‹ Correspondance d'Odet de Coligny, cardinal de ChatillonChapitre 13 sur 36 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

» A Monseigneur , Monsieur le conestable.

Monseigneur, ainssy que tous vos amys et serviteurs de par deçà estoyent en fort grand poyne de vous pour le long temps qu’il y avoyt que n’avions receu de vos lettres, monsieur de Méru 3 , vostre fils, est arrivé avec Sainct-Sulplice * premièremièrement en la part où est madame la conestable quy a receu

1. L'amiral de Coligny avait été fait prisonnier dans Saint-Quentin à la suite d'une valeureuse résistancj le 27 août précédent, dix-sept jours après la défaite des troupes conduites à son secours par le connétable. Durant les loisirs forcés de sa captivité, il écrivit de ce siège mémorable une relation souvent imprimée, notamment dans la collection Buchon.

2. Quelques lignes en ont été imprimées par M. Delaborde ( op . c/ 7 .. I, p. 329).

3 . Charles de Montmorency, troisième fils du connétable, né en 1537 , fut d’abord connu sous le nom de baron de Méru, puis après la mort de l'aîné de ses frères, François, qui en 1579 donna le titre de duc de Montmorency à son autre frère Henri (second fils d’Anne), prit le titre de baron de Damville que celui-ci avait porté. Il fut pris à Saint-Quentin aux côtés de son père, figura aux batailles de Dreux (1562), Saint-Denis (1567), Moncontour (1569), fut créé amiral (1596), chevalier du Saint-Esprit (1597), vit sa baronnie de Damville érigée en duché-pairie (septembre 1610) et mourut deux ans après. (P. Anselme, VII, p. 906-907.)

4. Jean d’Ebrard, seigneur de Saint-Sulpice, épousa le 6 mai i 55 i Claude de Gontaut-Biron, devint conseiller d’Etat, remplaça en i562 son ami Sébastien de l’Aubespine comme ambassadeur de France en Espagne (voy. l’Introduction des Négociations sous François II), reçut le collier du Saint-Esprit en 1679 et mourut en i 58 i. (La Chesnaye-Desbois, VII, 273.)

une des plus grandes ayses qu’elle ayst enquores point eu depuis qu’il a pieu à Dieu vous mettre là où vous estes. Ledict sieur de Méru est venu en ceste compagnie lequel je vous puis asseurer, monsieur, qu’il y a esté receu et aultant veu de bon cueur que home qui y soyt arrivé il y a longtemps, pour le plaisir que tous vos amys ont receu d’avoir entendu sy particulièrement de vostre portement et de la prudence dont vous vous gouvernés, estant au lieu où vous estes, quy est bien la nouvelle quy aultant nous resjouyt tous. Nous n’avons pas receu moins de plaisir d’avoir entendu qu’avés changé de lieu, pour l’espérence que ung chacun quy a estay à Anguien 1 aultrefoys nous donne que la beaulté du lieu vous pourra grandement servir à recouvrer vostre parfaicte santé, et aussy que vous aurés commodité de vous promener quelquefoys dans le parc quy est fort beau, à ce que j’entens.

Monsieur de Méru nous a dict que voullés que l’on vous envoyé une mulle et une haquenée quy soient basses pour vous promener. Messieurs vos anffans et moy chercherons pour vous en envoier ainssy que les demandés. Je scay desjà bien où il y a ung mullet quy est fort et bas, quy vous portera fort bien; il est paisible; il est vray qu’il ne va pas grand train. Sy nous n’en trouvons un mellieur, cestuy-la ne vous peust fallir, car il est entre mes mains. Quant à la hacquenée, nous ferons dilligence d’en trouver une telle que demendés.

Au demeurant, monsieur, quant aulx nouvelles de ceste compagnie, tout ce que je vous en puys dire c’est que le Roy et la Royne se portent fort bien, Dieu mercy : aussy font tous messieurs leurs enffans. Il n’est question de bonnes chaires que l’on délibère de faire à ses nopces de monseigneur le Daulphin avec la royne d’Escosse *, quy doivent estre le landemain de Quasimodo à Paris *.

1. Enghien , petite ville de Belgique (province du Hainaut), qui donnait le titre de duc aux fils aînés des princes de Condé.

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