LETTRE CLXX
Ruines d’Antioche. — Enceinte de la ville. — Antaki.
Le 22 juin 1831.-
Le 18 juin dans la matinée, une demi-heure après mon arrivée a Antioche, je suis allé aux bains, espérant que le massage et une abondante transpiration calmeraient la douleur qui m’est restée de ma chute. Ce remède m’ayant réussi, je suis retourné aux bains le lendemain, et j’ai pu dans ces quatre derniers jours visiter , sans trop de souffrances, tous les débris de la vieille Antioche et les lieux d’alentour les plus intéressans. Vous savez ce que c’est qu’une maison de bains en Turquie, et je ne perdrai pas mon temps à vous décrire ce que vous connaissez. Les bains d’Ântaki (c’est le nom moderne d’Antioche) sont loin de ressembler aux bains de Damas, de Smyrne ou de Stamboul : ils reçoivent l’eau de l’Oronte à l’aide d’un aqueduc de bois qui s’emplit par le mouvement d’une grande roue suspendue sur le fleuve; mais en présence de la grande image d’Antioche, il n’est pas permis de s’occuper de semblables mesquineries , et je me hâte de montrer à vos yeux les remparts, les tours et l’enceinte de l’antique ville de Seleucus Nicator et de Bohémond.
Les vieux chroniqueurs des guerres saintes et le petit nombre de voyageurs modernes qui ont vu Antioche, vous ont appris la position de cette ville. Rien n’est facile à déterminer comme la situation et l’étendue d’Antioche, car les murailles n’ont pu être emportées ni par le torrent des siècles ni parles ravages de cinquante guerres, ni même par ces tremblemens de terre qui ébranlent si fréquemment le sol de cette vallée ; le vent de la destruction a passé sur plusieurs parties
d’orient. 245
de ces grands murs et de ces hautes tours, aussi légèrement qu’un vent de printemps. Les fortifications du midi n’ont guère plus souffert que les montagnes qui leur servent de base, et n’ont pas plus changé que rOronte qui coule toujours le même, bordé de gazon et de fleurs, ombragé par des saules et des platanes.
J’ai besoin de toute votre attention pour que vous puissiez bien entendre la description qui va suivre. Les remparts d’Antioche, en partant de l’Oronte qui les baigne au nord , s’en vont au-dessus des montagnes au midi, et viennent rejoindre le fleuve après avoir décrit un grand cercle; quatre mamelons de montagnes se trouvent ainsi renfermés, et ces mamelons dominent de très-haut l’enceinte de la cité; la forteresse s’élevait sur le troisième mamelon du côté de l’est. La partie occidentale des murailles d’Antioche a presque tota~ lement disparu ; à peine trouve-t-on quelques décombres sur ce terrain désert et comme rasé. Je n’ai pu reconnaître un seul vestige de la porte d’Occident ou de Saint-Georges; de ce côté la place est vide. La partie septentrionale, celle qui est voisine de l’Oronte, n’a pas été trop maltraitée ; la ligne des murs, interrompue seulement à de rares intervalles, est encore debout : ces murs sont bâtis en belles pierres de taille ; à chaque distance de trente ou quarante pas , on rencontre des tours, les unes rondes, les autres carrées. J’ai compté sur cette ligne septentrionale huit tours encore entières. Je veux d’abord vous dire que j’ai vu à l’extérieur des tours, des croix en basrelief, des croix de nos guerres sacrées, posées là en signe de victoire par la main de nos chevaliers ; mieux que personne , vous comprendrez l’émotion, la joie patriotique que j’ai éprouvées à l’aspect de ces saintes reliques de nos aïeux ; mes regards sont restés longtemps attachés sur ces vieilles croix qui jadis ont passé par des mains, héroïques, sur ces véritables trophées d’une guerre toute pleine de merveilles, et vous ne serez pas surpris si je vous dis que rien dans Antioche ne m’a fait plaisir comme la vue de ces images glorieuses. Les croix de l’extérieur des tours sont semblables aux croix de Malte ; j’ai vu dans l’intérieur des tours d’autres croix très-petites entourées d’un cercle.
Les tours septentrionales ont des embrasures de différentes dimensions par où les combattans lançaient les flèches : c’est par ces ouvertures que, selon Guillaume deTyr, les musulmans assiégés suivaient des yeux les opérations de l’armée de la première croisade. « Ils
COîïRESPONDANCE
admiraient , dit le chroniqueur, les armes resplendissantes de nos guerriers, les travaux qu’ils poursuivaient avec ardeur, leur manière de s’établir, la position de leur camp, et surtout cette multitude immense de pèlerins dont le nombre et les forces excitaient leurs alarmes. On monte à quelques-unes de ces tours par des escaliers étroits, bien entendu que ces escaliers sont pratiqués du côté qui regarde la ville. La plupart de ces tours servent maintenant de retraite ^ux bœufs, aux vaches, aux brebis; d’autres sont remplies d’ordure, et telle est la puanteur qu’elles exhalent, qu’il faut du courage pour s’en approcher. Ce côté des remparts d’Antioche offre souvent les mêmes aspects que les remparts de Constantinople, du côté occidental ; sur quelques points, le lierre entoure d’une robe verdoyante les murailles et les tours; l’herbe et la mousse croissent à leur sommet ; les lézards courent à travers les plantes qui sortent de la fente des pierres ; et ces tours et ces murailles ainsi exposées aux outrages de l’homme et du temps, présentent une physionomie de tristesse et de mélancolie. On dirait que ces murs, vieux témoins de tant de gloire, pleurent silencieusement leurs anciens maîtres, et regrettent une grandeur qui n’est plus.
Cette partie septentrionale, comme je l’ai déjà dit, est baignéepar l’Oronte; quand le fleuve, dans ses détours, s’éloigne des remparts, on trouve alors des jardins entre les remparts et le fleuve. Observons que, de ce côté-là, les murs n’ont guère que vingt-cinq ou trente pieds de hauteur, et les tours une dimension proportionnée. Cela s’explique sans peine ; l’Oronte ne formait-il pas une bonne défense? Ke quittons point ce côté sans indiquer ]ei porte du Pont, seule porte qui ferme aujourd’hui la ville ; elle a été construite à la place et avec les débris de la vieille porte de ce nom, dont il est tant parlé dans le récit du siège d’Antioche par les croisés. Cette porte fait face à un pont à quatre arches jeté sur l’Oronte ; il n’existe pas d’autre pont pour aller delà ville au-delà du fleuve.
Avançons à l’orient, vers la porte de Saint-Paul, appelée en arabe ■Mah-Boulos ; nous rencontrons les vestiges de deux portes ; la première se nommait \di porte du DuCy probablement parce que ce fut ^n face de cette porte que campa Godefroy, duc de Lorraine ; la seconde se nomme porte du Chien, Le côté oriental des murailles d’Antioche a été plus frappé que le côté septentrional ; mais quoique dans un plus mauvais état, ces restes de l’ancienne cité paraissent
d’oriext.
moins tristes, à cause des grands jardins qui les environnent. Nous sommes ici à un quart d’heure en deçà de TOronte; le plus beau débris que je remarque, sans parler de la porte de Saint-Paul , est une tour d’une parfaite conservation : on y entre par une porte basse ; la tour a six grandes embrasures et une espèce de dôme au milieu duquel on a pratiqué une ouverture ronde. En entrant, j’ai fait envoler une douzaine d’hirondelles qui avaient bâti leurs nids dans les embrasures de la tour. Peut-être, me suis-je dit d’abord, peut-être ces hirondelles, qui ont bâti leurs nids dans une tour d’Antioche, sont nées en un printemps d’Europe sur des ruines de quelque vieux château, jadis la demeure des princes qui triomphèrent de cette cité; pèlerins comme eux, ces oiseaux eussent pu autrefois donner aux princes croisés des nouvelles de leur patrie.
