M. d'Osmond
dant qu'il y tant de monde, vous devriez bien prendre ce temps- là pour me venir voir. Faites-vous conter cette histoire par l'abbé, si je ne vous l'ai pas déjà racontée.
Voilà, ma chère enfant, tout ce que je sais, je crois que vous devez être contente de moi jusqu'à la satiété. Je vous la permets pour mes lettres, mais je ne veux pas que vous soyez rassasiée de ma tendresse, car c'est un sentiment qui ne fait que croître et embellir.
LETTRE CCCCLXÏV
DR MADAME DU DEPFAND A LA DUCHESSE DE CIIOISEUL
Ce % avril 1T73.
Je vous écris bien rarement, chère grand' maman ; je me le reproche; j'en suis mal avec moi-même; je n'ai point de bonnes excuses à alléguer; personne n'est plus désœuvré que moi, mais c'est ce désœuvrement, ce manque d'occupation, qui cause ma paresse, ou, pour parler plus juste, ma stérilité. Je passe des nuits sans dormir, chère grand'maman, et ce n'est, le plus souvent, qu'à midi que j'attrape le sommeil; je me fais lire cinq heures de suite. Je serais incapable, pendant ces heures-là, de dicter le plus petit billet; je me prends d'humeur contre tous les livres, et loin de profiter de mes lectures, elles m'ôtent le peu d'idées que je pourrais avoir. J me lève quelquefois à cinq ou six heures du soir; la compagni arrive ; j'ai presque toujours du monde jusqu'à neuf, ou jusqu une heure après minuit quand je soupe chez moi, et quand j n'y soupe pas, je sors à neuf. Voilà la vie que je mène, et, sai*£ contredit, la plus ennuyeuse qu'on puisse mener. Quand \e cœur n'est pas content, quand l'âme n'est point occupée, on n'est capable de rien. Le seul sentiment qui me reste, c'est le regret; je ne pourrais vous parler d'autres choses; vous ne
pourriez pas les faire cesser, et ils ne feraient que vous ennuyer.
Depuis quelques jours on a abandonné le mariage de madame Boucault i , la politique étrangère a pris la place de celle de la cour. Celle-ci pourtant pourra bien l'emporter sur l'autre, et l'intérêt des ministres décidera sans doute des partis que l'on prendra.
Le C. G*, se prêtera à tout ce que Ton voudra. Les ressources ne lui manqueront pas. Quelques nouveaux édits aplaniront les difficultés. On parlait mal, ces jours-ci, du Monteynard, il s'est raffermi3. Le Parlement est comme M. Guillaume, il juge tout comme un autre; je ne sais pas si c'est bien ou mal. Il a fait gagner M. de Brunoy ; je ne sais pas comment il jugera M. de Morangies; je serais bien fâchée d'être juge dans un tel procès. Je crois la comtesse de Béthune bien mécontente du Châtelet. Prenez-vous intérêt à cette affaire ?
Voilà les Beauvau établis à Versailles; de là ils iront vous trouver, et puis après ils iront en Lorraine. Paris sera désert cet été, il ne me restera que madame de La Vallière. La maréchale de Luxembourg fera de fréquents voyages. Vous l'aurez dans le courant de mai. Vous avez actuellement M. de Trudaine; je vis hier sa femme, qui me dit que madame d'Invault écrivait qu'elle ne se couchait qu'à quatre heures du matin. Elle est donc d'une bien agréable conversation? Comment trouvezvous celle de madame de Bussy ? elle me paraît avoir de l'esprit. Son état ne me paraît pas aussi fâcheux qu'à vous. Seraitelle plus heureuse d'être restée dans son chapitre? Elle n'aime point son mari, c'est un malheur assez général; il est..., n'est-
1 . Veuve de M. Boucault , financier ; on voulait la marier à la cour, et la faire dame d'atours de la nouvelle comtesse d'Artois (Thérèse de Savoie), dont madame de Forcalquier était dame d'honneur. Madame Boucault épousa M. de Bourbon- Busset.