‹ Correspondance d'Odet de Coligny, cardinal de ChatillonChapitre 21 sur 36 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

A ' Monseigneur , Monsieur le duc de Montmorency *,

Pair et connestable de France.

Monseigneur, s’en allant monsieur de Montpezat 8 présent porteur devers vous je n’ay voullu faillir de vous faire responce à ce qu’il vous a pieu me faire entendre par Dupin que vous voulez que je face pour vos affaires en ceste compagnie, par lequel j’ay esté pareillement très aise d’avoir entendu de voz bonnes nouvelles et pour commencer par ce que vous m’avez mandé du don que le pays de Languedoc 4 vous a faict ceste année de XVIII mil livres et à monsieur le conte de Villarz B de

1. Imprimée in extenso par M. L. Pâris p. 264-267 des Négociations sous François IL

2. Depuis la mort de Henri II, Montmorency, disgracié, s’était retiré à Chantilly.

3 . Melchior des Prez, seigneur de Montpezat. Il épousa en juin i 56 o Henriette de Savoie, fille unique du comte de Villars. (Voy. n. 5 .)

4. Le connétable était gouverneur du Languedoc, et cette charge s’inféoda dans sa famille durant plus d’un siècle.

5 . Honorât de Savoie, comte de Villars et de Sommerive, fils puîné de René légitimé de Savoie, accompagna Henri II en Lorraine (i552), se jeta dans Hesdin, assiégé par le prince de Piémont, fut blessé à Saint-Quentin, défendit néanmoins Corbie, accompagna Charles IX à Bayonne (i 565 ), assista aux bataiUes de Saint-Denis (1567) et Moncontour (i 56 q), fut créé maréchal (1571) et amiral de France (1572), guerroya contre les huguenots en qualité de lieutenant-général de Guyenne et leur prit plusieurs places (i573). Il mourut en i 58 o. (P. Anselme, VII, p. 237.)

VI mil et à monsieur Joyeuse 1 de III mil, je n’ay failli suyvant vostre intention aussytost que je suis arrivé en ce lieu d’en parler à monsieur le chancelier # lequel n’a différé pour autre occasion à en dépescher et sceller les lettres qui luy ont esté présentées par vos gens sinon par ce qu’il les a trouvées très mal faictes et d’une forme peu seure et non accoustumée parce qu’il est porté par icelles que ledict pays faict offre et don des sommes susdictes, s’il plaist au Roy, de quoy il avoit averti vos gens pour les faire refaire; et a pareillement semblé à monsier de l’Aubespine 8 que les lettres précédentes en pareil cas dont il dict en avoir dépesché aucunes n’estoient faictes en ceste forme, qui a esté occasion que monsieur le chancelier luy a donné charge de les refaire et y user d’une autre voye, luy ayant semblé meilleur d’en faire deux lettres, l’une adressante aux estatz dudict pays de Languedoc par lesquelles il leur permect de vous faire ledict don et l’aprouve ; l’autre adressante à vous pour le recevoir, lesquelles dès ce jour d’huy doivent estre dépeschées. Vous advisant, monsieur, que j’ay trouvé

1. Guillaume, vicomte de Joyeuse, membre du conseil d'État et du conseil privé, d'une vieille famille noble du Bas-Languedoc. Le célèbre duc Anne de Joyeuse, favori d'Henri III, était son fils aîné. (P. Anselme, III, p. 839.)

2. François Olivier, seigneur de Leuville, après s'étre acquitté avec honneur de plusieurs ambassades importantes, fut nommé président du parlement de Paris le 12 juin 15^3, et le 18 avril 1545 succéda en qualité de chancelier de France à Guillaume Poyct, destitué par François 1er. Etant devenu paralytique, il dut remettre les sceaux à Jean Bertrand (V.p.52,no 1). Cet état de choses dura le temps du règne de Henri II. A l’avènement de François II, il reprit l'exercice de sa charge. Le dégoût qu'inspira en lui la cruelle répression de la conjuration d'Amboise hâta sa fin, arrivée le 3o mars i56o. Son successeur fut le fameux Michel de l'Hospital. (P. Anselme, VI, p. 482.) Un peu plus bas, le cardinal de Chàtillon donne sur son compte une appréciation curieuse.

3. Claude de l’Aubespine, baron de Châteauneuf-sur-Cher, gendre et successeur, comme secrétaire d'Etat, de Bochetel, en 1542, fut un des négociateurs de la restitution de Boulogne à la France (i 545), de la paix de Cateau-Cambrésis (i 559), de la reddition de Bourges par les protestants (i 5Ô2), prit, quoique malade, une grande part aux conférences qui précédèrent la bataille de Saint-Denis (1567). Le 11 novembre, date de ce grand drame qu'il n'avait pu empêcher, il expira. Catherine de Médicis avait en lui pleine confiance. (Moréri, art. Aubespine.)

ledict sieur chancelier fort affectionné à tout ce qui vous touche; et s’il n’est si prompt à dépescher comme par cy-devant a esté le cardinal de Sens 1 , il ne vient d’autre chose que d’une pesanteur et gravité qu’il a tousjours eue et qui est née avec luy ayant tousjours voulu pezer et digérer les choses premier que les dépescher : Et quand aux dix mil livres restans du don qui vous avoit esté faict l’année passée par ledict pays pour payer vostre rançon, premier que je fùsse arrivé en ce lieu il en avoit scellé les lettres comme pareillement monsieur de Beauregard avoit refait les lettres du bailliage du Cotantin.

