‹ Correspondance complète de mme Du Deffand avec la duchesse de Choiseul, l'abbé Barthélemy et m. CraufurtChapitre 88 sur 108 · L'abbé Terray, contrôleur général · texte numérisé non relu

L'abbé Terray, contrôleur général

3. « Il lui sera difficile de rester ministre, disait le roi, il n'y a que moi qui le soutienne. »

ce pas tant mieux? Elle fait tout ce qu'elle veut. Oh! le plus grand nombre des femmes est bien plus à plaindre qu'elle.

Que dites-vous du séjour de M. de Lauzun en Angleterre? Il me parait incompréhensible. Je n'entends plus parler de M. de Gontaut; il n'a eu, pour moi, qu'une bleuet te. Mais pourquoi est-ce que je ne vous dis rien du grand abbé? ce n'est pas faute de l'aimer et d'en être occupée. Vous ne nous le laisserez pas longtemps. Personne ne comprend mieux que moi qu'on ne puisse pas s'en passer; nous souperons demain ensemble chez la petite sainte. Nous parlerons de vous tout à notre aise. Demandez-lui, chère grand'maman, de n'avoir pour moi aucune réticence et de me communiquer ce que je voudrai entendre. Il n'y a que la confiance qui soit une preuve non équivoque de l'amitié.

On m'avertit que voilà quatre pages.

Adieu, chère grand'maman.

LETTRE CCCCLXV

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE GIIOISEUL

Ce mardi, 6 avril 1773.

Notre correspondance, chère grand'maman, s'est terriblement ralentie; je passe des temps infinis sans apprendre de vos nouvelles; l'abbé ne m'en dit point. Je le chargeai samedi d'une lettre pour vous, il prévoyait qu'elle ne partirait que demain mercredi ; elle sera, quand vous la recevrez, de trop ancienne date pour que je n'y joigne pas un petit billet aujourd'hui.

Nous passons des soirées délicieuses chez la petite sainte, vous êtes l'unique sujet de nos caquets. L'abbé nous a communiqué un portrait charmant. Quel pinceau ! chère grand'maman. Si ce n'était pas trop l'avilir, je vous prierais de l'employer pour moi , de ne point embellir ni même adoucir les traits.

Apprenez-moi à me connaître, que je voie tous les défauts de mon caractère, les travers de mon esprit, mais dites infiniment de bien de mon cœur; il ne peut être qu'excellent, puisque vous le remplissez. Ah ! chère grand* maman, pourquoi faut-il que la fin de ma vie soit si triste ? Pourquoi faut-il que je sois séparée de vous? Mais terminons d'inutiles plaintes.

N'avez-vous pas actuellement le chevalier de Boufflers? ne le trouvez-vous pas presque aussi raisonnable qu'il est aimable? Et notre incomparable, n'en êtes-vous pas contente? Dans ce moment-ci beaucoup de mes connaissances se dispersent: Beauvau à la cour ; la maréchale de Luxembourg, Pont-de-Veyle et plusieurs autres à Tlsle-Adam; les Brienne dans leur château. Ce sera encore bien pire le mois prochain. Le chevalier de Bouteville vous rendra cette lettre. Ce n'est pas un débiteur de nouvelles; il vous dira à l'oreille que madame de Lillebonne est grosse, et vous priera de ne le pas citer ; il devrait vous raconter la joie qu'on a eue du gain du procès de M. de Cambray 1 , de l'ordre de supprimer le Mémoire, et de ce que le roi a dit à cette occasion. Le grand-papa jouit de toutes les gloires imaginables. Les événements de sa vie seront une grande et singulière époque dans notre histoire ; rappelez-moi à son souvenir; songez l'un et l'autre que toutes mes affections et mon bonheur sont placés sur vous; payez-m'en les intérêts par des marques de souvenir et d'amitié.

LETTRE CCCCLXVI

DE MADAME DU DEFFAND A LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce lundi, 12 avril 1773.

Depuis le retour de M. de Vaudreuil, ma chère grand'maman, je n'ai eu de vos nouvelles que ce que j'ai pu en arra-

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