VIII
ESPONDANCE
sans peine l’invasion latine en gardant a idt Tancrède qui le premier, suivi de sa
^.xjupe, tranchit ces monts et salua les contrées de la Syrie; Tancrède s’était détaché de la grande armée chrétienne et avait voulu prendre les devans; il dut sortir du Tauruspar le passage, connu aujourd’hui sous le nom de Gealek-Bogaz, situé à seize heures de Tarse ; Albert d’Aix appelle ce passage Porte de Judas; il appelle du nom de Butrente la vallée qui conduit à cette porte du Taurus. Tancrède se dirigea vers Tarse ; un Arménien qu’il connaissait lui avait parlé de cette place comme étant facile à conquérir; la population chrétienne de cette ville souffrait de l’oppression des Turcs, et, d’après les promesses de l’Arménien, elle devait travailler secrètement à livrer la cité à Tancrède. Les chrétiens de Tarse, gênés par la surveillance des Turcs, n’osant rien tenter, le prince latin s’en alla ravager les côtes voisines, rapporta un riche butin et reparut bientôt sous les murailles de Tarse pour en faire le siège. Albert d’Aix nous apprend que la ville était fortifiée de tous côtés. «Elle comptait beaucoup d’habitans, ajoute » le chroniqueur, et se trouvait située dans une plaine fertile, arrosée >3 de ruisseaux et couverte de belles prairies ; les pèlerins admirèrent » la force de ses murailles , qui semblaient invincibles à tous les » hommes, si Dieu ne favorisait leur entreprise. »
Tancrède engageait les Turcs à se rendre et les menaçait de la prochaine arrivée de Bohémond ; l’armée de Bohémond qui va bientôt venir, leur répétait-il, s’emparera violemment de votre ville comme elle s’est emparée de Nicée ; si vous m’ouvrez les portes, vous trouverez grâce aux yeux de Bohémond , il vous donnera des présens et vous jugera même dignes de commander dans cette place et ailleurs. — A la fin , les Turcs gagnés par ces paroles et par des promesses peut-être trop magnifiques^ dit le chroniqueur, consentirent à livrer la ville sous la condition qu’ils n’auraient rien à redouter de la part d’aucune autre troupe latine ; la bannière de Tancrède fut arborée sur le point le plus élevé de la citadelle, comme un signal qui annoncerait à Bohémond l’occupation de la place. Vous savez comment Baudouin , frère de Godefroy, vint à Tarse et humilia lâchement Tancrède en lui enlevant sa conquête. Baudouin et sa troupe s’étaient égarés dans les solitudes du Taurus, et, après trois jours d’une marche incertaine et pénible, le hasard les avait conduits sur le sommet d’une montagne d’où les guerriers purent apercevoir les tentes de Tancrède dressées devant
d’oiuen
les murs de Tarse ; cette montagne ne Taurus courant de l’est à l’ouest, situé au noru ^ tance de deux heures seulement. L’antique métropok appelée Tarsous par les Arabes , ne renferme plus aujourd’nui six mille habitans environ; la majeure partie de la population est ansarienne. La plaine de Tarsous offre une vaste étendue, monotone, sans arbres ; on y recueille du coton et du blé ; du côté de l’est, cette plaine s’étend à perte de vue. Le bourg de Tarsous est à trois heures de la mer; deux villages appelés, l’un Mcrsina, l’autre Casanli ^ donnent chacun leur nom à une rade le long de la côte qui fait face à Tarsous; la rade de Mersina reçoit les bâtimens européens; les bateaux arabes mouillent dans la rade de Casanli ; ce dernier village a des magasins pour les marchandises. Tarsous est à trente-six lieues d’Antioche, au nord-ouest.
Le brave et noble Tancrède, ne voulant pas donner aux croisés ses frères le spectacle de la division, abandonna Tarse à l’impétueux Baudouin, et se porta vers Adana. Un chevalier bourguignon, nommé Guelfe , qui avait quitté l’armée chrétienne avec un détachement , s’était emparé d’ Adana ; il avait trouvé dans cette ville , dit Albert d’Aix, de l’or, de l’argent, des vêtemens précieux, des bœufs, du vin, de l’huile, du grain, de l’orge et toutes les choses nécessaires. Tancrède, apprenant que la place était occupée par un chef chrétien, demanda et obtint la faveur d’entrer dans la ville, et d’acheter à de justes conditions les vivres dont sa troupe aurait besoin. Adana, d’après ce que nous rapportent les chroniqueurs, était à cette époque une ville riche et bien fortifiée. Sans vouloir rechercher quelles furent les vicissitudes de cette ville dans les derniers siècles, nous remar-
querons seulement qu’en 1494 le Soudan d’Egypte, à la tête de ses mamelucks, après avoir triomphé de l’armée ottomane près de Payas ( Issus), aux lieux mêmes où Alexandre avait triomphé de Darius, s’empara d’ Adana et posa ainsi un pied victorieux sur le chemin de Constantinople; mais Adana fut la dernière conquête des guerriers circassiens, et, vingt-trois ans plus tard, l’histoire des soudans d’Égypte se terminait par le supplice de Malek-Asraff à l’une des portes du'Caire. Adana, située à huit heures à l’orient de Tarsous, est maintenant le siège d’un pacha à deux queues ; la cité est défendue par une forteresse et par des murs assez solidement construits ; on y trouve des bains publics, de vastes et riches bazars, une médrèse et plusieurs
RESPONDANCE
.dr4Uable de ces mosquées., bâtie par Ramazan- ' ^ nte dans son architecture des ornemens en briques de uuleurs bleues, jaunes et noires, brillante fantaisie orientale. J’ai ouï dire que la saison d’été n’était guère supportable dans la ville d’Adana ; l’air y est d’une accablante pesanteur, et durant les mois de juin, de juillet et d’août, la moitié de la population se retire aux environs dans des iaïlaks, espèce de kiosques d’été. Sous les murailles d’Adana coule la rivière de Sihan, le Sarus des anciens ; des moulins à farine bordent le Sihan autour de la ville. Cette rivière prend sa source dans les montagnes de Kormouz près Kaisariéh , et vient se jeter dans la mer comme le Cydnus.