Laporte de Saint-Paul, ainsi nommée d’un monastère consacré à ce saint, bâti au penchant de la montagne voisine, était sans doute la plus belle des portes d’Antioche; le tremblement de terre de 1822 l’a ébranlé, mais sa conservation est encore assez entière ; sa hauteur est de plus de trente pieds, sa largeur de douze pieds environ. La porte de Saint-Paul est éloignée d’Antaki de plus d’une heure ; elle forme l’extrémité orientale de l’enceinte d’Antioche. Je ne puis m’empêcher de relever ici une erreur de Pocoke, erreur qu’il n’eût pas été difficile d’éviter ; ce voyageur appelle la porte de Saint-Paul Bablous, au lieu de Bab-Boulos (porte de Paul), et ajoute que ce mot peut être une corruption de Babylone, parce que, dit-il, c’est par cette porte que l’on sort pour s’y rendre. La méprise est presque grossière.
Une source d’eau pure, ombragée par trois grands platanes, embellit le voisinage de la porte de Saint-Paul. Un Turc s’est établi là, offrant aux passans et aux oisifs le café et la pipe. Ainsi placé au bord du chemin d’Antioche et d’Alep, à côté d’une fontaine et sous de frais ombrages, le cafetier de Bab-Boulos ne perd point ses journées ; des musulmans désœuvrés vont chaque jour jouer aux dames ou aux échecs sous les grands platanes. La fontaine voisine de la porte de Saint-Paul est mentionnée dans la chronique de Guillaume de Tyr. A quelques pas de Bab-Boulos est une autre porte fort petite, que des ouvriers musulmans démolissent en ce moment pour en prendre les pierres ; ce travail de destruction m’a singulièrement attristé ; les démolisseurs n’étaient qu’à cinq ou six pas de la porte de Saint-PauG et je priais Dieu qu’il détournât leur marteau de ce beau débris. Eu
revenant de Bab-Boulos à Antaki, j’ai vu (chose unique dans l’empire turc!) des hommes occupés à réparer le chemin, par ordre du gouverneur ; ce chemin passe à travers de vastes jardins semhlahles à des hois, formés de noyers, de mûriers, de jujubiers, de figuiers, etc.
11 me reste à vous parler de la partie méridionale des fortifications, celle qui traverse les montagnes et qui a victorieusement résisté à tous les agens de la destruction. Je pars du côté occidental ; deux tours isolées, à moitié détruites, s’offrent d’abord à mes regards, au pied de la montagne ; les murailles du côté occidental ont péri ; ce n’est qu’au sud-ouest que la ligne des remparts recommence. En montant j’ai fidèlement suivi la ligne des murailles, qui sont d’un aspect terrible, et dont la hauteur est de soixante-dix à quatre-vingts pieds ; les tours qui flanquent ces murailles ne ressemblent pas à celles que j’ai vues du côté de l’Oronte ; ce sont des tours à quatre ou cinq étages, remarquables par la hardiesse de leur construction ; j’ai visité leur intérieur; les unes ont quinze chambres, les autres vingt, distribuées avec un travail admirable. Près de la troisième tour, au sud-ouest, on trouve une porte bien conservée, appelée Bah-Zetoun (porte des oliviers). Plus haut se voit une autre porte d’une moindre dimension, portant une croix sur sa façade ; j’ai cherché inutilement dans nos chroniques comment ces deux portes se nommaient au temps des croisades. A quarante ou cinquante pas de là, au sud-ouest, j’ai aperçu une espèce d’aqueduc jeté comme un pont sur le lit d’un torrent, et, à côté, une douzaine de chambres sépulcrales taillées dans les flancs des rochers. J’ai remarqué aussi près de là les restes d’un fossé d’environ cinquante pieds de largeur et de quinze de profondeur. J’ai mis deux heures pour monter au sommet de la montagne, en longeant les remparts. J’ai fait tout le tour de ces murs formidables jusqu’à la citadelle bâtie, comme je vous l’ai déjà dit, sur le troisième des mamelons enfermés par les fortifications. J’ai compté dans cet espace vingthuit tours, dont quinze sont assez bien conservées, A quelque distance de la citadelle est un réservoir construit en petites pierres de taille, lequel présente une circonférence de plus de deux cents pas; au milieu est une cavité ronde, semblable au bassin d’une fontaine. Les empereurs romains, dit une tradition, se promenaient en bateau dans ce réservoir. Cette portion de la montagne forme comme un plateau assez uni, et ce grand bassin permet de penser qu’il y a eu là autrefois un jardin de plaisance.
d’orient.
La citadelle a mal résisté au choc du temps ou de la guerre ; elle Ti’a que des ruines à montrer au voyageur. Cette citadelle, dont il est tant question dans le siège et la prise d’Antioche par les croisés, était de forme carrée ; quatorze petites tours la surmontaient ; sept de ces tours regardent l’occident , les sept autres l’orient. Là vous découvrez grand nombre de citernes et de chambres souterraines qui forment aujourd’hui autant de précipices ouverts sous vos pas ; des herbes touffues, des plantes et des arbustes de la hauteur de l’homme, rendent très-pénible et très-dangereuse la visite autour de la citadelle.
Du haut de ce mamelon, je voyais devant moi la cité moderne d’Antaki, l’enceinte de l’ancienne ville, la vallée, la chaîne du mont Amanus; à l’orient, les plaines qu’arrose l’Oronte, les ruisseaux qui versent leurs eaux dans le fleuve, le lac d’Antioche appelé en arabe Bahr-el-Ahhiad (mer blanche); le fleuve, les ruisseaux et le lac brillaient sous les rayons du soleil et se montraient au loin dans la plaine comme de vastes nappes et des sillons d’argent. La cité nouvelle d’Antaki, composée de petites maisons entremêlées d’arbres, présente, du haut de la montagne, à la fois l’aspect d’un bois et d’une cité; on la prendrait, à la première vue, pour un grand cimetière d’Orient , où chaque tombe a son cyprès ou son acacia , comme ici chaque maison a son mûrier, son figuier ou son platane.
Au-delà de la citadelle , à l’est , j’ai vu une grande muraille construite sur le lit d’un torrent profond qui sépare deux mamelons de montagnes ; les eaux du torrent passaient par une arche pratiquée à travers la muraille; l’arche se trouve depuis long-temps à moitié murée, de sorte que, pendant les pluies de l’hiver, une partie des eaux trouve là comme une digue et s’arrête. Cette arche est appelée Bah-Uaddid (porte de fer), parce que vraisemblablement, dit Pocoke, elle était grillée ; cette explication me semble assez naturelle. Le même voyageur estime à soixante pieds au moins au-dessus du torrent la hauteur de la grande muraille, et ajoute que c’est l’ouvrage le plus extraordinaire qu’on puisse voir. Cette œuvre, en effet , a quelque chose de gigantesque , d’inexplicable , de merveilleux , qui confond l’intelligence. Remarquons aussi que les abords des remparts du coté du midi, présentent des escarpemens infranchissables; ce n’est point de ce coté-là qu’une armée aurait pu s’emparer d’Antioche.
