XLV
A \ Monseigneur , Monsieur le duc de Montmorency ,
Pair et connestable de France.
Monseigneur, vous aurez de ceste heure peu veoir par les lettres que je vous ay escriptes par les sieurs de Montpezat et Sanzay* ce que j’avois advancé, en ce que vous m’avez mandé par Dupin pour vos affaires, tellement qu’il ne restoit plus que deulx points auxquels je n’avois encore satisfaict : dont depuis ayant eu response je n’ay voullu faillir, monsieur, de vous en tenir incontinent adverty, s’estant présentement offerte cette occasion de vous escrire par le conte de Maulevrier*, présent porteur; vous advisant, monsieur, que j’en feiz hier faire le commandement à monsieur de l’Aubespine, duquel je feray retirer le brevet. Et quant aux cinquante mil escus restant du don que le feu Roy vous feist pour achever de payer vostre rançon, à ce matin monsieur le cardinal de Lorraine a parlé au trésorier de l’espargne pour regarder à vous assigner de ladicte somme par quartiers pour en estre payé dedans deux ans ; de
1. Imprimée, comme la précédente, par M. L. Pâris, p. 267-269 des Négociations sous François IL
2. Sans doute le comte Claude de Sanzay, qui épousa en 1571 Marguerite de la Motte-Fouqué. Cf. comte de la Ferrière- Percy, Journal de la comtesse de Sanzay (1859, Paris, Aubry, petit in- 18).
3. Charles-Robert de la Mark, second fils de Robert IV de la Mark, duc de Bouillon, naquit en i538, porta d’abord le titre de comte de Maulévrier et de Braine, fut blessé devant Rouen (i562), servit au siège de la Rochelle (1573) et devint duc de Bouillon par la mort de son frère aîné, Henri-Robert, et de ses trois fils, et le mariage de sa fille Charlotte avec Henri de la Tour, vicomte de Turenne. Il mourut en septembre 1622. (P. Anselme, VII, p. 169.)
quoy il me doibt faire response dedans ung jour ou deux, dont je ne fauldray incontinent de vous advertir qui sera occasion que dedans cinq ou six jours j’ay délibéré partir de ce lieu pour vous aller trouver, après avoir passé par Chastillon, n’ayant pour le présent aultre chose qui me retienne plus icy que de mettre une fin à tout ce que vous m'avez mandé par ledict Dupin. Et attendant que j’aye ce bien de vous veoir, je me recommanderay très humblement à vostre bonne grâce, après avoir suplié le Créateur vous donner, monsieur, en parfaicte santé très longue et très heureuse vie.
D’Amboise, ce dernier février i55g (i56o n. s.).
Monsieur, depuis ceste lettre escripte, j’ay présentement receu celle qu’il vous a pieu m’escrire du xxm e de février par le protestant 1 par laquelle j’ay veu que non seulement on a faict saisir Compïègne et la seigneurie des Baulx en Provence, mais aussy le comté de Beaumont qui vous a esté baillé par le feu Roy François par engagement, de quoy je ne m’estonne, monsieur, parce que tous ont esté traictéz de ceste façon, n’y ayant eu une seule terre du dommaine du Roy baillée par engagement qui n'ait esté saisie. Mais aussytost qu’on a fait aparoir de l'engagement devant les commissaires députéz pour cest effet, on a eu main -levée; et en cas pareil une petite terre que monsieur le mareschal mon père avoit eue du feu Roy François par engagement avoit esté saisie, dont monsieur l’amiral mon frère a eu incontinent main-levée, ayant devant lesdietz commissaires faict aparoir dudict engagement. Quand aux deux autres terres du domaine que vous tenez sans engagement avec l'estang de Gonnieux, je vous ay escript par cy devant, monsieur, la difficulté que ces messieurs qui sont autour du Roy en font se fondans sur une conséquence ; mais je ne laisseray premier que partir d'essayer d’en tirer d'eux quelque meilleure responce.
Au demeurant, monsieur, vous aurez de ceste heure receu les lettres d'acquit de ce que le pays de Languedoc vous a donné, lesquelles monsieur le chancelier ne faict aucune dif-
i. Sobriquet dont nous n’avons pu découvrir le porteur.
ficulté de vous sceller aussytost que je luy en ay parlé, y ayant usé de la forme qui lui a semblé la meilleure pour les expédier en deux lettres, suyvant ce que je vous ay par cydevant escript, et m’esbahiz des rebuffes et parolles injurieusee que vos gens vous ont faict entendre parce que je l’ay tousjours veu parler de vous et de ce qui vous touche avec révérence et honneur, estimant bien que cela peut venir plustot de l'imprudence de vos gens que de mauvaise volunté de sa part, estant bien toutesfois certain qu’il n’est si prompt à dépescher, comme a esté le cardinal de Sens, ce qui luy vient d’une gravité et pesanteur naturelle qui est née avec luy, ainsi que pareillement je vous ay faict entendre par une de mes précédentes lettres. Au moyen de quoy nous avons esté d’advis, monsieur l'amiral mon frère et moy, que Monterambert n’estendist la créance que vous avez remise sur luy par la lettre que vous escrivez à monsieur du Mortier veu mesmement qu’il a dépesché ce que demandez. Quand au pacquet que vous avez baillé à Dupin pour faire tenir à Bassemaisons, vostre maistre d'hostel, il la garde jusques icy pour le luy bailler seurement en ceste ville où il luy avoit dict qu’il se trouveroit bientost aprèz que le Roy y seroit arrivé pour entendre à ses affaires. Et parce que ledict Dupin au retour d’avec vous m'est venu trouver aux Chasteliers et que je n’ay esté de retour à la court sinon lorsque le Roy est arrivé en ceste ville, vous n’avez peu si tost avoir responce de ce que vous m’aviez mandé par luy, parce que j’attendois à la vous faire jusques à ce que j’eusse advancé quelque chose en vos affaires, dont pour le présent je ne vous feray plus longue lettre mais bien me recommanderay derechef très humblement à vostre bonne grâce. Monsieur, parce que n'ay trouvé à propos le conte de Maulevrier pour vous fere tenir ceste lettre, j’ai advisé de la vous envoyer par ce porteur qui m’a dict qu’il vous alloit trouver en diligence.
(mati. propr.) Votre très humble et très obéissant nepveu,
Le cardinal de Chastillon.
[Original], B. N., /. français , 3i 57, fa 25.