Les chroniques nous disent que Tancrède, en quittant la ville d’Adana , descendit à Mamistra , place occupée et fortifiée par les Turcs : « elle voulut tenter de lui résister, dit Albert d’Aix, m.ais il l’attaqua vigoureusement avec ses chevaliers, renversa promptement les murailles , enleva les portes et les barreaux de fer , et rabattit l’orgueil insolent des Turcs en faisant un grand carnage parmi eux. Tancrède ayant trouvé là des vivres , des vêtemens , de l’or et de l’argent en grande quantité, les distribua entre ses compagnons d’armes et s’arrêta là pendant quelques jours. » La cité de Mamistra, ou Malmistra, dont il est ici question, ne peut être que Messissé (l’ancienne Mopsuestia) , à six heures au sud-est d’Adana, à trois heures de la mer, sur les bords de la rivière Djihan appelée par les anciens Pyramus, Cette place se compose de deux châteaux bâtis en face l’un de l’autre, appelés l’un Kufr-Bina (fabrique des infidèles), l’autre Messissé ; le premier a pu être ainsi nommé parce que la tradition le supposait de construction européenne du temps des croisades. Les deux châteaux sont séparés par la rivière Djihan; on la traverse sur un pont de pierre. Albert d’Aix cite plusieurs autres forteresses occupées par Tancrède ; le chroniqueur donne à l’une d’elles le nom de château des Jeunes Filles; ce doit être le château de Harenc, appelé aujourd’hui par les Arabes Kizliz-Kaleci, château des Jeunes Filles. Le château de Harenc est situé sur le chemin d’Alep, à deux heures au-delà du pont de Fer ; les restes de ce vieux fort, souvent cité dans nos chroniques des croisades, couvrent une élévation. Albert d’Aix cite le château des Bergers, le château des Adolescens ou château de Bakeler, situés dans les montagnes ; ces deux derniers châteaux se trouvaient probablement dans les montagnes d’Amanus.
d’orient.
Tancrède s’empara aussi d’Alexandrette appelée aujourd’hu (leroun ; il passa au fd de l’épée tous les Turcs qu’il y renco Scanderoun n’est qu’un misérable village d’environ deux cents tans, arméniens, grecs, ansariens, turcs. A un quart d’heuru * village, au sud, se voient deux forts; celui des deux forts qui a le mieux résisté au temps se nomme dans le pays tour de Godefroy; il forme comme un polygone de cent pieds de circonférence; les murs ne sont ni très-élevés ni très-épais ; on sème du blé dans l’enceinte vide de la tour de Godefroy. Scanderoun est bâti au milieu de marais infects; la fièvre maligne y réside, et chaque année le nombre de ses victimes est effrayant. Il ne faut pas songeT à demander au gouvernement turc de dessécher ces marais, de transporter Scanderoun sur les hauteurs voisines où les habitans respireraient un air pur; une telle insouciance est d’autant plus déplorable que la Méditerranée n’a pas une plus belle rade que celle de Scanderoun ; si on voulait prendre la peine d’assainir ce rivage , une cité nouvelle y fleurirait bien vite ; Alexandrette, le port d’Alep, deviendrait tout à coup alors une place de commerce importante. Des montagnes défendent le golfe de Scanderoun au nord, à l’ouest, au sud ; les navires ne peuvent guère y redouter que les vents d’ouest appelés ragines, qui ne durent jamais long-temps.
Nommons encore, du côté d’Alexandrette, trois cités qui appartinrent à nos latins; Pagras (l’ancienne Pagræ), Beylané (l’ancienne Pictanus) , et Payas ou Aïas (l’ancienne Issus); sur la route d’Antioche à Alexandrette, à six heures de la première de ces deux villes, à peu de distance du Khan-Karamout (le khan du myrte noir), le voyageur aperçoit au sommet d’une montagne escarpée le château de Bagras ou Pagras; un village de ce nom avoisine le château. Beylané, appelé aujourd’hui Beylan, à trois heures à l’ouest d’Alexandrette, occupe les deux côtés d’une étroite et profonde vallée ; cette vallée est traversée par des aqueducs qui paraissent anciens. Les maisons de la cité, construites au penchant de la montagne, entremêlées d’arbres, offrent un pittoresque tableau. Beylan est une des trois grandes portes de la Cilicie. Payas, située au bord de la mer à quatre heures à l’est de Scanderoun , est une petite cité avec des mosquées, des khans, des bazars en pierre, et des jardins fruitiers. Beylan et Payas ont tous deux un château contemporain des guerres de la croix. J’ai déjà nommé plusieurs fois le lac d’Antioche, appelé
4bbiad (mer blanche) , situé à cinq heures à l’est de cette J lac s’étend du sud-sud-est au nord-nord-ouest ; Pocoke lui dix milles de long sur cinq de large. Le côté occidental du lac ;nte comme des marais qui ne vous permettent pas de vous approcher de la rive ; au sud sont campées des tribus de Turcomans. L’eau est douce et bonne à' boire ; elle abonde en poissons. Les Turcomans ont des bateaux qui les transportent d’un rivage à l’autre.
Avant de rejoindre la grande armée des croisés, disons un mot de l’itinéraire de Baudouin jusqu’à Édesse , dont il fut reconnu duc et prince. Cherchons d’abord à fixer la position de Turbessel, de Ravenel et de Hatab, trois places que prit Baudouin avant qu’il eût reçu la députation arménienne d’Orfa. Les indications de nos chroniqueurs nous amènent à reconnaître dans Turbessel la corruption de Tel- Becher, situé du côté de la rive droite de l’Euphrate, à quinze ou seize heures au nord d’Alep. Turbessel avait une citadelle et de fortes murailles; la population, qui était arménienne, s’entendit secrètement avec Baudouin, chassa les Turcs de la citadelle et la livra au prince franc. La place appelée Ravenel était dans le voisinage; les Turcs qui la possédaient s’enfuirent en apprenant la reddition de Turbessel. Quant au château d’Hatab, il est bien évident que c’est Antab, situé à vingt-cinq lieues au nord-est d’Alep.
Pour aller à Édesse, appelée Roha au temps des croisades, appelée aujourd’hui Orfa, Baudouin et ses chevaliers, laissant Alep au sudouest, traversèrent la rivière de Chalus (Nahr-Quouaik) , plus loin la rivière Sadjour qui descend des montagnes d’Antab et va se jeter dans l’Euphrate entre Djerabolos et Tschat; les chevaliers passèrent ensuite l’Euphrate à Il-Biré ou Biredjie, et arrivèrent bientôt à
Edesse. D’Antioche à Edesse, on compte cinquante-six heures de marche ; la route va à l’est-nord-est. Édesse ou Orfa est aujourd’hui la capitale d’un vaste pachalik ; la petite rivière d! Ibrahim-Khalil qui reçoit les eaux de Aïn-Zarga arrose cette ville. Orfa a des murailles tout autour et une citadelle, mais la citadelle est dominée par une haute montagne qui favoriserait une invasion ennemie. La population de la ville s’élève à plus de cent mille habitans, environ quarante mille Arméniens et le reste musulman. La ville d’Orfa fut visitée par Niebuhr ; vous pouvez en lire une description dans le Voyage en Arabie et en d’autres pays circonvoisins de ce célèbre explorateur allemand. Je me souviens qu’à Jérusalem j’avais vu un très-grand nombre
d’orient.