La nuit m’a surpris autour des ruines de la-citadelle que j’avais voulu revoir ; j’étais seul avec mon drogman; après avoir long-temps
erré dans les broussailles et les décombres, nous avons fini par nous perdre loin de tout sentier praticable; nous étions comme emprisonnés dans les ruines; nous avions à craindre de tomber dans des citernes et des souterrains à demi cachés par de grandes herbes et des arbustes ; nous nous cramponions à des débris, et ces débris roulaient avec nous ; il fallait marcher tantôt en nous aidant des pieds et des mains, tantôt en nous laissant aller sur la surface des décombres; nous nous tenions à des arbustes hérissés de dards, nous traversions des ronces épaisses et acérées, et le sang coulait de nos mains et de nos jambes, et nos vêtements arabes s’en allaient en lambeaux. Les ombres de la nuit s’étendaient sur la montagne; autour de nous dans les ténèbres les ruines se dessinaient en effrayantes images, et pas un être vivant n’était là pour nous indiquer un sentier ; seulement quelques vautours dont nous troublions la paix, faisaient siffler l’air sur nos têtes en passant d’une tour à une autre tour, et le bruit de leurs larges ailes au milieu de ces silencieux débris inspirait une sorte de terreur. J’aurais pris volontiers mon parti, et j’aurais passé la nuit en ce lieu, mais on nous avait dit que les loups ne manquaient pas sur les montagnes d’Antioche, et nous ne pouvions nous décider à servir de pâture aux bêtes. Enfin, par un dernier effort, après avoir long-temps erré en revenant souvent aux mêmes endroits, nous avons eu le bonheur de gagner un étroit sentier qui s’en allait rapidement des montagnes à l’enceinte de la ville, et nous sommes rentrés bien tard à Antaki.
Le lendemain, j’ai achevé ma visite aux fortifications d’Antioche, en commençant par la porte de Saint-Paul et en poursuivant jusqu’à la citadelle. Un peu au-dessus de Bab-Boulos, je me suis arrêté au pied d’une grande tour ébranlée ; le côté occidental de cette tour est taillé en forme de portique de vingt pieds de hauteur sur douze de largeur; plusieurs colonnes de granit traversent cette tour, et les fûts de colonne qui apparaissent à l’extérieur ressemblent à des fûts de canon. Plus haut, en longeant les murailles du côté occidental, j’ai trouvé une longue suite de portiques d’un beau travail, dont aucun voyageur, à ma connaissance, n’a parlé. Ces portiques, hauts d’environ trente pieds, larges de dix ou douze pieds, sont taillés le long des murs avec une grâce légère fort remarquable ; le temps ne les a point touchés. A quelque distance de là, j’ai rencontré une porte peu large mais haute et bien conservée; les tours que j’ai vues sont
d’ouient.
pareilles à celles dont il a été question. Nous sommes ici sur le quatrième mamelon de montagne, à l’orient; les remparts que nous, avons suivis depuis Bab-Boulos descendent dans le lit du torrent déjà cité, et vont rejoindre les murailles voisines de la citadelle.
En dehors de ces murailles, sont des cavernes profondes, des grottes où je me réfugiais de temps en temps pour respirer la fraîcheur et me dérober aux ardeurs du soleil. Les murailles d’Antioche étaient toutes crénelées; on y comptait vingt-quatre mille créneaux^ d’après l’auteur arabe Yaféi ; aujourd’hui, presque tous les créneaux ont disparu ; je n’en ai retrouvé que dans la partie des murailles méridionales. Au pied de ce quatrième mamelon, on voit une grotte qui porte le nom de Saint-Jean, et qui sert de sanctuaire aux chrétiens d’Antaki, semblables en ceci aux fidèles de la primitive ÉglisCe Dans la même direction, nous avons rencontré d’anciens sépulcrea taillés dans le roc à l’antique manière du pays ; je n’ai pu parvenir à découvrir les moindres vestiges de l’église de Saint-Pierre, où la prêtre Barthélemy trouva la sainte lance, ce fer mystérieux qui joua un si grand rôle dans les guerres des croisades.
Telles sont les ruines que la vieille Antioche présente encore à l’ami du moyen âge et des antiques souvenirs ; les édifices ont tous disparu; les murailles et les tours ont seules bravé la destruction Cette vaste enceinte solitaire, fermée de tous côtés de grands murs,, représente exactement un immense sépulcre vide; c’est bien là la tombeau d’Antioche ; tout ce qu’il renfermait est devenu poussière. En parcourant les remparts de l’enceinte tout entière, j’ai compté cinquante-deux tours encore en assez bon état ; il y en avait autrefois cent trente. Antioche eut trois cent soixante monastères , et c’est à peine si on en trouve quelques vestiges; au rapport des historiens^ c’est ici que furent les plus belles églises du monde , et aujourd’hui les chrétiens d’Antioche, manquant de sanctuaires, s’en vont célébrer leurs saints mystères dans une grotte éloignée qui fut jadis un tombeau. Les quatre villes dont se composaient Antioche, et qui lui avaient fait donner le surnom de Tétrapolis, ne sont plus que de la froide cendre , et comme si la cendre de quatre cités avait fécondé le sol de l’enceinte, à leur place s’élèvent de grands et magnifiquea jardins.
Quelques détails sur la ville actuelle d’Antaki termineront cette lettre : Antaki occupe un sixièmie tout au plus de l’enceinte d’An-
CORRESPONDAINCE
tioche, du côté occidental. La population, formée de Turcs, de chrétiens et d’ansariens , peut être évaluée à quatre mille habitans. Ce n’est que depuis le dix-septième siècle que des familles chrétiennes sont venues s’établir dans cette ville ; auparavant et depuis la prise d’Antioche par le sultan Bibars, pas un seul chrétien ne s’y trouvait. Il y a vingt ans que les musulmans d’Antaki avaient encore une réputation de fanatisme qui éloignait d’eux les Francs et les chrétiens; tous ceux qui portaient un chapeau ou un turban noir ne pouvaient se montrer à cheval dans la ville et aux alentours. Les Turcs antakiotes se sont un peu dépouillés maintenant de leur humeur intolérante ; ils paraissent avoir senti cette influence européenne qui , d’année en année, adoucit et corrige le fanatisme oriental. Ce n’est pas moi, d’ailleurs, qui oserai médire d’eux, car ils m’ont laissé visiter en toute liberté la terre auguste qui est devenue leur héritage.
