LXXV
Sire, ayant eu plusieurs advertissemens coup sur coup des entreprises qui estoient dressées contre moy et des aguetz qui se faisoient pour me surprendre au premier jour en ma maison par ceulx mesmes qu’on avoit employéz pour estre de la partie, et cognoissant que ceulx qui se sont de longue main déclaréz mes ennemys et de tous les miens avoient aujourd'huy le glaive de la puissance en la main pour exécuter quand ils vouldront leur mauvaise volunté, j'ay esté contraint à mon grand regret de quitter ma maison et ce royaume où il y a longtemps que j’ay eu cest honneur d’estre auprès des Roys voz prédécesseurs afin de pouvoir conserver ma vie et me garentir de l'insolence et cruauté de mesdictz ennemys et d'une si dure et prochaine oppression, supliant Vostre Magesté ne trouver mauvais si, suyvant ce qui est naturel à tous hommes, j'ay cerché lieu de retraicte le plus proche et aisé que j'ay peu pour la conservation de ma persone et pour éviter le dangier, ensemble me faire ceste grâce de croire que, en quelque lieu que je sois, je ne vouldrois jamais faillir à ung seul point de l'obéissance, fidèle subgection et loyaulté que je vous doy, que ma retraicte
1. Imprimée, d’après une copie du temps conservée au Record-office , par M. le comte de La Ferrière- Percy dans le Seizième siècle et les Valois , p. 216.
n*est point pour deffiance que j'aye de vous et de vostre gentil naturel enclin à toute vertu et droicture et désireux de la paix et tranquillité publique, mais seulement pour avoir moyen de vivre paisiblement en ce temps si misérable, sans m’empescher d’aulcune chose sinon de servir à Dieu et de délivrer vostre royaume des calamitez et désolations où je prévoy qu'il va entrer au moyen de la passion de ceulx qui préfèrent le but de leurs desseings au bien de voz affaires et au repos et soulagement public; ayant ceste espérance en vostre bonté accoustumée, Sire, que vivant de ceste façon vous ne me vouldrez priver de vostre bonne grâce ne souffrir que ung ancien serviteur des Roys voz prédécesseurs et vostre soit travaillé et maltraicté en ce qui lui appartient de si longtemps et est provenu de vostre libéralité et de vosdictz prédécesseurs, parce seulement qu’il a fuy la misère des troubles et cerché sa seureté et son repos en cest âge : De quoy je suplie très humblement Vostre Magesté et Nostre Seigneur de vous faire la grâce de bien cognoistre ceux qui aiment le bien et conservation de vostre couronne et estât, ensemble vous vouloir conserver, Sire, en très parfaicte santé longuement et très heureusement.
De Sénarpont', ce v®* de septembre i568.
(man. propr.) Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur,
[Original], B. N., Cinq-Cents de Colbert , 24, fo 182.
A la T{pyne.
Madame, Vostre Majesté pourra entendre, par la lettre que j’escry au Roy présentement comme aprèz avoir eu plusieurs
j. Sénarpont y canton cTOisemont, arrondissement d'Amiens (Somme).
advertissemens d’une délibération qui estoit faicte et des aguetz qui estoient dresséz pour me surprendre par ceulx mesmes qui avoient esté apostéz et employéz pour estre de l'entreprise, j’ay esté à mon très grand regret contraint de me résouldre d'habandonncr ma maison et ce royaume auquel j'ay eu cest honneur d’avoir tousjours esté auprèz des Roys bien traicté, afin de pouvoir conserver ma vie et me garentir d'injustice et oppression, ce qui ne provient point, Madame, de deffiance que j'aye de vous à qui j'ay de si grandes obligations, qui m'avez faict ceste grâce de me faire de tout temps démonstration de bonne volunté, et dont je scay en oultre le naturel estre enclin de soy mesme à toute bonté et droicture et esloigné d'injustice et cruaulté, mais c’est pour cognoistre que le moyen et la force sont aujourdhuy en la main de ceux qui sont ennemys juréz de moy et des miens pour exécuter contre nous toutes leurs mauvaises voluntéz quand bon leur semblera : Sur quoy il plaira à Vostre Magesté consydérer qu'il n'est rien si naturel à l’homme que de fuyr les dangers et garder sa vie, ensemble me faire cest honneur de croire que la retraicte que je faiz maintenant au lieu le plus proche et aisé que je puis n'est à autre intention que pour durant ce temps si trouble et si misérable pouvoir vivre en paix et repos sans m'empescher d'aucune chose sinon de déplorer les calamitéz et ruynes dont ce povre royaume est menassé, servir à Dieu, le prier continuellement pour la prospérité de Voz Majestéz de les vouloir assister et pourveoir de bon et sain conseil, et attendre là qu'il luy ayt pieu apaiser son ire et en jettant son œil de pitié sur nous faire cesser cest orage prochain que la malice du tempz et nos péchéz ont esmeu. Cependant et vivant de ceste façon, j’ay telle confiance, Madame, en vostre bonté acoustumée que la passion de mes ennemys n’aura point tant de pouvoir sur vous que de me fere perdre vostre bonne grâce, ne vous laisser persuader que je face jamais ceste faulte d'estre aultre, en quelque lieu que je sois, sinon très humble, très obéissant et très fidèle subgect et serviteur de Voz Magestéz, ne aussy de permettre qu’il soit faict tort à ung si ancien serviteur comme je suis en ce qui m’apartient de si long temps et mesmes ès
biens que j’ay receu des Roys voz prédécesseurs pour seulement avoir fuy le trouble et la fureur des guerres civiles et avoir cerché la seureté de ma persone et le repos en cest âge où je suis : De quoy je vous suplie très humblement, Madame, et Nostre Seigneur de vouloir conduire toutes vos actions à sa gloire et au bien de ce royaume et vous conserver, Madame, en très parfaicte santé et accroissement de toute prospérité.
De Sénarpont, ce v mc de septembre i568.
(man. propr.) Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur,
Le cardinal de Chastillon.
[Original], B. N., Cinq-Cents de Colbert , 24, fo 181.
Signature autographe du cardinal de Chàtillon. (Bibl. natlc, ms français, 6611, fo 80.)