(le pèlerins arméniens venus d’Orfa. Les chroniques nous parlent d’une cité de Samosate qui dépendait de Roha et que le prince musulman Balduk occupait injustement ; Baudouin avait cherché à s’en rendre maître, mais désespérant de s’emparer de la forteresse, il était parvenu à la racheter avec de l’or et des présens. Je trouve ce château de Samosate, sur la rive gauche de l’Euphrate, au nord-est d’Orfa, à l’extrémité d’un angle formé par le fleuve ; il se nomme aujourd’hui Semisat; le château est ruiné; à côté du château se voit une petite cité. Les chroniques parlent d’une autre ville nommée Sororgia, qui fut prise par Baudouin ; cette ville , située à quelques heures au sud d’Edesse, existe encore sous le nom de Seroug,
Pendant que Tancrède soumettait à son glaive ou livrait aux flammes les châteaux de la Cilicie, et que Baudouin fondait une principauté dans la Mésopotamie, la grande armée des croisés, poursuivant péniblement sa marche à travers le Taurus , arrive à Cosor ou Cocson , cité pleine de toutes les choses utiles à la vie de V homme, dit Robert-le-Moine. « Les pèlerins , ajoute le même chroniqueur , y furent très-bien reçus par les chrétiens qui s’y trouvaient , et s’arrêtèrent trois jours dans la ville ; chacun pourvut à ses besoins ; ceux qui étaient fatigués y trouvèrent le repos ; ceux qui avaient faim y trouvèrent la nourriture ; ceux qui avaient soif, de quoi se désaltérer ; ceux qui étaient nus, des vêtemens pour se couvrir ; Dieu voulut que les croisés rencontrassent un lieu pareil pour leur donner la force de mieux supporter les grands tourmens que la famine devait plus tard leur faire souffrir. » Cosor ou Cocson, est l’ancienne Cucusus, située à huit ou dix heures au nord-est de Marésie. Les plus savans de l’armée chrétienne ignoraient probablement que là jadis avait été exilé saint Jean-Chrysostôme. Les plus impraticables escarpemens du Taurus séparent Cocson de 3îarésie ; les chroniqueurs les appellent montagnes du Diable, nom qu’ils donnent ordinairement aux mauvaises montagnes. Nos croisés eurent beaucoup à souffrir dans ce trajet, où, selon le récit d’un témoin oculaire, on ne découvrait aucun chemin, si ce n’est pour les bêtes sauvages et les reptiles; où les passages étaient tout juste assez larges pour poser un seul pied ; dans des sentiers resserrés à droite et à gauche par des rochers, des buissons épineux et d’épaisses broussailles. Personne ne pouvait aller à cheval ; les chevaliers cheminaient, portant leurs armes suspendues à leur cou. Plusieurs , dit Robert-le-Moine , s’ils avaient trouvé des acheteurs,
auraient vendu volontiers leur casque, leur cuirasse , leur bouclier ; quelques-uns, épuisés de lassitude, jetaient leurs armes pour marcher plus légèrement. La ville de Marésie fut le terme de cette pénible route. La population tout entière de Marésie était chrétienne ; une poignée de Turcs seulement occupaient la citadelle, et s’échappèrent secrètement à l’approche des croisés. L’armée chrétienne dressa ses tentes au milieu de verts pâturages ; elle eut en abondance toutes sortes de provisions. La femme de Baudouin mourut et fut ensevelie à Marésie ; là aussi mourut le chevalier Adelrard de Guizan, qui était de la maison de Godefroy. La cité de Marésie dont il est ici question, c’est Marra, l’ancienne Germanicie, située à vingt heures au nordest d’Antioche ; au temps des croisades , cette ville de Marra fut le siège d’un évêché. Marra est encore aujourd’hui une ville bien peuplée.
Une troupe de guerriers chrétiens se détache de la grande armée et se porte sur Artésie ; la population arménienne d’ Artésie , à l’approche des croisés, prend les armes contre les Turcs ses oppresseurs , en fait un horrible carnage, et ouvre ensuite les portes dela ville aux guerriers latins. « Les Arméniens, dit Albert d’Aix, firent alors aut fidèles un accueil plein de bonté et d’amour, les aidant avec empressement à se défaire de leurs armes et de leurs bagages , prenant plaisir à leur offrir toutes sortes de provisions et de boissons agréables, et donnant du fourrage en abondance à leurs mulets et à lèurs chevaux. » Assiégés par les Turcs, les guerriers de la croix défendirent victorieusement la place ; les musulmans renoncèrent au siège d’ Artésie, et réunirent toutes leurs forces sur le pont de l’Oronte, pour fermer aux pèlerins les chemins d’Antioche. La ville et le château d’ Artésie n’offrent plus que des débris au voyageur ; on trouve à côté des ruines un village du nom à'Ertesi, Les restes d’Artesie gisent au pied méridional du Djehel-Seman, à quatre ou cinq heures au nord-est d’Alep. La plupart des savans ont vu dans Artesie l’ancienne Chalcis, et c’était là l’opinion de nos chroniqueurs. M. Rousseau, dans sa carte du pachalik d’Alep, place Chalcis au lieu occupé maintenant par le bourg de Souha, à sept heures environ à l’ouest d’Alep; l’ancienne opinion nous paraît la plus voisine de la vérité.
