensiblement rompre cette correspondance. Je n'approuve pas cette rupture, quoique je pense comme elle sur le fond des motifs qui l'occasionnent. Je crois qu'il y a une infinité de travers, de folies, d'erreurs sur lesquels il faut fermer les yeux; sans quoi on resterait bientôt tout seul. Mais elle ne démord point de son sentiment, et je ne dis plus rien. Je reviens au manuscrit de Saint-Simon : je vous prie de ne plus le citer dans les lettres que vous m'enverrez par la poste.
M. et madame du Châtelet partent dans une heure d'ici, c'est-à-dire à minuit, du lundi au mardi. Madame de Château- Renaud part demain matin, ainsi que M. de Gastries. Si vous avez occasion de voir madame de Château-Renaud, vous ne pourrez trop l'assurer combien la grand'maman a été touchée des marques d'amitié qu'elle lui a données en venant ici et pendant son voyage ; j'en ai été en mon particulier infini-
ment touché, mon suffrage ne lui importe point, mais je veux que vous en soyez instruite, afin qu'elle ait celui de tous ceux qui aiment la grand' maman.
Le grand-papa qui passe là dans le moment que je cachette ma lettre, me charge de vous dire des choses si tendres, si tendres, que je m'attendris en vous les rapportant.