INTRODUCTION
Parmi les sources si nombreuses et de genres si divers à l’aide desquelles on parvient à reconstituer la trame compliquée de l’histoire du xvr siècle, les lettres missives émanées soit des personnages qui prirent aux événements qu’ils rapportent une part plus ou moins active, plus ou moins prépondérante, soit des ambassadeurs étrangers qui en furent les témoins attentifs, doivent sans contredit occuper la place d’honneur. Inspirés par les besoins, par les préoccupations de l’heure qui les vit éclore, de tels documents ont assurément une valeur bien supérieure à celle des mémoires composés après coup, où ne peut manquer de percer un parti pris d’apologie envers les uns, de dénigrement systématique envers les autres. Un autre intérêt d’ordre moins général de ces correspondances particulières est de nous faire pénétrer dans l’intimité de leurs auteurs, dans les secrets de leur vie journalière, dans les replis cachés de leur .conscience. C’est par leurs lettres que nous connaissons le mieux Marguerite d’Angoulême, sœur de François 1 er , Biaise de Monluc, le faible Antoine de Bourbon, sa femme « au cœur viril » Jeanne d’Albret, Marguerite de Valois, première femme d 0
Henri IV, Henri IV lui-même enfin, épistolier inimitable autant que grand roi*.
Sans rivaliser d’importance avec celles des hauts personnages que nous venons d’énumérer, la correspondance du cardinal de Châtillon ne contribue pas médiocrement à la connaissance des hommes et des choses de son temps. Nous n’en soumettons aujourd’hui que la première partie aux suffrages des historiens, espérant pouvoir réunir un jour dans un second fascicule, outre les glanes que des recherches subséquentes pourront nous faire découvrir*, toutes les lettres écrites par Odet de Coligny durant son séjour en Angleterre (mi-septembre i568 — 21 mars
1. Les lettres de Marguerite d'Angoulème ont été publiées par Génin (Paris, 1842, 2 vol. in-8°), celles de Monluc par M. le baron de Ruble (Paris, 1870 et 1872, 2 vol. in-8°, faisant suite aux 3 volumes des Commentaires de ce grand capitaine), celles d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret par M. le marquis de Rochambeau (Paris, 1877, 1 vol. in-8°), celles de Marguerite de Valois, avec ses Mémoires , par Gucssard (Paris, 1842, 1 vol. in-8°), celles d’Henri IV par Berger de Xivrey et Guadet (Paris, 1843-1876, 9 vol. in-4 0 ). — Citons encore la correspondance de Catherine de Médicis, dont le deuxième volume vient de paraître; son savant éditeur, M. le comte de la Ferrière, compte sur huit au moins pour la totalité des lettres de cette princesse.
2. M. Georges Duruy, dans Le cardinal Carlo Caraffa (Paris, 1882, in-8°), signale deux lettres d’Odet à ce prélat en date de septembre et octobre i 556 , que possède la bibliothèque Barberini de Rome; de même, M. le comte Jules Delaborde (Gaspard de Coligny, amiral de France (Paris, 1878-82, 3 vol. in- 8 °), I, p. 326, note 3 et II, p. 84, note 2), en indique deux autres de notre personnage adressées au duc Emmanuel-Philibert de Savoie, conservées l’une (22 septembre i 558 ) aux Archives de Bruxelles, l’autre (3 mars i 56 i) aux Archives de Turin.
1071 , date de sa mort)'. Pour la période qu’embrasse notre publication actuelle, nous nous permettrons de signaler comme particulièrement curieuses la lettre v où l’àme ambitieuse et hautaine du cardinal Charles de Lorraine est dévoilée par son jeune collègue avec beaucoup de finesse et de perspicacité, et la lettre xliii, remarquable entre toutes par la délicatesse des sentiments qui s’y révèlent. Avec l’année i562, la correspondance d’Odet revêt un caractère politique qu’elle ne perdra plus désormais. Sa mission sur les bords de la Loire (xlvi-xlviii, l), ses négociations lors des conférences qui aboutirent à la paix de Longjumeau (lxv-lxix) appartiennent à l’histoire de nos guerres civiles; c’est assez dire tout leur intérêt.
11 nous faut dire quelques mots d’un des manuscrits qui nous ont fourni le plus de documents, le volume 20461 du fonds français (ancien 340 Gaignières), à la Bibliothèque nationale de Paris. Sans
1. Le Record office de Londres en renferme seul une cinquantaine. — Il en existe également quatre à Edimbourg, Balcarres papers, vol. I, et une (6 novembre i 568 ) aux Archives seigneuriales d’Hatfield. (Voy. Reports of the royal Commission on historical manuscrits, t. I (1870), p. 124, col. 2, et t. IV' (1874), p. 209, col. 2.) — De plus Schott en a inséré une du i 5 avril i 56 q dans Herzog Ludwig von Wurtemberg an die Franzosischcn Protestantcm wahrend das dritten Religions Krieg, Groën van Prinsterer une autre du 24 avril i 56 q dans les Archives de h maison d'Orange, Kluckhohn une troisième du 10 juin 1569 dans Briefe Friedrichs des frommen Kurfiïrsten. — Enfin AI. Gachard, Les Archives de Lille (Bruxelles, 1841, p. 198) signale l'existence, dans les portefeuilles des lettres missives conservées aux Archives du département du Nord, de plusieurs messages d'Odet en date de 1S71 .
parler de plusieurs missives du grand Coligny et de d’Andelot, sans parler de pièces relatives aux démêlés de notre cardinal avec la cour de Rome à la fin de 1 562 , nous y avons trouvé un « Extrait de lettres ruinées et rompues », liste donnant, il est vrai, seulement la date chronologique et topographique de chacune de ces pièces détruites, mais importante pour la biographie d’Odet, dont elle détermine le séjour à vingthuit époques différentes de sa vie. En publiant cette liste, nous n'avons pas cru devoir nous astreindre à respecter l'ordre de ces précieuses mentions dans le manuscrit; les numéros placés entre crochets permettront du reste de le rétablir par la pensée. De même aussi nous avons corrigé d’après le nouveau style les dates écrites en vieux style'. — Le même manuscrit 20461 contient dix fragments de lettres originales du cardinal de Chàtillon. Quel en était le destinataire? Nous l’ignorons. L’adresse manque et aucune phrase du texte n’a pu nous donner la clef de ce mystère. Cependant, à coup sûr nous sommes là en présence d’une correspondance intime : C’est ce que trahit la brève salutation « Le bien vostre », absolument insolite. De ces dix fragments, sept nous ont paru mériter par leur étendue de prendre rang à leur date dans le corps de la correspondance de leur auteur. Quant aux trois autres (pages 25, 41 et 43 du manuscrit), elles ne contiennent que la date, la salutation et la signature. Aussi avons-nous cru devoir
i. Le 4 août 1564, l’Édit de Roussillon confirma une ordonnance de janvier précédent, fixant au i cr janvier le commencement de l’année.
les faire figurer dans la liste des « lettres ruinées et rompues », en les notant d’un astérisque pour éviter toute confusion.