A quatre heures au sud-est d’Antioche était un pont sur l’Oronte, appelé 'pont de Fer par les croisés et par les musulmans ; les croisés l’appelaient ainsi du nom de Farfar qu’ils donnaient à l’Oronte, croyant
que ce fleuve était le Farfar de Damas; les musulmans l’appelaient ainsi, parce que deux tours revêtues de fer défendaient les têtes du pont. C’est par là que l’armée chrétienne devait passer pour se rendre à Antioche; des guerriers turcs occupaient les deux tours, et toute la rive gauche du fleuve était couverte de bataillons ennemis. L’armée de la croix réunie en un seul corps, songea aux immenses périls qu’elle aval t devant elle, et se prépara au combat. L’évêque du Puy , Adhémar, prit la parole pour avertir et ranimer la multitude : « O frères et fils^ très-chéris, dit le prélat aux pèlerins, maintenant qu’Antioche est si près de nous, sachez donc qu’elle est solidement défendue par de fortes murailles construites avec des pierres d’énorme dimension, des pierres liées entre elles par un ciment inconnu et indissoluble. Nous avons appris, de manière à n’en pouvoir douter, que tous les ennemis du nom chrétien. Turcs, Sarrasins, Arabes, fuyant de devant notre face, des montagnes de la Remanie et de tous les autres côtés , se sont rassemblés dans Antioche. Nous devons donc nous tenir sur nos gardes^ ne pas nous séparer les uns des autres , ne pas nous porter en avant trop témérairement , et nous avons en conséquence très-sagement résolu de marcher dès demain d’un commun accord et avec toutes nos forces vers le pont de Fer. » Le lendemain, au lever du soleil, les pèlerins s’avancent en armes; l’avant-garde, commandée par Robert de Normandie, arriva d’abord au pont de Fer et ne put réussir à s’ouvrir passage ; un combat opiniâtre s’engagea , et des deux côtés oa déploya de la bravoure. Cependant le gros de l’armée chrétienns approchait, et la lutte allait devenir décisive. «Ne redoutez point k choc de vos ennemis , s’écriait l’évêque Adhémar en parcourant les rangs des croisés ; levez-vous contre ces chiens dévorans , car c’est aujourd’hui même que Dieu combattra pour vous. » Les chrétiens -, couverts de leurs casques , de leurs boucliers et de leurs cuirasses font une tortue, selon l’expression militaire d’Albert d’Aix, se précipitent sur le pont et repoussent vigoureusement les ennemis. A cetk vue, une ardeur nouvelle s’empare des chrétiens qui combattaient çà et là sur la rive ; les uns se jettent dans le fleuve et le traversent à k nage avec leurs chevaux , les autres trouvent des gués et passent sur l’autre rive, malgré les traits des archers et des frondeurs musulmans^ Bohémond, Godefroy, Raymond, Robert de Normandie, chacun à k tête d’un corps chrétien , s’établissent bientôt en vainqueurs sur les. bords de l’Oronte, et les Turcs échappés au glaive se sauvent sur leurs
COllRESPONDANCE
thevaiîx rapides vers Antioche. Ce triomphe des chrétiens au pont de Fer fut un évènement important, et devait trouver ici une mention |>articulière.
J’ai visité le champ de bataille du pont de Fer, Gesr-il-Haddid , torame l’appellent les Arabes. Le Gesr-il-Haddid se trouve presque à l’extrémité d’une vaste plaine nommée IJmq; cette plaine, bornée à î’est par le lac d’Antioche [ Bahr-el~Abbiad) , n’offre ni vergers ni Jardins; c’est une vaste étendue sans arbres, mais couverte de pâturages ; souvent , dit-on , des tribus de Turcomans viennent camper dans la plaine d’ümq ; il ne s’y trouvait pas une seule tente quand Je l’ai traversée. Le tremblement de terre de 1822 a renversé de fond ^ïï comble l’ancien pont de l’Oronte ; il avait neuf arches , m’a-t-on dît 5 et deux grosses tours dont les portes étaient couvertes de lames de fer. Un nouveau pont a été construit au même endroit par Ali, |)âcba d’Alep ; il a été achevé au mois de mars dernier , après huit lîlols de travail. Le nouveau pont a cinq arches; au-dessus se voit comme une petite maison de pierre avec deux portes qui ouvrent et ferment à volonté les deux avenues du pont ; un soldat turc y réside, chargé de percevoir un léger tribut pour le passage. Avant la construction du nouveau pont , il y avait là un bateau qui transportait les voyageurs d’un bord à l’autre. A côté du Gesr-il-Haddid , sur la live gauche, est un village, ou plutôt un amas de cabanes formées de boue et de roseaux secs. Le voisinage du pont, sur la rive droite, est couvert de mûriers. Tout est plaine autour du Gesr-il-Haddid. Aucune runie , aucun vestige, aucun signe n’indique à l’ami du moyen âge t|iie là une grande victoire a été jadis remportée par les guerriers de l’Europe chrétienne; le nom de Gesr-il-Haddid (pont de Fer) que ce passage conserve encore, c’est tout ce qui reste sur les lieux de cette belle page d’histoire .
Pendant que, les chroniqueurs à la main, je cherchais les souvenirs du passé autour de ce pont de Fer qui ne voit plus aujourd’hui que le cavalier turcoman ou la caravane d’Alep, pendant que les Arabes du Village de Gesr-il-Haddid épiaient mes pas aux bords du fleuve, la Voix de l’évêque Adhémar retentissait pour moi à travers les siècles, à l’endroit même où cette voix haranguait la grande armée chrétienne près de se mettre en marche pour Antioche. « Hommes, frères. Gis chéris, disait le pontife aux pèlerins, écoutez les paroles que je vous apporte, et ne craignez pas de me prêter toute votre attention. La
d’orient. 15
ville d’Antioche est tout près de nous, nous n’en sommes séparés que par une distance de quatre milles ^ Cette admirable cité, ouvrage tel que nous n’en avons jamais vu, fut bâtie par le roi Antiochus avec des pierres énormes ; elle est garnie de tours, et on en compte jusqu’à trois cent soixante. » L’évêque Adhémar passe en revue les forces de l’ennemi, énumère les chefs musulmans et fait connaître leurs projets. « Il est donc bien nécessaire, poursuivit le prélat, que nous n’avançions qu’avec prudence et en bon ordre. Yous savez que nous avons combattu hier fort tard ; nous sommes fatigués ; les forces de nos chevaux sont épuisées. Que le duc Godefroy, Bohémond, Benaud de ïoul, Pierre de Stenay, Evrard du Puiset, Tancrède, Garnier de Gray, Henri de Hache, marchent en avant pour diriger l’armée, après avoir formé leurs corps ; que Robert de Flandre, Robert de Normandie, Etienne de Blois, Raymond, Tatin de la maison de l’empereur grec de Constantinople, Adam, fils de Michel, et Roger de Barneville, si nos conseils sont agréés, conduisent et protègent sur les derrières les autres corps de cavaliers et de gens de pied. » Et aussitôt les princes et les chevaliers se rangent dans l’ordre indiqué par le pontife, et se dirigent vers Antioche par la route royale, par le chemin que je viens de suivre moi-même, tous unis par les liens d’un commun accord, couverts de leurs boucliers dorés, verts, rouges, de leurs cuirasses et de leurs casques éclatans, déployant au vent leurs bannières d’or et de pourpre. Ulysse et Nestor dans l’Iliade, parlent-ils autrement que l’évêque Adhémar dans la chronique d’Albert d’Aix î Mon esprit ne peut imaginer rien de plus grand, de plus épique, de plus merveilleux que cette armée de six cent mille croisés d’Europe couvrant la plaine d’Umq , entre la rive gauche de l’Oronte et les montagnes , frémissant de noble ardeur et d’enthousiasme par l’idée de la terrible capitale qui allait apparaître devant elle.
Les siècles et les mille révolutions qui, depuis cette époque, ont passé sur la vallée d’Antioche, n’ont pu suffire pour détruire en ces lieux le souvenir de tant de grandes choses. Sans parler ici des croix de nos guerres sacrées, magnifique ornement des murailles d’Antioche, témoignage glorieux de la conquête de nos pères, je dirai qu’en aucun pays d’Orient le nom de Franc, Frangi, n’a laissé d’aussi profondes traces que sur les bords de l’Oronte; Frangi, c’est tout ce que les
^ Le mille de nos chroniqueurs équivaut à une lieue de marche.