Les maisons d’Antaki sont petites et d’une très-légère construction; les habitans ne veulent point se bâtir de hautes et d’épaisses demeures, de peur que, dans un tremblement de terre, ils ne soient écrasés sous les débris. Les secousses de 1822 avaient fait d’Antaki un vaste monceau de ruines. De telles calamités se sont renouvelées plus d’une fois dans les annales d’Antioche. Au temps de Justin-l’Ancien, cette ville perdit deux cent cinquante mille habitans dans un tremblement de terre. Le chroniqueur Gauthier, chancelier de Roger, prince d’Antioche, a longuement décrit un horrible tremblement de terre qui, en 1115, bouleversa la cité et les lieux d’alentour. Toutes les habitations qu’on voit maintenant sont de construction récente. Avant 1182, Ântaki avait acquis une sorte d’importance, soit par son commerce, soit par la résidence d’un patriarche grec qui, depuis lors, a pris une autre cité pour demeure. Quatre ou cinq tanneries situées au bord de rOronte et le commerce des babouches, forment aujourd’hui les principales ressources d’Antaki. La ville dépend du pacha d’Alep. Les musulmans ont trois mosquées. Près de la porte du Pont (Bab-Gessr) est une place ombragée par des saules, des platanes et des jujubiers; cette place sur les rives verdoyantes de l’Oronte, est le rendez-vous accoutumé des Turcs oisifs, dont la vie entière s’écoule entre la prière, la pipe et le café.
J’ai cherché à mettre sous vos yeux avec toute la clarté désirable la position d’Antioche et son état présent; si vous aviez le temps de comparer mon récit au récit des voyageurs qui m’ont précédé, vous
d’orient.
pourriez juger du soin que j’ai mis à rendre le plus complet possible un travail qui intéresse Thistorien des croisades à un si haut degré. J’es* père que la lettre suivante ne sera pas d’un moindre intérêt pour vous*
LETTRE CLXXL
Étude locale du siège et de la prise d’Antioche par les croisés. — Fin de la
domination chrétienne à Antioche.
Juin 1831.
Les anciennes époques d’Antioche ne nous occuperont point dans cette lettre ; il ne sera question ni de Séleucus Nicator , qui fonda cette ville, ni des rois macédoniens et des gouverneurs romains qui la choisirent pour capitale, ni du malheureux Germanicus qui mourut ici du poison, victime de la trahison de Tibère ; je ne parlerai même point des temps où Antioche chrétienne était appelée Cité de Dieu^ VOEU de VÊglise d'Orient, Le nom d’Antioche retentit à chaque page dans les Actes des Apôtres; il se mêle avec éclat à l’histoire des premiers siècles de l’Église, et l’indication même la plus simple des évènemens et des personnages me mènerait beaucoup trop loin. Je ne dirai rien également de la conquête d’Antioche par les Arabes musulmans, en 638, de la reprise de cette ville par les Grecs, à la fin du dixième siècle. Je m’arrête au siège d’Antioche par les croisés , en 1097.
Je me souviens de vous avoir quelquefois entendu dire que la partie du siège d’Antioche avait surtout contribué au succès de votre premier volume de l’Histoire des Croisades. Rien de plus grand en effet, rien de plus merveilleux dans les annales de la guerre , et avec quel art admirable vous avez présenté les évènemens et les figures de ce drame unique ! La lecture de l’Iliade sur les collines solitaires d’Ilion et sur les bords des fleuves les plus renommés de la terre, ne m’a pas plus charmé que la lecture de votre récit du siège d’Antioche, en face de
d’ortent.
ces murailles encore debout et sur les rives de l’Oronte. A Bournabaclii, nous repassions des époques fabuleuses qui n’inspireraient pas un intérêt très-vif, si le génie d’Homère ne nous y attachait ; à Antaki, se déroulent autour de moi des pages d’une histoire qui est la nôtre,
pages glorieuses bien faites pour exciter notre orgueil national. J’ai parcouru les principaux points d’Antioche , votre livre à la main ; j’ajouterai à votre récit tous les détails de localité qui peuvent l’éclaicir. Parmi le grand nombre de chroniqueurs qui ont parlé du siège d’Antioche, il en est fort peu qui se soient appliqués à la description des lieux. Raymond d’Agiles et Robert-le-Moine , et après eux Guillaume de Tyr, ont seuls témoigné quelque envie de faire connaître les localités pour aider à l’intelligence des évènemens; mais combien ceschroniqueurs laissent encore à désirer! Avec de tels guides, je m’étonne que vous soyez parvenu à mettre tant de clarté et de vérité dans votre récit; évidemment il était impossible de sauver cette partie de votre travail de toute espèce d’inexactitude, et parfois de cette demi-obscurité que le doute laisse après lui. Mais ce que l’historien n’a pu faire , le voyageur l’eût fait sans peine ; pourquoi ne vous vois-je point sous les murailles d’Antioche , comme je vous ai vu sous les murailles de Constantinople et de Jérusalem?
Le campement de l’armée chrétienne est naturellement ce qui doit d’abord nous occuper. Les croisés investissent la ville sur trois points, à l’est, au nord-est et au nord; ils ne pouvaient pas l’investir du côté du midi , parce que ce côté est inabordable à cause des montagnes, des escarpemens et des précipices. Un poste à l’ouest d’Antioche aurait beaucoup servi les assiégeans; car les murailles et les tours occidentales étaient les moins redoutables, et dans cette direction, le terrain se prête à un campement ; il eût fallu pour cela passer l’Oronte. Les monticules, sans arbres et sans verdure, situés à l’orient d’Antioche, tout le terrain qui avoisine le chemin d’Alep, sur une étendue de trois quarts d’heure, se couvrirent des tentes de Bohémond et de Tancrède. De ce côté, sur les rives de l’Oronte, se trouvent aujourd’hui deux petits villages, à peine séparés l’un de l’autre, tous deux nommés Giamous. Les jardins d’Antioche s’étendent jusque-là le long du fleuve. Plus loin, en suivant l’Oronte, et en traversant les plaines, vous ne trouvez pas un seul arbre; la végétation ne recommence qu’autour du pont de Fer ( gessr-ü-haddid), éloigné d’Antioche de quatre heures de marche. Les montagnes sud-est qui bordent le chemin, à une demi-
heure de la ville, offrent à leur penchant des grottes sépulcrales creusées dans le roc; l’ouverture de ces grottes est carrée et taillée en manière de fenêtre. Telle est la situation des lieux où s’établirent les guerriers d’Italie ; à leur droite, c’est-à-dire dans le terrain plat qui environne la rive gauche de l’Oronte jusqu’à la porte du Chien, campèrent les
deux Robert, Etienne et Hugues, avec leurs Normands, leurs Fia* mands et leurs Bretons; puis venaient le comte de Toulouse et l’évêque du Puy, avec leurs Provençaux ; la troupe de Raymond occupait tout l’intervalle depuis la porte du Chien jusqu’à la porte suivante, appelée plus tard porte du Duc. Là commençait la ligne de Godefroy, qui allait aboutir à la porte du Pont ; elle s’étendait jusqu’à l’endroit où rOronte baigne les remparts d’Antioche. Ainsi donc voilà quatre camps bien distincts, quoique touchant l’un à l’autre. On trouve des jardins et des terres labourées sur l’emplacement des trois derniers camps. Il est probable qu’au temps des croisades, comme aujourd’hui, des vergers ou des jardins entouraient la ville de ce côté. Au rapport de l’archevêque de Tyr, les troupes chrétiennes enlevèrent les bois pour en faire des barrières autour du camp. De la porte du Chien où Raymond prit son poste , au fleuve d’Oronte , il y a une petite demi-heure de marche ; une distance égale sépare la porte du Duc de rOronte ; Guillaume de Tyr indique un mille, ce qui équivaut à la petite demi-heure. Nos chroniques parient d’un pont construit sur un marais, devant la porte du Chien ; je n’ai point retrouvé le pont, mais on voit toujours un amas d’eau stagnante formé par l’écoulement de la fontaine de Bab-Boulos. Vous vous souvenez que les croisés ne purent parvenir à démolir ce pont, soit qu’ils manquassent d’instrumens assez forts, soit que la grêle de flèches et de pierres lancée par les assiégés, du haut des murs, ne permît point aux croisés de poursuivre cette œuvre. Vous vous souvenez aussi de la tour de bois dressée en face du pont, et que les musulmans ne tardèrent pas à incendier, et des quartiers de rocs, des grands chênes avec lesquels les guerriers latins parvinrent à murer cette porte du Chien qui leur avait été si funeste.
