AU BARON ET A LA BARONNE DE TOCOLEVILLE
en plus dans l'extrême droite. On croit que M. de Chabrol et deux autres modérés comme lui vont en sortir. Le roi ne parle plus que de force, les ministres que de fermeté. Les royalistes sages sont inquiels de l'avenir; les fous, el c'est le plus grand nombre, sont aux anges. On ne parle parmi eux que de coups d'Etat, de changements de la loi d'élection par ordonnance, etc., etc. Au milieu de tout cela, le peuple français est parfaitement» calme. Les tribunaux condamnent tous les jours quelques journalistes dans les deux partis. Personne n'est satisfait de leurs arrêts. Les journaux crient comme des aigles ; et cela se conçoit à cause du dispositif qui les condamne. Le gouvernement n'est pas fort satisfait des considérants qui, en général, établissent le droit de résistance à toute entreprise extraconstîtutionnelle. Pour moi, j'avoue que je trouve que les juges font, dans l'un comme dans l'autre cas, leur devoir.
Ce qui m'effraye pour le ministère, c'est : 1° la médiocrité des hommes qui le composent; il n'y a qu'une voix sur son chef; 2° la chaleur de ses ennemis et leur nombre; 5° la tiédeur de la plus grande partie de ceux qui se croient en conscience obligés de le soutenir; 4° la présomption de ses plus ardents soutiens. Il se passe sans cesse ici une scène de Coblentz. Les royalistes par excellence ne sont qu'une petite poignée parmi nous. Eh bien, ils ne pensent qu'à s'épurer. Ils se cherchent pouille les uns aux autres avec un acharnement qui serait plaisant s'il n'était pas si déplorable. On dirait qu'il n'y a plus qu'à parlager les fruits du triomphe.
C'est ainsi que la Gazette, organe de M. de Villcle, et Ja Quotidienne, organe du ministère actuel, s'attaquent l'une l'autre tous les matins à la grande risée des libéraux.
Au milieu de ce mouvement, on se prépare à la guerre avec une activité incroyable (réexpédition d'Alger). Une chose assez remarquable, c'est que, maintenant que la guerre est résolue, les journaux libéraux ont cessé, en général, d'en critiquer le but et les préparatifs.
11 y a un véritable esprit national dans la manière dont cette question a réuni les opinions.
Tu sais sans doute les démarches qu'a faites Hippolyle^ pour partir. 11 a été jusqu'à arrêter madame la Dauphine au moment où elle montait en voiture. Tout cela a fort bien pris, l'a mis dans une position favorable, mais n'a encore produit aucun résultat positif. Adieu.