îiabiians de cette vallée peuvent concevoir de plus invincible, de plus puissant ; ce nom équivaut pour eux à celui de génie de la guerre, démon victorieux, esprit terrible qui mugit comme la tempête et emporte tout comme elle. Cette toute-puissance attachée au nom franc a donné lieu dans le pays à de fabuleuses histoires. Sur le chemin d’Antioche au pont de Fer, mon guide turc me montrant à main droite une élévation de terrain à côté d’une colline couverte des débris d’un fort du moyen âge, me disait: Sous ce terrain que vous N^oyez là-bas est un lac dont les rivages resplendissent de diamans et de monceaux d’or ; un bateau flotte sur le lac ; musulmans. Arméniens, Grecs et juifs pourraient entrer dans le bateau et se promener sur le lac, mais s’ils voulaient s’approcher du rivage pour prendre les diamans ou les monceaux d’or, le bateau s’attacherait immobile à îa vague ; c’est aux Francs seuls qu’appartient le privilège de toucher impunément à ces trésors, car les Francs sont des démons à qui Dieu permet tout.
d’orie>t.
LETTRE CLXXÎII.
Tarse. — Alep. — Ce qu’on voit de Latakié à Alep. — Apamée, Hama , Émèse, Marra, Albar, saint Siméon Stylite. — Cicéron, gouverneur de la Cilicie,
Juin 1831.
La chute grave que j’ai faite en venant de Laodicée à Antioche, m’a laissé de vives douleurs dansles reins; l’immense intérêt des souvenirs et des lieux a pu seul me soutenir, faible et malade que j’étais, dans mes visites complètes et consciencieuses aux ruines d’Antioche, au lac Bahr-el-Abbiad, au pont de fer Gessr-il-Haddid , à tous les points remarquables des environs. Dans les quatre lettres précédentes, j’ai fait tout ce que je voulais faire, tout ce que vous attendiez de mon zèle ; maintenant les forces me manquent pour aller à Tarsous et à Alep, quoique je n’en sois séparé que par une courte distance; d’ailleurs ni l’une ni l’autre de ces deux villes ne pourraient m’offrir rien de très-intéressant, et je ne regrette pas beaucoup de n’avoir point poussé mes courses jusque-là. Toutefois, voulant ne laisser aucune lacune dans mes récits et mes peintures de Syrie, j’ai écrit à notre agent consulaire de Tarsous et à notre consul d’Alep, pour les prier de me donner des renseignemens sur la ville qu’ils habitent. La réponse de ces honorables compatriotes ne s’est point fait attendre ; grâce à leur politesse empressée et à leurs lumières, je ne désire plus^ rien maintenant sur Tarsous et sur Alep. Yoici les deux réponses que je vous envoie avec mes lettres. La première est de M. Dizaut, agent consulaire de France à Tarsous :
« Monsieur, vous me demandez quelques renseignemens sur la ville de Tarsous, relatifs au but de votre voyage en Syrie. Bien que.
VIH. s
j’aie lu plusieurs fois l’ouvrage de votre illustre conipagnon, je me vois forcé de vous avouer que je suis loin de me rappeler quelle part la province que j’habite a pu avoir dans la guerre des croisades ; cependant, comme avant tout j’ai à cœur de vous témoigner ma bonne volonté, je m’empresse de vous transmettre les renseignemens suivans, où je crains bien que vous ne trouviez que la preuve de mon zèle à répondre à votre appel.
» J’ai quelque raison de croire que Tarsous, telle qu’elle est aujourd’hui, ne compte pas plus d’un siècle d’existence; la ville ancienne aura parcouru les différentes phases de la destruction , sans qu’on ait songé à utiliser sa position et la grande quantité de matériaux que ses ruines présentaient pour bâtir une ville nouvelle ; d’ailleurs, ce n’est que lorsque les Turcs, prenant plus de consistance dans le vaste empire des Arabes, et que, ne se bornant plus à tout dévaster, ils commencèrent, dans différens lieux de leurs émigrations, à devenir agriculteurs, qu’ils bâtirent alors sur l’emplacement des villes anciennes, plus encouragés dans le choix de ces positions par la facilité d’y trouver des matériaux, que par toute autre considération. Les différentes croisades eurent donc lieu, selon moi, lorsque l’ancienne Tarse ne présentait plus que l’aspect d’une ville ruinée % et bien avant qu’on ait songé à la rebâtir ; mon opinion même est que toute la province était peu peuplée à cette époque, et elle est fondée sur la facilité avec laquelle la première armée des croisés y pénétra. En effet, partis de Constantinople pour se rendre en Syrie, ils durent nécessairement passer par un défilé du mont Taurus , situé à seize heures de Tarsous et appelé Gealek-Bogaz , passage que mille hommes résolus peuvent disputer avec succès à l’armée la plus nombreuse. Je ne sache pas que les croisés aient rencontré quelque opposition de ce côté-là. Aussi doit-on en conclure que la province, par suite des différentes guerres antécédentes , était dépeuplée; car, dans le cas contraire, les musulmans auraient, sans aucun doute, profité de la nature des lieux pour anéantir une armée qui menaçait également leurs intérêts temporels et religieux. La difficulté de ce passage et la nécessité de s’en servir pour les communi-
* Si M. Dizaut avait eu le temps ou la facilité de faire quelques recherches historiques, il aurait eu connaissance de la prise de Tarse par Tancrède et des principaux évènemens qui signalèrent la marche des premiers croisés dans la Cilicie ; il aurait vu aussi que Tarse était à cette époque une ville bien peuplée et bien fortifiée.
d’orient.
cationsde Constantinople avecla Syrie, sonttelles, encore aujourd’liui, que la Porte a toujours été contrainte à de grands ménagemens avec les agas du pachalik d’Aden, qui, en fermant le passage, pourraient braver impunément sa colère et couper toutes ses communications avec la Syrie.
» Ce serait peut-être encore une question historique intéressante à résoudre, que de rechercher quels ennemisont rencontré les croisés dans le pachalik d’Aden , c’est-à-dire sur la route du Gealek-Bogaz à Alexandrette. Je ne pense pas que les Turcs fussent déjà établis dans cette partie de l’empire ^ Ils composaient alors en grande partie, il est vrai, les armées du calife et de ses grands vassaux, mais leurs émigrations delà Transoxane n’avaient pas encore été assez abondantes, ni assez protégées , pour avoir déjà fait partie de la population paisible de l’empire. Ce serait une nouvelle preuve que les provinces aujourd’hui comprises par le pachalik d’Aden , étaient peu peuplées, et qu’elles ne l’étaient que par quelques colonies musulmanes, reste du passage des Arabes, et par des Grecs qui avaient survécu à la conquête.
