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Correspondance d'Alexis de Tocqueville, publiée en 1860

C'esl à vous deux à la fois que je veux écrire aujourd'hui, mes bons amis; je n'ai pas le temps de vous faire deux lettres, parce que nous sommes au milieu des assises ; et cependant je veux parler à l'un et à l'autre. L'embarras est de savoir à qui s'adresser d'abord ; car il y a des choses qui ne se rapportent point à tous les deux. Si .j>e consulte mon cœur, il ne m'indique ni premier ni second. Je commencerai cependant par la dame

1 Voir Tobservation commune à toute la correspondance de Tocqueville, à la page 296, tome V.

2 Son frère Edouard, depuis le vicomte de TocqueviUe. Cette lettre élait tout à la fois adressée à son frère Edouard et a sa belle-sœur Alexandrine, nouvellement mariés, qui firent à cette époque, en Suisse et en Italie, un voyage, pendant lequel Alexis de TocqueviUe leur donnait les nouvelles de France' devenues cbaque jour plus graves aux approches de la révolution

de Juillet 1850.

(lu log-js; mais il faut bien qu'elle se figure que c'c-[ par

pur esprit de politesse française.

Je vous dirai donc, ma bonne sœur, que si ma lettre

vous a été au cœur, c'est un chemin que la vôtre a

trouvé aussi d'elle-même. Je le mandais à votre mari il y a quelques jours; je ne sais comment vous exprimer l'impression que ce témoignage d'amilié de voire part a causée sur moi. Tous les jours il arrive de remercier ceux qui vous écrivent des choses aimables, et le remercîment alors a quelque chose de plus vif que le sentiment qui l'inspire : c'est de la fausse monnaie qu'on donne pour de la bonne ; et on le fait consciencieusement parce qu'elle ne trompe personne. Eh bien, je veux au contraire que vous preniez la mienne pour ce que je la présente et pour ce qu'elle vaut; et pour cela je ne sais comment faire. Je voudrais vous dire ce que j'ai éprouvé tout juste, rien au dehà, rien audessous. Je vous dirai donc bien simplement du fond du cœur que votre leKre m'a touché, ému, que j'ai cru à tout ce qu'elle contenait sans restriction, parce que je retrouvais dans mon âme tout ce que vous savez si bien exprimer. Je vous jure que l'amitié que vous me témoignez et le bonheur que vous faites et ferez toujours, j'espère, trouver à Edouard, sont les deux choses les plus propres à contribuer au mien et à me faire penser avec plaisir à l'avenir.

Ce n'est pas seulement moi qui ai à vous remercier de vos lettres. Il y a chorus sur ce point. Toutes les fois qu'une lettre datée de Suisse parvient à Paris, on

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