Les débris, encore existans de la porte du Duc, m’ont aidé à reconnaître l’endroit de l’Oronte où les chrétiens construisirent un pont de bateaux ; le pont de bateaux faisait face à la porte du Duc ; il était à un mille du pont de la ville. Le saule, le platane et l’osier croissent sur les bords où fut le pont des croisés ; les osiers qu’on
d’orient. 257
voit là sortent sans doute de la souche de ceux dont les branches servirent à lier le bois du pont. L’Oronte en cet endroit n’a guère plus de trente pieds de largeur. Les croisés employèrent dans leur construction quelques barques qu’ils avaient trouvées abandonnées sur le fleuve et sur les rives du lac, appelé en arabe Bahr-el-Abhiad, situé à quatre heures de distance au sud-est d’Antioche. Avant la construction du pont de bateaux, les pèlerins étaient obligés de traverser rOronte à la nage pour se rendre dans les vergers de la rive opposée, où ils trouvaient des provisions et des fourrages, où la verdure et l’ombre les invitaient aux jeux et aux plaisirs ; ce moyen n’était pas facile pour tout le monde ; il arrivait par-là qu’il ne se trouvait jamais qu’un très-petit nombre de guerriers croisés sur la rive droite de rOronte, et quand l’ennemi passait le fleuve, il faisait toujours de sanglans ravages. C’est dans une de ces incursions funestes que périt le jeune Albéron, archidiacre de Metz, tandis que, sur l’herbe épaisse, il jouait aux dés avec une dame syrienne, noble et belle; quœ magnœ erat formositatis et ingenuitatis, dit Albert d’Aix.
Je n’ai point à décrire les horribles misères que l’armée chrétienne souffrit pendant l’hiver sous les murailles d’Antioche. L’imagination la plus féconde en couleurs funèbres, en tableaux lugubres, ne saurait produire quelque chose d’aussi lamentable que le spectacle offert alors par le camp des croisés : six cent mille pèlerins , accablés par la famine et les maladies , par les rigueurs de la saison et les continuelles attaques de l’ennemi , quel épouvantable désastre ! que de fosses furent creusées pour les cadavres ! que de plaintes , de gémissemens, de larmes! combien les musulmans devaient se réjouir lorsqu’ils voyaient , du haut de leurs murailles, ces milliers de tentes pourries par les pluies , ce peuple de spectres qui ne pouvait suffire à la sépulture des morts , cette morne désolation étendue sur une armée qui naguère les faisait trembler I J’ai plusieurs fois traversé l’espace occupé jadis par le camp des croisés, et les arbres qui croissent à la place des tentes chrétiennes, et les bords verdoyans de l’Oronte, avaient pour mon oreille attentive une sorte de voix qui me redisait ces anciens malheurs. Mais au lieu d’esquisser rapidement ces lugubres scènes, que n’ai-je copié votre propre récit dont les couleurs sont si animées, qu’on le dirait tracé sous la tente de Godefroy ou d’Adhémar.
Bornons-nous seulement à indiquer les excursions de Bohémond
COilllESPONDANCE
et du comte de Flandre, du côté de Harenc et du lac, pour chercher des vivres, les combats qui eurent lieu vers le pont de Fer; nous reviendrons sur ces différentes localités. A l’approche du printemps, et lorsque déjà la situation des chrétiens était devenue meilleure, l’arrivée au port Saint-Siméon d’une flotte de Génois et de Pisans fut l’occasion de quelques batailles importantes. Une foule de pèlerins qui n’avaient guère pour défense que l’épée de Bohémond et du comte de Toulouse , étaient allés joindre la flotte européenne , chargée de provisions; en revenant delà mer au camp d’Antioche, cette multitude fut surprise par les musulmans; près de mille chrétiens périrent ; le reste de la troupe, poursuivie parles Turcs victorieux, n’eùt point échappé au glaive, si tout à coup, à la nouvelle de cette déroute, Godefroy et d’autres princes ne fussent accourus au secours des pèlerins. L’ennemi se hâta de prendre le chemin du pont pour rentrer dans Antioche , maisles chrétiens avaient envahi ce chemin ; de plus, ceux qui avaient fui d’abord du côté des montagnes noires au nord, revinrent pour recommencer le combat, et les musulmans ainsi emprisonnés et pressés entre l’Oronte et les montagnes, se virent dévoués à une mort certaine. Accien , gouverneur de la ville , ayant vu , du haut des tours de son palais ou du haut des remparts , le péril de la troupe musulmane , envoya aussitôt un renfort pour la soutenir ; il ferma sur ses guerriers la porte du Pont et leur déclara qu’il fallait vaincre eu mourir. Alors commença ce carnage des musulmans, raconté avec d’horribles détails par Raymond d’ Agiles et Robert-le- Moine, tous deux témoins oculaires. La bataille eut lieu sur ce pont, qui est encore là, sur ce monticule qui fait face au pont et qui, aujourd’hui comme au temps des croisades , sert encore de cimetière aux Turcs; le long de cette rive droite de l’Oronte couverte d’un gazon riant, lorsqu’à la fin le gouverneur fît ouvrir la porte ; ce n’était pas chose facile que de se sauver vers la ville en traversant l’Oronte à gué ou à la nage, car sur ce point le fleuve est plus large qu’en d’autres endroits. Après avoir lu sur les lieux mêmes les récits de Robert-le-Moine et de Raymond d’Agiles, je croyais ne voir partout autour de moi que du sang, des cadavres ou des corps mutilés ; Robert nous dit que les chrétiens abattaient réellement les ennemis, comme le faucheur V herbe des prés ou les épis de la moisson : « Les nôtres frap- » paient, les autres mouraient, ajoute le chroniqueur ; la main fa- » tiguée ne pouvait mettre en pièces tout ce qui s’offrait au tranchant
D’oniENÏ.