» La nouvelle ville, bâtie sur les ruines de l’ancienne Tarse, n’est qu’un bourg peu considérable , qui ne présente plus , pour témoignage de son antique origine, que quelques vestiges de remparts et deux portes anciennes. L’emplacement de la ville antique ne me. paraît pas être précisément celui de la ville nouvelle, car, outre que les portes qui sont encore debout, sont à quelque distance de Tarsous,. il semblerait qu’autrefois Tarse s’étendait jusqu’aux bords duCydnus, puisque l’histoire rapporte que Cléopâtre, ayant fait entrer sa galère dans ce fleuve, en débarquant se trouva immédiatement dans la ville. Or, maintenant Tarsous est à une demi-heure du Cydnus.
» Le fort, qui est situé à dix minutes est de la ville, me paraît être de construction génoise. Il tombe aujourd’hui en ruine et est entièrement inhabité.
» L’église de Saint-Paul, qui peut être regardée comme un des monumens de Tarsous qui rappelle le plus de souvenirs distincts, est transformée en mosquée. L’extérieur en est simple, et ne présente guère que l’aspect d’une de nos églises de village. Quant à l’intérieur,
^ On a vu dans notre lettre précédente, qu’à l’époque du passage des premiers croisés eu Cilicie, les Turcs y étaient déjà établis.
COilRESPONDANCE
je n’ai pas eu occasion de le visiter, mais si vous désiriez, monsieur, avoir des renseignemens sur cet objet, je pense qu’il me serait assez facile d’y pénétrer, et, par ce moyen, de satisfaire par la suite votre curiosité ^ . Une tradition populaire rapporte que, dans un des caveaux de cette église, se trouvent enfermés des objets précieux, des armures, des cuirasses, des casques , etc. ; en séparant de cette tradition ce qu’elle a de commun avec tant d’autres, relativement aux trésors dont on suppose partout l’existence , il est possible que les armures qu’on y conserve s’y trouvent réellement, comme des témoins dignes de foi me l’ont attesté, et qu’elles aient appartenu aux croisés. Leur conservation, dans une mosquée, semblerait indiquer qu’elles ont été regardées comme des trophées dont on devait faire honneur à l’islamisme.
» A une demUheure de Tarsous se trouve un édifice dont aucun voyageur n’a parlé, et qui peut disputer d’ancienneté avec tous les monumens les plus antiques du globe. C’est une enceinte en carré long, vaste et découverte, formée par des remparts épais et élevés, et remplis dans ses deux extrémités par deux masses énormes de pierre. Tout porte à croire que ces deux masses sont creuses et qu’elles contiennent des appartemens. L’opinion des voyageurs à qui j’ai eu occasion de montrer ce bizarre monument, est assez indécise, mais ils ont été tous d’accord sur ce point, qu’il remontait à la première époque des arts dans un pays où ils sont cultivés dès la plus haute antiquité. Un voyageur qui a résidé long-temps à Erzeroum, m’a assuré que ce monument portait le même caractère que plusieurs autres qu’il a eu occasion de voir dans les provinces limitrophes de la Perse, et qu’il avait tout lieu de croire que c’était un tombeau assyrien. Les Turcs prétendent que ce monument était autrefois une église chrétienne, mais que le prophète, indigné un jour contre les infidèles, la frappa du revers de sa main , et que, par la force du coup, les fondemens du temple renversé devinrent son faîte, et le faîte devint ses fondemens. Il est à regretter que l’histoire, en établissant d’une manière formelle que Mahomet ne sortit jamais de l’Arabie, porte
^ J’ai écrit de nouveau à M. Dizaut pour avoir des renseignemens sur les objets renfermés dans la mosquée de Tarsous, et je n’ai pas eu le bonheur de recevoir de réponse. J’aurais voulu savoir ce qu’est devenu le tombeau de Jlugucs-le Grand ; les chroniques nous apprennent que ce prince mourut à Tarse et fut enseveli dans l’église de Saint-Paul.
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un démenti fâcheux à un fait aussi édifiant. Quoi qu’il en soit, les Turcs, en raison de la tradition, appellent ce monument DounTach, pierre renversée, retournée.
» Tarsous possède dans son territoire un lieu célèbre de pèlerinage ; après celui de la Mecque c’est le plus important. C’est une grotte assez vaste, pratiquée dans l’intérieur d’une colline. La tradition que l’on raconte à ce sujet rappelle celle desSept-Dormans. Tout le monde peut visiter cette grotte , quelle que soit d’ailleurs la religion du pèlerin.
» Sur le chemin de Gealek-Bogaz , à quatre heures de Tarsous, on rencontre une route romaine aux premiers contre-forts du Taurus, qui, après une demi-heure démarché, conduit à un arc de triomphe. La tradition, d’accord avec le style de ce monument, l’attribue à Constantin, qui l’aurait fait élever lorsqu’il se rendit de Constantinople à Jérusalem.
» Voilà à peu près, monsieur, à quoi se borne tout ce que Tarsous contient de curieux. Pour achever cette nomenclature tant soit peu aride, je rappellerai ici les ruines de Pompéiopolis, à huit heures de Tarsous , ses quarante-deux colonnes encore debout, son môle assez bien conservé, et enfin différentes constructions du moyen âge, répandus çà et là dans le territoire de Tarsous.
» C’est une vérité qui n’est pas assez connue en Europe , que les différentes provinces qui composent l’empire ottoman sont loin de présenter dans leur aspect politique une entière similitude. On croit généralement que le despotisme du grand-seigneur trouve partout une alternative de soumission ou de révolte, mais que d’ailleurs les élémens influens sur la société musulmane sont partout les mêmes. Aussi, en terminant cette note par quelques observations sur le système politique qui règne, depuis l’origine de l’empire, dans le pachalik d’Aden , j’espère lui donner une couleur un peu plus intéressante, et avoir occasion de détruire quelques préjugés répandus sur l’organisation de l’empire.
