‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 85 sur 108 · L'abbesse do Saint-Antoine, sœur du prince de Beauvau · texte numérisé non relu

L'abbesse do Saint-Antoine, sœur du prince de Beauvau

Savez-vous que l'incomparable vient de vendre son régiîent 160,000 francs à M. de Lambesc ? J'ai appris cette nouelle par la ville. Apparemment que c'est par le conseil, ou du îoins avec l'aveu de sa dame. Il compte que son procès sera envoyé au Parlement de Besançon; je penche à croire que sa ame l'y suivra ou qu'elle s'établira en Lorraine, car qu'est-ce u'elle deviendrait en son absence? nourriture, voiture, tout îi manquerait.

Adieu, chère grand'maman, l'heure me presse, il faut que i porte cette lettre à votre hôtel avant souper, et il est euf heures.

LETTRE CCCCLXI

A Chanteloup, ce 11 mars 1773.

Je ne crois pas, ma chère petite-fille, que l'on puisse épondre avec plus d'exactitude; c'est à l'instant que le méta- ►hysicien vient de me rendre votre lettre et me voilà déjà la lurae à la main; après cela, plaignez-vous de moi si vous osez.

L'abbesse m'avait aussi mandé qu'elle avait soupe avec ous; elle était déjà occupée de ce souper avant de partir ['ici ; elle s'en faisait un plaisir et elle n'a point été trompée ans son attente; je suis charmée qu'elle vous ait rendu èmoignage de mes sentiments pour vous, elle les connaît lien; j'ai eu souvent occasion de lui en parler et vous pouvez 'en croire sur ce qu'elle vous en a dit, et si vous ne l'en croyez >as, ma chère enfant, venez-*y voir; si la meilleure compagnie st comme vous dites celle où l'on est le plus désiré, je puis ae vanter de vous être excellente.

Vous êtes bien généreuse d'être peinée pour moi de la privation où je vais être de l'abbé, quand vous allez jouir de

sa présence. Ah ! je suis déjà toute triste de son départ, car je ne suis que sensible et point généreuse; parlez du moins de moi ensemble et dites-vous bien l'un à l'autre que vous n'êtes aimés de personne plus tendrement que de moi.

Mille compliments, je vous prie, au baron.

Je ne sais pourquoi la vente du régiment de M. de Beauffremont à M. de Lambesc fait tant de bruit.

J'ai bien peur que ce pauvre prince ne perde son procès et j'en serais bien fâchée.

M. de Choiseul vous embrasse.

LETTRE GGCCLXII

Ce mardi, 23 mars 1773.

Madame de Bussy part demain; elle veut vous porter une de mes lettres. J'en suis flattée si elle s'imagine en devoir être mieux reçue par vous; dans votre hiérarchie il vous manquait la classe des trônes, il ne vous manque plus rien.

Ne croyez pas, chère grand' maman, que j'aie passé quinze jours sans m' occuper de vous; je vous avais écrit une lettre d< quatre à cinq pages, je manquai l'occasion de la faire partir, je la relus, je la trouvai bête, je la jetai au feu. Mais vous — chère grand'maman, vous n'avez point pensé à moi, ne craignez cependant pas mes reproches ; je réserve pour l'abbé — é toutes mes plaintes; je passai hier chez lui, son neveu me !e=t it dire qu'il l'attendait cette après-dînée. Ah ! le pauvre abbé ! qiM^w je vais l'accabler ! que de questions, que de réflexions, que c=3e bâtons rompus! il n'aura pas le temps de répondre; nousnoiH-JS proposons, la petite sainte et moi, de passer bien des soirè «s avec lui; mais, ma grand'maman, je m'afflige de ce que vous en serez séparée ; vous allez avoir les d'Invault; cette compagnie sera plus tranquille que celle du mois précédent; votre

ijour à Chanteloup vous aura acquis plus de nouvelles conûssances que si vous aviez fait le tour du monde; on m'a arlé d'un certain portrait d'une certaine madame, dont je lis bien curieuse. Si l'abbé ne me l'apporte pas, j'en serai bien .chée.

Madame Boucault1 continue toujours à être offerte et refuie, mais l'abbé vous mandera tout ce qui se fait et ce qui se it; il débite à merveille, c'est son talent, et moi, chère grand' taman, je n'en ai aucun, et sans mon amour pour vous, je ne l'apercevrais pas que j'existe. Embrassez pour moi ce grandipa, que j'aime avec autant de passion que s'il le méritait 3tr son amitié pour moi.

LETTRE CCCCLXIII

A Chantoloup, ce 27 mars 1773.

J'ai très-bien vu, ma chère petite-fille, que c'était par [. de Vaudreuil et non par madame de Bussy que je recevais otre lettre, ainsi que vous aviez recommandé à M. de Boufllers e m'en avertir de peur que je ne m'y trompasse; mais j'en îcevrai peut-être une autre aujourd'hui par madame de Bussy, t je ne doute pas que M. de Boufllers ne me donne encore de otre part la marque d'attention de m' avertir que ce ne sera as M. de Vaudreuil qui me la remettra. Voilà ce que c'est ue d'avoir de bons amis, ils préviennent avec une sagaité merveilleuse toutes les erreurs dans lesquelles on pourrait )mber. Je ne connais pas du tout cette madame de Bussy, lais elle est si intéressante par sa figure et le malheur d'être

1. Elle était veuve et l'amie intime de madame de Forcalquier, qui, à ce mps, fut nommée dame d'honneur de madame la comtesse d'Artois. Madame oucault, ayant épousé M. de Bourbon-Busset, eut la charge de dame d'atours.

la femme de M. de Bussy, et Ton m'a dit d'elle des choses si honnêtes que je me sens extrêmement prévenue en sa faveur; vous dites qu'elle est dans la hiérarchie des trônes: eh bien, je verrai si je peux m' élever jusqu'à elle ou l'engager à descendre jusqu'à moi. Et madame de Choiseul La Baume, vous ne m'en parlez pas, dans quel ordre la placez- vous ?

N'est-il pas incroyable, ma chère petite-fille, que ce soit vous qui vous plaigniez de moi, qui m'accusiez de ne pas penser à vous, quand c'est moi qui souffre de votre silence, et moi qui vous ai écrit, malgré le vide d'idées où vous m'aviez laissée; je ne me plains pas de ce que vous ne m'avez pas écrit, mais je me plains de ce que vous avez brûlé la lettre que vous m'aviez écrite; croyez qu'il est impossible que vous fassiez une mauvaise lettre et que les vôtres sont toujours excellentes pour moi.

Vous avez enfin le cher abbé; il me mande qu'il a été descendre chez vous, que vous l'avez questionné, grondé, caressé; enfin il est bien content et je le serais de même à sa place. Je voudrais être à ce souper chez la petite sainte entre vous et lui. Hélas ! je n'y serai qu'en esprit.

Nous n'aurons point aujourd'hui madame de Choiseul La Baume ; on vient de me dire qu'elle n'avait pas voulu partir le vendredi. Vous voilà décidée pour la classe où vous la rangerez, c'est celle des esprits forts, et cette connaissance peut vous indiquer sa place dans les hiérarchies célestes. Je doute cependant que tant de valeur et tant de charmes la portent au septième ciel.

Voulez- vous que je vous dise ce qui est ici, puisque l'abbé n'y est plus pour faire sa gazette? D'abord l'évêque d'Orléans1, qui est gai parce qu'il l'est, parce qu'il veut l'être et parce qu'il croit l'être; son neveu, M. de Merle, tout aussi triste qu'un merle noir, quoique ce soit un merle blanc, est parti

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