» de répée ; les morts restaient debout entre les vivans, soutenus
» par la foule, trop pressée pour leur permettre de tomber . Les
» fuyards se précipitaient dans le fleuve , puis sortaient des eaux et » s’accrochaient au bois du pont ; mais les nôtres les perçaient, les » tuaient de leurs lances; le sang des musulmans colorait les eaux , » et tous ceux qui en étaient témoins se sentaient saisis d’horreur; » l’amas des cadavres interrompait le cours du fleuve et le forçait de » remonter vers sa source ; qui en serait surpris? cinq mille hommes » furent tués sur le pont et précipités dans les flots ; et qui pourrait » compter le nombre de ceux que le fer menaçant força de s’élancer » dans le fleuve? »
L’image de Godefroy m’apparaissait dans son éclat le plus terrible lorsque je foulais ce monticule où l’épée du duc donna la mort à tant de musulmans ; les chroniqueurs se plaisent à exalter surtout la valeur du prince de Lorraine dans cette journée : « Quelle langue , s’écrie » Robert, quelle langue suffirait à raconter le carnage que flt le duc » à lui seul ! » La vue du monticule et des tombes musulmanes m’a rappelé l’exhumation des cadavres de l’ennemi par la populace de l’armée chrétienne. Je n’ai trouvé sur cette élévation aucun vestige du château que les croisés construisirent à la suite des sanglans combats dont il vient d’être question. Ce château confié à la bravoure du comte de Toulouse, empêchait les musulmans de sortir par la porte du Pont, et permettait aux croisés de circuler sans péril sur la rive droite de l’Oronte.
Il restait aux assiégés une porte par où ils pouvaient recevoir leurs provisions et se répandre librement dans le territoire de la rive gauche de rOronte; aucun croisé n’avait mis le pied de ce côté-là ; je veux parler de la porte, située du côté de l’ouest , appelée à cette époque porte de Saint-Georges. Les princes jugèrent qu’il était de toute nécessité d’établir un moyen d’attaque dans cette direction. On convint qu’il fallait prendre position autour de la porte de l’Occident pour fermer le passage aux musulmans ; mais l’opération était difficile et dangereuse, et aucun prince n’osait s’en charger. Tancrède se présenta; l’illustre chevalier manquait d’argent pour l’exécution du projet ; le comte de Toulouse lui donna cent marcs, et chaque prince la somme qu’il put. Un couvent, appelé couvent de Saint-Georges, s’élevait sur une colline à peu de distance de la porte de ce nom ; Tancrède le fit solidement fortifier, et, soutenu par une troupe choisie,
COraVESPONDANCE
îl sut se maintenir dans ce poste important. J’ai retrouvé des débris de l’ouvrage de Tancrède ; ils sont connus dans le pays sous le nom de couvent de Saint-Georges. Ce point, que j’ai complètement éclairci , n’est pas facile à comprendre dans les chroniques.
îl est un troisième fort que construisirent les croisés pendant le siège d’Antioche ; ce fort était placé sur les hauteurs qui dominaient les tentes de Bohémond ; il protégeait tout le côté oriental du camp des chrétiens : on en reconnaît quelques vestiges. « Lorsque ce châ- » teau eut été construit, dit Raymond d’ Agiles, notre camp fut très- » bien fortifié, et nous nous trouvâmes comme dans une ville, autant » par l’effet de l’art que par la nature. Nous avions à l’est ce nouveau » fort, au sud, les murailles de la ville et le marais qui, tout en dé- » fendant les murailles, défendait aussi notre camp. » ( Ce marais est celui qui touchait à la porte du Chien : il en a été déjà question dans cette lettre. ) « A l’ouest, poursuit Raymond, nous avions le fleuve; » au nord, un ancien fossé qui descendait du haut de la montagne, » et se prolongeait jusqu’au fleuve. » Ce que Raymond d’Agiles appelle ici la montagne, ce sont les hauteurs qui s’étendent à l’orient d’Antioche.
Le lieu marqué par le dénouement de ce grand drame du siège d’Antioche, méritait une sérieuse étude ; j’ai reconnu, non-seulement l’endroit par où les croisés entrèrent dans la vilîe, mais encore la tour de Phirous qui livra la cité à Bohémond. Vous avez raconté les secrètes conférences du prince de Tarente avec Phirous ; les couleurs ne vous ont point manqué pour peindre l’audace , la force de caractère , la froide et impassible fermeté de ce renégat sans lequel les pèlerins ne seraient jamais parvenus à s’emparer d’Antioche. C’est par le côté occidental que les croisés entrèrent dans la ville ; je vous ai dit, dans ma précédente lettre, que de ce côté les murailles ont péri , et qu’il ïi’est resté que deux tours à demi détruites ; mais les débris de ces deux tours nous intéressent vivement , car la première qu’on rencontre est la tour des Trois-Sœurs où commandait Phirous, la seconde est la tour où commandait son frère ; ces deux tours n’étaient point à quatre ou cinq étages comme celles qui surmontent les murailles des montagnes ; elles ressemblaient, par leur forme et leur dimension, aux tours septentrionales des bords de l’Oronte. Comme la tour des Trois-Sœurs n’était pas très-élevée , on pouvait y monter sans trop de difficulté par une échelle de corde ou de cuir. Vous vous sou-
venez que Tarmée chrétienne, dans la nuit où Phirous devait lui livrer la ville, feignit d’abord de prendre le chemin par où le prince de Mossoul devait venir ; il est évident qu’elle s’avançait à l’orient, le long de la rive gauche de l’Oronte, probablement jusqu’à une distance d’une heure, où les hauteurs orientales d’Antioche la dérobaient entièrement à la vue des assiégés. Phirous indiqua aux premiers croisés montés sur les murailles de la ville une petite porte qu’ils enfoncèrent pour ouvrir passage à ceux des chrétiens restés dehors. Je trouve de ce côté, au penchant de la montagne, au sud-ouest, une petite porte fort bien conservée dont je vous ai déjà parlé ; c’est la porte des Oliviers [Bah-Zetoun] ; un peu plus haut que Bab-Zetoun , se voit une autre porte plus petite dont la façade est marquée d’une croix ; la porte enfoncée par les chrétiens est certainement une de ces deux-Ià. La croix que montre sur sa façade la plus petite des deux portes , permettrait de penser que ce fut celle-ci dont les barreaux tombèrent sous les coups des compagnons de Bohémond. Cette croix pourrait bien avoir été posée là en signe de l’entrée victorieuse des chrétiens. Les chroniques nous disent que le gouverneur de la ville, Accien, se sauva dans les montagnes par une porte secrète ; il m’est démontré que cette porte est précisément celle que j’ai reconnue sur le revers du quatrième mamelon de la montagne à l’orient, à une demi-heure de marche environ de Bab-Boulos. Je ne parle point de l’entrée des croisés dans Antioche, et des dix mille habitans qui périrent sous le glaive dans une seule nuit.