» Tout porte à croire que la population turque qui habite le pachalik d’Aden tire son origine des tribus turcomanes, dont plusieurs errent encore dans la partie est du pachalik. En abandonnant leur vie nomade et aventureuse, et en devenant agriculteurs de pasteurs qu’ils étaient, ces Turcs ont cependant conservé leurs divisions en dilïérentes tribus, l’organisation qui en résulte et leurs chefs hérédi-
taires, tels qu’ils étaient avant qu’ils eussent embrassé une vie sédentaire, ce qui est cause qu’il existe encore aujourd’hui dans les provinces d’Aden et de Tarsous , une aristocratie entièrement calquée sur notre système féodal du moyen âge. On a long-temps répété qu’il n’existait en Turquie ni noblesse, ni privilèges héréditaires. îl faut mettre cette assertion au nombre de cette multitude d’erreurs répandues sur le Levant, qui n’en sont pas moins telles pour avoir été mille fois répétées. Je vois journellement sous mes yeux, à Tarsous, la distance qui sépare les agas et les fils d’agas, du reste de la population ; je vois le fils hériter du rang de son père, comme chose consacrée, et tous ces aians [aians el belad, notables du pays), exiger de leurs paysans ou vassaux, comme on voudra les appeler, les mêmes •corvées, les mêmes redevances, comme autrefois les barons, etc., en France. Ajoutez à cela que ces agas se groupent autour des différens chefs puissans de la province, qui prennent le nom de dère-hey (bey de la plaine), donnent à ces derniers la même puissance que les grands vassaux avaient autrefois chez nous, lorsque îe pouvoir royal était encore embarrassé par les entraves féodales. Dé sorte que la Porte était obligée de choisir parmi cette espèce de grands feudataires, les pachas, les mutselins, chargés d’administrer le pays. L’envoi d’un gouverneur étranger était le signal d’une révolte générale, dont le résultat était infailliblement de contraindre la Porte à user de condescendance envers les désirs d’un peuple qu’il lui aurait été difficile et peu profitable de soumettre par la force. Cet état de choses aurait même amené une scission totale et une entière indépendance de la part de la province, si la Porte n’eût toujours eu pour principe de profiter habilement de la rivalité qui existait entre ces différens dère-beys, de perpétuer la cause de leur dissension, et d’empêcher ainsi qu’ils ne pussent réunir toutes leurs forces contre elle. Au reste, je crois avoir assisté à la ruine de cette aristocratie, par suite des troubles qui ont dernièrement agité lepachalik, et le grandseigneur, avec un peu d’énergie, est en mesure aujourd’hui de lui porter le dernier coup.
» Veuillez agréer, monsieur, les souhaits que je fais pour l’heureux résultat de votre voyage, et me croire votre très-humble et très-obéissant serviteur. »
La lettre de M. Malivoir, consul de France à Alep, ne sera pas pour vous d’un moindre intérêt.
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« Monsieur, j’apprends par la lettre que vous m’avez fait l’honneur <3e m’écrire votre heureuse arrivée à Antioche.
» La mission de M. Michaud m’était connue depuis quelque temps; j’espérais toujours qu’il aurait poussé son excursion littéraire jusqu’en cette ville, qui mérite, sous bien des rapports, l’attention des voyageurs que des recherches scientifiques attirent dans ces contrées. Un de mes vifs regrets est d’apprendre qu’il a été contrarié dans ses projets par les fatigues du voyage et par une altération clans sa santé. Je regrette bien aussi, monsieur, que d’autres motifs vous aient fait abandonner l’idée de voir Alep, où j’aurais été charmé de vous posséder pendant le séjour que vous auriez jugé nécessaire pour recueillir les notions que vous désirez sur cette ville, encore intéressante malgré les désastres qui l’ont fait déchoir de son ancienne splendeur. Malgré les difficultés que l’on rencontre toujours à se procurer des renseignemens certains sur le pays, je vous communiquerai ceux qui m’ont été donnés par des personnes établies depuis long-temps sur les lieux, auxquelles on peut accorder le plus de confiance.
» La ville d’Alep n’était pas en état de résister aux efforts des croisés, à moins de supposer qu’elle était défendue par d’autres fortifications que celles qui existent aujourd’hui; il est donc à présumer qu’ils n’attachaient pas une grande importance à s’en rendre maîtres. Peut-être son éloignement de la mer leur faisait-il regarder cette conquête comme d’une conservation difficile, sans avoir à craindre d’y être sans cesse inquiétés par les populations nombreuses qu’ils avaient à combattre. Étant déjà maîtres d’Antioche, ville considérable qui, par sa position, leur donnait l’avantage d’avoir leurs communications libres avec tous les points de la côte, Alep ne leur offrait plus qu’une ville riche et florissante, il est vrai, mais dont la possession leur aurait donné beaucoup de peine sans aucune utilité pour le succès de leurs opérations.
» Tous les auteurs orientaux s’accordent sur la haute antiquité de la ville d’Alep que les Syriens nommaient Halep, comme les Arabes la nomment encore aujourd’hui, et que les Grecs appelèrent ensuite Berroé. Après avoir été long-temps un sujet de guerre entre les empereurs grecs et les rois de Perse qui s’en disputèrent la possession , elle tomba au pouvoir des Arabes sous la domination des califes. Elle fut conquise successivement par divers peuples, jusqu’au
quatorzième siècle, qu’elle tomba au pouvoir de Tamerlan. Après avoir subi tant de révolutions, cette ville fut conquise par les ottomans, sous le règne de Sélim r% eu 1517, qui en sont restés les maîtres jusqu’à présent.
» Plusieurs auteurs modernes ont livré à la publicité des descriplions plus ou moins exactes de cette ville. La plus récente, celle de M. Rousseau, ancien consul général de France en Syrie, renferme des renseignemens précieux sur la géographie, sur l’histoire ancienne et moderne de ce pays, dont il a fait une étude particulière. Réunissant toutes les connaissances nécessaires pour rendre ses recherches aussi intéressantes qu’utiles, c’est à lui que l’on doit ce qui a paru de plus véridique et de plus exact sur ce pays. La notice offerte par lui à la société de géographie ne traite que du pachalik d’Alep, ne fait aucune mention de l’époque des croisades. Le tableau qu’il faisait de cette ville en 1819, serait encore d’une exacte vérité, sans la catastrophe qui a détruit une partie de la ville en 1822. Il considérait à cette époque Alep comme une des villes les plus riches et les plus florissantes de l’empire ottoman. Ce qui était bien vrai alors ne l’est plus maintenant; cette ville bien bâtie où se remarquaient de beaux édifices, quelques monumens publics, des mosquées, des khans, des fontaines, des bains, ne présente plus que des ruines, des décombres qui obstruent encore aujourd’hui le passage des rues. Les malheurs qui ont affligé ce pays ont laissé des traces que le temps seul et un bon gouvernement pourraient réparer.
