L'archevêque d'Aix, M. de Boisgelin
2. L'archevêque de Toulouse. Le jugement de madame du Deffand sur le futur cardinal de Loménie, s'est trouvé moins en défaut que celui qu'on en portait alors généralement dans la Société. — Voici le portrait qu'elle en a fait :
« Je vous ai promis votre horoscope; je ne vous demande point l'heure de votre naissance, je n'ai pas besoin de consulter les astres, il me suffit d'observer votre caractère pour vous prédire affirmativement une grande fortune.
• Vous avez beaucoup d'esprit, et surtout une sagacité étonnante qui vous fait tout pénétrer, tout savoir, sans avoir pour ainsi dire besoin d'aucune«application ni d'aucune étude. Vous avez le goût et le talent des affaires, une si grande activité et tant de facilité pour le travail, que, quelque surchargé que vous puissiez être, on dirait que vous avez toujours du temps de reste.
« Vous avez beaucoup de vivacité jointe à beaucoup de sang-froid ; jamais vous
non, l'abbé, rien de tout cela, mais j'aime, et quand on aime, on est jalouse en amitié comme en amour, et si vous êtes sincère, vous en conviendrez. Demandez encore à M. du Bucq si cela n'est pas vrai. Je ne vous renvoie point à M. d'Àix, ce n'est qu'un écolier.
Je me suis dénuée de tous mes couplets pour vous, et quand j'ai voulu les envoyer chez les insulaires, je n'ai pu les ravoir. Ils s'en passeront bien, il n'y a que l'intérêt personnel ou national qui puisse les faire trouver bons.
J'ai été très-contente de la lettre du grand-papa, je la relus hier au soir avec la petite sainte chez qui je soupai en petit comité. J'espérais y trouver le président de Cotte, il n'y était pas. Je le vois assez souvent chez elle, chez madame de La Vallière et quelquefois chez moi ; il a été fort affligé de sa fille, il m'en parait consolé. J'ai été touchée de la mort de
n'êtes troublé, jamais vous ne faites un pas en avant que vous n'ayez pensé où il pourra vous conduire. Si, par un hasard très-rare, vous êtes forcé de recaler, votre dextérité , qui est extrême, vous fera trouver le moyen de réparer ce petit inconvénient.
« Vous êtes hardi sans être téméraire, franc sans être imprudent. Jamais tous ne faites ni ne dites rien d'inutile; vos paroles ne sont jamais vagues, votre conversation jamais ennuyeuse ; quelquefois elle est sèche. Votre esprit est trop occupé pour que vous ne soyez pas souvent distrait.
u L'ambition est le seul sentiment qui remplisse votre âme; je dis sentiment, car je ne crois pas que l'ambition soit en vous une passion. L'ambition est née avec vous; c'est pour ainsi dire un penchant que vous avez reçu de la nature, rien ne vous en détourne, vous suivez le chemin que vous croyez le plus sur, vous cédez aux obstacles, vous ne cherchez point à les surmonter par la violence, mais rien ne vous rebute; votre àme n'est sujette à aucune secousse, votre humeur à aucune inégalité ; votre discernement ne s'exerce que sur ce qui a rapport à vous ; vous ne cherchez à connaître que ce qui peut être utile à votre fortune oui votre plaisir ; vous savez très-bien les allier tous les deux, apprécier les circonstances qui doivent faire donner la préférence à Tune sur l'autre.
« Je ne vous crois pas incapable d'amitié, mais elle sera toujours subordonna à l'ambition et aux plaisirs. Vous cherchez la considération, vous l'avez obtenue; mais votre* état, assez contraire à vos goûts, vous en a rendu les moyens difficiles, et c'est en quoi votre dextérité vous est encore fort utile.
« Voilà ce que je pense de vous, et ce qui rend indubitable la fortune que je vous prédis. »
'.. de Montclar \ les circonstances en sont cruelles. La grand' laman l'aimait et vous aussi: M. de Castellane doit être bien
Je n'ai pu vous écrire par M. de l'Isle, il est parti subito, vous l'aura dit et vous aurez parlé des Barmècides. En Érité, je crois qu'on n'a rien fait de mieux depuis bien long- :mps. Voltaire en crèvera de jalousie: le mot de jalousie n'est as le mot propre, c'est celui d'envie. Je souperai demain chez ladame de La Vallière avec l'abbesse. J'ai fait des démarches our l'obtenir ; ce que vous me mandez d'elle me la fait aimer, s suis fâchée que vous l'ayez perdue.
Je vous attends avec la plus grande impatience: ce n'est as sans scrupule, j'ai des remords du plaisir que je me proose et que j'aurai , puisqu'il ne peut être qu'aux dépens de ennui qu'il causera à la grand'maman. Sans vous, l'abbé, lus elle est entourée, plus elle me parait isolée. Je vous renoie encore à M. du Bucq. Mais a propos, ne l'avez- vous pas irec vous ? 11 me dit, il y a quinze jours, qu'il irait vous voir icessamment. Son petit frère coupe-choux, M. de Senac, me int voir il y a quelques jours ; il est dans une classe au-dessus e H. d'Aix.
Le chevalier de Chastellux est parti, dit-on, pour l'Italie.
Nous avons ici le chevalier de Boumers. Combien le gardéins- nous? je n'en sais rien, il doit aller à Chanteloup; quand îra-ce? je l'ignore. Hélas! hélas 1 on ignore de tout, il n'y a ue ce que l'on sent qui soit vrai. Je vous aime, j'aime la rand'maman; voilà ce que je sais positivement.
Je vous envoie une épltre de Voltaire: l'ambassadeur de aples me l'avait annoncée comme la plus charmante chose u'il eût jamais faite : lisez et jugez »,
1. Procureur général au Parlement de Provence. Fumeux par ses réquisitc ntre les jésuites.
2. En lisant et jugeant, on trouve que l'ambassadeur avait bien raison.
LETTRE CCCCLX
DE MADAME Dl? DRFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEIL
Paris, ce 6 mars 1773.
Voos nous renvoyez le grammairien *. — Recevez le métaphysicien *.
Je puis vous répondre que ce dernier est plus profond et plus subtil que jamais. J'espère que l'autre n'aura rien perdu de sa sévère exactitude.
Mais, ma grand* maman, que d'objets, que de caractères différents vous passent en revue ! si vous formez des liaisons avec toutes ces différentes connaissances, vous ne pourrez plus habiter votre petit appartement, à peine votre galerie serat-elle assez grande. Que j'ai d'impatience de voir ce qui en sera! Savez-vous que je m'afflige de ce que vous serez quelques jours privée de l'abbé ? le plaisir que je me fais de le revoir en est empoisonné.
J'ai soupe avec madame l'abbesse 3, elle m'a laissé voir tant d'affection pour vous, elle m'a rendu tant de témoignages de votre amitié pour moi qu'elle m'a charmée. Je suis fâchée qu'elle ne soit pas plus à portée de vous ; tout bien considéré, la meilleure compagnie est celle qui nous recherche et nous aime, j'ai mes raisons pour désirer de vous le persuader.
Le baron m'a apporté un petit fromage nouveau, bien fait, auquel je suis fort sensible. Ce baron m'a vue deux jours de suite avec une grande affection, il y en a trois que je n'en ai entendu parler. Je crois qu'il sera malheureux toute sa vie: il ne peut se fixer nulle part; ses idées, ses désirs, ses projets sont plus variables que les girouettes.