Je n’ay pareillement failly, monsieur, de parler à la Roynemère pour les terres que vous tenez du dommaine du Roy, qui desjà en a commencé à parler à ces messieurs qui sont autour du Roy, sur quoy on faict quelque difficulté pour la conséquence et attendu que ung chacun laisse ce qu’il en tenoit, si est-ce que je ne laisseray d’en parler encores et d'essayer à conduire cela et tout ce que vous m’avez mandé à quelque bonne fin, s’il m’est possible.

Quand aux cinquante mil escuz restans du don que le feu Roy vous fist pour payer vostre rançon, je n'ay encore trouvé ladicte dame à propos pour luy en parler et regarder quelque moyen de vous assigner et dresser de ceste partie. Mais bien ay parlé à madame de Montpensier* qui monstre avoir fort grande affection à tout ce qui vous touche pour luy parler de vos confirmations de vos capitaineries, m’ayant semblé meilleur ce faict faire ouvrir ce propos par elle qui ne doubte que

i. Jean Bertrand, seigneur de Frazin, quelquefois appelé par erreur Bertrandi, garde des sceaux intérimaire de i55o à 1559. Sa femme, Jeanne de Baras, étant morte, il se fit d’église et devint successivement évéque de Comminges (i555), archevêque de Sens et cardinal (i 557). H mourut le 4 décembre i56o, après avoir assisté à l’élection de Pie IV. (P. Anselme, VI, p. 486.)

2. Jacqueline de Longwic, mariée en août i 538 à Louis II de Bourbon, duc de Montpensier. Elle était dame d’honneur de Marie Stuart (Négociations sous François II, p. 744) et mourut le 28 août i 56 i. Son époux se remaria longtemps après, le 4 février 1570, avec Catherine de Lorraine, sœur du duc Henri de Guise, qui, par ses folies et son fanatisme politique, rendit célèbre pendant la Ligue le nom de duchesse de Montpensier.

P. Anselme, I, p. 355.)

ladicte dame ne voudroit prendre argent de vous pour lesdictes confirmations non seulement en si petite somme mais en beaucoup plus grande.

Je n'ay pareillement obmis à parler au Roy à ce qu'on ne touche aux deniers qui ont esté par vous consignéz au greffe de la court de Parlement de Paris pour le pris du décret de la terre du Belloy, au cas que Sa Majesté levast par emprunt les consignations estans au greffe de ladicte court, dont j'ay faict faire le commandement à monsieur de l'Aubespine et luy ay baillé la minute des lettres que m'avez envoyées qui les doibt incontinent dépescher; remettant au reste à parler au Roy pour la douzaiue d'arbres que vous demandez de la forest de Neufville, jusques sur la fin et alors que j'auray parlé des autres choses qui importent de plus.

Qui est, monsieur, satisfaict à tous les pointz que m'avez mandé par ledict Dupin. Et parce que ledit sieur de Montpezat présent porteur vous pourra faire amplement entendre le branle et doubte en quoy nous d'entrer en guerre avec les Anglois pour les démonstrations qu'ilz font de nous vouloir clorre tous les passages et empescher que le secours que le Roy veult envoyer en Ecosse n’y puisse entrer, chose qui viendroit si mal à propos, comme très bien vous entendrez, qui a esté occasion 1 que depuis quatre ou cinq jours monsieur l'amiral mon frère a esté mandé, je ne m'estendray à vous en faire autre discours ny redite par ccstc lettre à laquelle je feray fin après m'estre recommandé à vostre bonne grâce, supliant le Créateur vous donner, monseigneur, en parfaicte santé très longue et heureuse vie.

D'Amboise, au xxv e février i55g (i56o n. s.)

( man . propr.) Monsieur, j'espère pouvoir partir de ceste court pour vous aller trouver environ (environ) le vi me du moys ' qui vient. Il est vray que je iray passer par Chastillon, là où je n'arresteray que troys ou quatre jours affin que plus tost je

i. Simple piège pour attirer Tamiral à Araboisc et le compromettre dans les mouvements séditieux, alors près d’éclater, auxquels l’histoire a conservé le nom de conjuration d’Amboise.

puisse avoir ce bien que de vous veoyr, ce que je désire bien fort.

Votre très humble et très obéissant nepveu.

Le cardinal de Chastillon.

[Original], B. N.,/, français, 3 i 57, fo® 21 et 23.

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