Grand nombre de musulmans se réfugièrent dans la citadelle, bâtie, comme je l’ai déjà dit, sur le troisième mamelon de la montagne à l’est, dominant de beaucoup Antioche et complètement séparée de la ville. J’ai décrit la citadelle et sa position dans ma précédente lettre. Écoutons Robert-le-Moine : « Le château est tellement fortifié par » sa position et par la nature des lieux, que les musulmans n’avaient » à redouter aucune machine ; le mont sur lequel il est situé , » contigu à la ville, porte son sommet jusqu’aux astres, en sorte » qu’à peine les regards peuvent l’apercevoir ; on voit de là tout le » pays d’alentour. » A côté du château, au midi, était une tour qui se voit encore et qui tient aux remparts ; Bohémond s’empara de cette tour comme d’une position d’où il pouvait facilement attaquer le château ; une grêle de traits et de flèches fut lancée par les assiégés
du haut de leurs tours qui dominaient celle qu’occupait Bohémond;
de plus, les musulmans s’étant précipités sur cette dernière tour, les chrétiens furent obligés de se couvrir de leurs boucliers et de prendre leurs lances et leurs épées pour se défendre ; un espace très-resserré, la largeur d’un mur, ce fut là le théâtre d’un vif combat. Bohémond, dans cette horrible mêlée, eût la cuisse percée d’une flèche ; le sang coulait de sa blessure ; l’illustre prince pouvait à peine se tenir debout, et ses compagnons le forcèrent à se retirer dans une autre tour. Privés de leur chef, les chrétiens abandonnèrent le combat ; un seul croisé que Robert-le-Moine compare à l’ours luttant avec les chiens molosses, demeure au sommet de la tour ; il en arrachait les pierres et le ciment, et les lançait sur l’ennemi ; après avoir déployé une bravoure merveilleuse , le guerrier chrétien, couvert de mille flèches, s’élança enfin tout armé dans le gros des musulmans, et vendit bien cher sa vie. « Il n’est pas de langue mortelle, s’écrie le chroniqueur » Robert, qui puisse raconter ce que le bras des Francs fit périr dans » ce combat. » Le lendemain, tandis qu’une troupe de guerriers chrétiens recommençaient à attaquer la citadelle, voilà que plusieurs d’entre eux aperçurent au loin dans la plaine, à l’orient, d’immenses nuages de poussière : c’était l’armée de Kerbogâ. Je vous ai dit , en effet, dans ma précédente lettre, que, du haut du mamelon de la citadelle, on découvre parfaitement la plaine qui s’étend du côté du lac d’Antioche, par où passe le chemin d’Aîep.
Pendant que Kerbogâ assiégeait Antioche, chaque jour voyait un nouveau combat autour de la citadelle ; les musulmans du château et les musulmans du camp de Kerbogâ communiquaient entre eux par la petite porte située sur le revers du quatrième mamelon de la montagne à l’orient, cette même porte par où s’était sauvé le gouverneur d’Antioche, Accien. Des guerriers de l’armée du prince de Mossoul défendaient la forteresse. La famine régnait parmi les chrétiens enfermés dans Antioche ; les guerriers en état de combattre gardaient vaillamment leur position sur ces hauts sommets. La forteresse occupe le troisième mamelon à l’est, comme il a été dit ; les chrétiens s’étaient postés à l’ouest sur le deuxième mamelon ; or, le seul sentier qu’on puisse suivre pour descendre à la ville, passe par ce mamelon, et le poste des croisés fermait ce passage aux musulmans. Je vous ai parlé, dans ma précédente lettre , d’une petite plaine et d’un bassin qui se trouvent dans le voisinage delà citadelle ; c’est par là qu’il faut passer pour aller de la citadelle au mamelon que défendaient les croisés. Les
d’orient.
jDusulmans, dans un dernier et violent effort, s’étant précipités du côté du mamelon afin d’en chasser les chrétiens et de s’emparer du chemin d’Antioche , il se livra dans cette petite plaine un sanglant combat, qui dura depuis le matin jusqu’au soir. « On combattit avec une telle » vigueur, dit Raymond d’ Agiles, que rien de semblable ne s’est » jamais vu.» Ce ne fut qu’après l’éclatante victoire des chrétiens sur Kerbogâ, que la citadelle fut livrée aux princes de la croix ; on accepta la capitulation de ceux qui la défendaient, et dès ce jour seulement la conquête d’Antioche fut entière et complète. Je ne vous ai rien dit d’un fort construit par les chrétiens sur le deuxième mamelon, en face de la citadelle. Sa destination évidente était de combattre cette forteresse qui formait comme la tête d’Antioche. Je me suis minutieusement arrêté sur tout ce qui touche à la citadelle, parce que ce point est un de ceux que les chroniques ont le plus laissé dans l’obscurité.
Cherchons maintenant à éclaircir ce qu’il y aurait de difficile à comprendre dans la bataille livrée à Kerbogâ; je laisserai de côté tout le merveilleux, toute la poésie de cette bataille; je m’en tiendrai aux localités. Le camp du prince de Mossoul occupait les hauteurs, les monticules et les rives de l’Oronte , qui s’étendent à l’orient d’Antioche ; une partie des tentes de Kerbogâ étaient dressées dans le lieu même où Bohémond avait dressé les siennes. Quand le prince turc eut aperçu sur une des tours de la citadelle le drapeau noir qui devait l’avertir des préparatifs de l’armée chrétienne, il envoya deux mille de ses guerriers pour défendre la tête du pont, en face de la porte septentrionale d’Antioche ; c’est par la porte du Pont que devait sortir l’armée chrétienne. Le fort construit par les croisés sur le monticule qui regarde la porte du Pont, n’existait plus ; les croisés eux-mêmes l’avaient brûlé pour que le prince de Mossoul ne pût s’y établir. Le passage du pont était le seul point à défendre, mais les guerriers turcs qui s’en étaient chargés furent bientôt mis en déroute par les croisés du premier corps d’armée. Avant que l’armée chrétienne ne prît ses positions, Kerbogâ avait envoyé du côté de la mer un corps nombreux formé de troupes de Damas et d’Alep ; ce corps avait ordre de se placer de telle manière que les chrétiens, venant à fuir, ne pussent se sauver vers le port Saint-Siméon ni rentrer dans Antioche. Le reste de l’armée musulmane fut distribué en différens bataillons ; la plupart de ces bataillons allèrent se placer au-delà de l’Oronte, sur la rive droite du
fleuve ; le prince turc, gardant avec lui un corps de troupes, demeura sur une des hauteurs qui font face à la porte orientale de la ville ; il pouvait de là suivre des yeux la grande lutte qui allait s’ouvrir. Quant à l’armée chrétienne, voici quelle fut sa position : Sortie par la porte du Pont, et partagée en douze corps, elle s’étendit en ordre de bataille, de manière à occuper toute la vallée depuis la porte du Pont jusqu’aux montagnes noires, situées à une heure au nord d’Antioche. Ainsi rangés, les croisés empêchaient que l’ennemi ne s’em-* parât des abords de la place et qu’il ne les enveloppât. Quand l’armée des Francs se fut placée comme elle l’entendait, les clairons donnèrent le signal de la bataille, les porte-bannières marchèrent en avant et l’armée s’ébranla. On en vint aux mains ; Godefroy> Tancrède, Baudouin et les autres princes se précipitèrent avec leurs troupes dans les rangs ennemis, et la langue serait impuissante à redire toutes leurs merveilles d’armes ; déjà, le long des montagnes noires, la multitude des musulmans ne pouvait plus résister, quand tout à coup le corps d’armée des émirs d’ Alep et de Damas, que Kerbogâ avait envoyé du côté de la mer, attaque avec impétuosité le corps de réserve des chrétiens , resté autour du pont et du monticule situé en face. Ce corps de réserve était commandé par Bohémond, et devait empêcher que l’ennemi ne tombât sur les derrières de l’armée chrétienne. Bohémond ne résiste qu’avec peine à une troupe si supérieure en nombre ; mais bientôt arrivent à son secours le duc de Lorraine et Tancrède, et la victoire cesse d’être incertaine. Des pâturages secs couvraient la rive droite de i’Oronte ; les Turcs y mettent le feu, et de noirs tourbillons de fumée dérobent l’ennemi au glaive des croisés ; la cavalerie chrétienne ne tarde pas à échapper à ces noirs tourbillons, et le carnage des musulmans recommence. Les chroniques parlent d’un profond ravin dominé par une colline qui se trouvait près du champ de bataille. Les Turcs s’étaient emparés de cette position, et, ralliant les fugitifs, ils voulaient tenter une nouvelle résistance. Mais tous les princes de la croix se portèrent à l’envi de ce côté, traversèrent le ravin et chassèrent les musulmans de la colline. Dès lors la déroute de l’armée ennemie fut complète , et Kerbogâ, informé du désastre des siens, n’eut plus qu’à fuir sur le coursier le plus rapide qu’il pût trouver. Le ravin dont il s’agit ici est un lit de torrent ; beaucoup de petites rivières ou torrens descendent des montagnes noires à rOronte ; quelques-unes de ces rivières s’écoulent dans des lits profonds, creusés par les flots orageux de l’hiver.
d’orient.' 265
J’éprouve une joie véritable à mettre ainsi sous vos yeux les positions ) les localités d’Antioche , à éclaircir vos doutes , à répondre à vos questions; mon voyage en Syrie n’aura pas^été une œuvre toutà-fait stérile, puisqu’il aura servi à résoudre dans votre esprit d’importans problèmes.
Pour ne pas répéter les détails de votre histoire, je ne m’arrêterai point à ce qui s’est passé à Antioche durant les cent soixante et dix ans de la domination latine sur les bords de l’Oronte ; les curieuses guerres d’Antioche (de 1115 à 1119), racontées par Gauthier, chancelier du prince Roger, m’obligeraient à un tableau trop étendu, et je me borne à les indiquer. La partie la plus intéressante de ces guerres se trouve rapportée dans le premier volume de votre Bibliothèque des Croisades. Nous avons vu comment les Francs s’emparèrent d’Antioche , nous allons voir comment ils perdirent leur conquête en 1268.
Le sultan Bibars, venu de Tripoli dont il avait ravagé le territoire,
se présenta aux portes d’Antioche; le prince Bohémond se trouvait
alors à Tripoli, son lieu ordinaire de résidence; le connétable qui
commandait en son absence avait été battu et fait prisonnier dans
une sortie qu’il avait tentée pour repousser l’avant-garde de Bibars. Je
ne vous redirai point comment après une négociation de trois jours
qui n’eut aucun résultat, l’armée musulmane commença l’attaque et
pénétra dans la ville sans beaucoup de peine ; les cent mille habitans
d’Antioche n’opposèrent pas une grande résistance ; la citadelle seule
où s’étaient retirés près de huit mille guerriers chrétiens, tint tête un
moment à l’armée de Bibars; bientôt elle se rendit , moyennant la
vie sauve que les guerriers obtinrent. Ecoutons le sultan Bibars racontant lui-même au prince Bohémond le dernier jour de la domination chrétienne à Antioche * :
« En moins d’une heure, l’affaire du maréchal (qui commandait » en l’absence du connétable prisonnier) a été consommée ; la terreur » est entrée dans l’ame des moines, l’infortune a environné le châte- » lain, la mort est venue aux assiégés par tous les côtés; nous avons » pris Antioche par l’épée, à la quatrième heure du samedi 4 du grand » ramadan ; tous ceux à qui tu en avais confié la garde et la défense
^ Nous n’avons eu rien de mieux à faire que de copier textuellement la traduction de Reinaud, t. IV, p, SOU et 510 de la Bibliothèque des Croisades,
'âô6
» ont été tués ; ii n’y avait aucun d’eux qui n’eût avec lui quelque H chose de ce monde ; à présent il n’y a aucun de nous qui n’ait quelque chose qui leur a appartenu. Ah! si tu avais vu tes cheva- ^ îiers foulés aux pieds des chevaux , ta ville d’Antioche livrée à la violence du pillage et devenue la proie de chacun, tes trésors qu’on ^ distribuait par kantars, les matrones de la ville qu’on vendait une pièce d’or les quatre ! si tu avais vu les églises et les croix renversa sées , les feuilles des évangiles sacrés dispersées , les sépulcres des n patriarches foulés aux pieds ! si tu avais vu le musulman, ton en- ^ Demi, marchant sur le tabernacle et l’autel, immolant le religieux, » le diacre, le prêtre, le patriarche! si tu avais vu le patriarcat ^ aboli sans retour, les gens qui jusque-là se partageaient le pouvoir, ?> au pouvoir d’autrui ! si tu avais vu tes palais livrés aux flammes, les morts dévorés par le feu de ce monde, avant de l’être par celui de l’autre ; tes châteaux et leurs dépendances anéantis, l’église de >> Saint-Paul détruite de fond en comble ; certes tu te serais écrié : i) Plût à Dieu que je fusse poussière! Ton ame se serait exhalée en » soupirs ; tes larmes , par leur abondance , auraient éteint cette ^ flamme dévorante. Ah ! si tu avais vu ces lieux, naguère si opu- » lens, et maintenant séjour de la misère ; si tu avais vu tes vaisseaux ^ pris par tes propres vaisseaux dans le port de Séleucie, tes navires n opposés à tes navires, certes tu aurais reconnu, à n’en plus douter, B que le Dieu qui t’avait donné Antioche te la retirait ; que le maître ^ qui t’avait gratifié de sa citadelle , la reprenait et l’effaçait de la h surface de la terre ; tu aurais vu que la grâce de Dieu nous remettait ^ en possession des châteaux enlevés sur l’islamisme. Maintenant >> nous avons chassé tous les tiens de la contrée ; nous les avons comme pris par les cheveux, et nous les avons dispersés auprès et »> au loin. Il n’y a plus de rebelle dans le pays que le fleuve * qui » passe à Antioche ; encore voudrait-il bien changer de nom, s’il le pouvait ; ses eaux s’écoulent en larmes ; jusqu’ici ces larmes étaient pures et limpides , et voilà qu’aujourd’hui elles se rougissent du sang que nous avons répandu. »
De pareils bulletins étaient terribles à entendre ; cette bizarre et isauvage éloquence du sultan Bibars exprime parfaitement tout ce qu’il
^ Les Arabes appellent l’Oronte Asi (rebelle), parce que ce fleuve est le seul des fleuves de Syrie, qui coule du midi au nord.
d’ouïent.
y avait de fanatisme et de violence dans la guerre musulmane qui portait aux croisés les derniers coups ; Bibars fut véritablement le destructeur d’Antioche chrétienne ; pendant cinq siècles, aucun dis^ ciple de l’Evangile n’habita cette vieille métropole de la foi.
FIN Dü SEPTIÈME VOLUME.
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TABLE
DES MATIÈRES