» Si dans l’intérieur de la ville, le désastre causé par la violence des tremblemens de terre frappe les regards du voyageur à chaque pas, le château offre l’image d’une destruction presque totale. Ce château, dont l’origine remonte à une haute antiquité , est construit sur un monticule en terre, au centre de la ville, qui se trouve dominée de tous côtés. Sa dernière construction est l’ouvrage des Sarrasins, d’après une inscription qui existe encore sur la porte d’entrée ; il est entouré d’une muraille et d’un fossé assez profond, qui est toujours à sec ; à l’entrée de cette forteresse , il y a un pont-levis qui se lève chaque soir, au coucher du soleil ; une double porte d’entrée en fer est remarquable par sa solidité. Les remparts qui entourent ce château ne sont pas à beaucoup près aussi solidement construits que les voûtes qui sont entre les deux portes. Les bastions construits aux quatre angles n’ont pas plus de solidité; ils sont aujourd’hui, ainsi que les
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murs d’enceinte, en grande partie écroulés, et tout-à-fait hors d’état de servir à la défense de la place. On y tient toujours quelques pièces de canon, non pour garantir la ville d’une surprise, mais pour faire des saluts les jours de fête. Les Turcs qui n’ont pas l’iiabitude d’entretenir et encore moins de réparer, n’ont jamais pris soin de ce château; sa dégradation, qui date de loin, augmentait progressivement, lorsqu’est survenu le désastre de 1822, qui l’a ruiné de fond en comble, ainsi que les maisons qui étaient habitées par les troupes de la garnison avec leurs familles. Les remparts ont été renversés en partie; il ne reste plus que des portions de murailles qui s’écroulent journellement ; les bastions sont à peu près détruits, les portions encore debout ne tiennent plus arien et tombent également. Les maisons qui étaient au nombre de cent, n’offrent plus que des amas de décombres; on n’aperçoit que quelques voûtes de l’intérieur que leur construction solide a préservées du malheur commun. La même insouciance des Turcs pour tout ce qui tend à conserver et à réparer, a été un obstacle à faire enlever les décombres du château et à sa reconstruction. Dans son état naturel, il ne peut plus être considéré comme une forteresse, ne présentant plus que des ruines et des débris de ses remparts, de ses bastions; il est entièrement abandonné; il n’y a aucune troupe pour sa garde, quelques canonniers seulement entretenus pour le service de quatre mauvaises pièces démontées que l’on y conserve pour les saluts aux jours de fête. Le monticule factice sur lequel il avait été bâti n’a pas souffert du tremblement de terre. Sa position avantageuse, au centre de la ville, en ferait facilement un point militaire qui garantirait le pays des attaques d’une ennemi extérieur, et qui assurerait au pacha la soumission des habitans, toujours enclins à la révolte.
» Le pays, du reste, n’offre aucun monument intéressant d’antiquités ; on remarque seulement dans les campagnes qui environnent la ville, des grottes taillées dans le roc, où se trouvent des salles d’une architecture simple et régulière , que l’on attribue aux temps des persécutions qui furent exercées contre les premiers chrétiens.
» Je souhaite, monsieur, que ces faibles détails méritent votre in** diligence; s’ils ne sont pas d’un grand intérêt, vous pouvez au moins compter sur leur vérité et sur leur exactitude.
)) Votre très-humble et très-obéissant serviteur, etc. »
J’ajoiiteraî un mot à la lettre de notre consul M. Malivoîr. Alep n’appartint jamais à nos latins, mais, en 1124, cette 'ville subit un siège terrible de la part des chrétiens unis aux troupes d’un prince musulman. Vous vous souvenez de la captivité du roi Baudouin; il avait été fait prisonnier du côté de l’Euphrate, pendant qu’il marchait à la délivrance de Josselin , comte d’Édesse, et de ses compagnons; Baudouin fut d’abord enfermé dans le château de Khartbert, en Mésopotamie, ensuite dans le château de Haran; il obtint sa liberté moyennant l’abandon de quelques places fortes, et la somme de quatrevingt mille pièces d’or. Baudouin vint mettre le siège devant Alep, avec un prince turc nommé Dobais , qui , dépouillé par le calife de Bagdad de ses domaines sur le Tigre, cherchait à s’emparer d’Alep. Les assiégeans coupèrent les arbres, détruisirent les chapelles, ouvrirent les tombeaux , dépouillèrent les morts et se servirent des sépulcres pour y déposer leurs vivres. Les latins ayant trouvé un exemplaire du Coran dans une chapelle des environs de la ville , outragèrent le livre du prophète à la face des musulmans ; l’un d’eux imagina d’en arracher quelques feuillets et de les attacher sous la queue de son cheval ; de temps en temps le cheval couvrait d’ordures ces feuillets sacrés, et le chrétien battait des mains et poussait des éclats de rire. S’il tombait quelque Turc entre les mains des chrétiens, le Turc était renvoyé à la ville, les mains coupées, et privé des marques de sa virilité. Les assiégés traitaient leurs prisonniers de la même manière, ou bien ils les pendaient. Pressés par leurs ennemis, les habitans de la ville se virent réduits à se nourrir de chiens et de corps morts L Les scènes les plus horribles, les plus dégoûtantes se mêlent à l’histoire de ce siège d’Alep. A l’approche de Borsaki, prince de Mossoul, qui, accompagné des princes de Damas et d’Émèse, venait secourir Alep, les troupes chrétiennes et musulmanes se retirèrent.
Comme les régions septentrionales de la Syrie ont été fort mal explorées jusqu’à ce jour, tous les détails de localité qui s’y rapportent deviennent précieux. Yoici un itinéraire de Latakié à Alep , qu’un chrétien arabe m’a communiqué. La distance de Latakié à Alep est de cinq journées de marche pour une caravane ; la première journée , qui est de sept heures , vous mène au-delà de la chaîne du Cassius, et la caravane passe la nuit à une heure plus loin que Gafary
* Yoyez le 4® volume de la Bibliothèque des Croisades, chroniques arabes.
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espèce de corps de garde occupé par des Turcs; ces Turcs ont acheté du pacha d’Alep le droit de mettre les passans à contribution. Dans la seconde journée on traverse des gorges de montagnes, et on va passer la nuit à Gessr-Chogr, qui occupe l’emplacement de l’ancienne Seleuco- Bélus ; Gessr-Chogr, située sur la rive gauche de l’Oronte, a été entièrement ruinée par le tremblement de terre de 1822 ; la caravane passe là sur un pont de pierre qui porte l’empreinte d’une œuvre des lieux temps. A une heure et demie avant d’arriver à Gessr-Chogr , on dépasse les limites du district de Tripoli . Cette seconde journée est de sept heures comme la première. Au troisième jour, la route est en plaine , et cette plaine n’otfre pour toute verdure que quelques bouquets d’oliviers. Après sept heures de marche , la caravane fait halte au village de Rihay situé au pied de monticules de sable qui courent au sud dans la plaine ; des oliviers, des mûriers, des amandiers entourent le village; un khan de pierre reçoit la caravane. Rihame semble occuper l’emplacement du château et de la cité de Rugia, dont il est question dans nos chroniques ; nos vieux auteurs placent Rugia entre Marra et Antioche ; cette indication appuie ma conjecture. Tous n’avez pas oublié que les guerriers de la première croisade s’emparèrent de Rugia , et qu’après la conquête d’Antioche , il se tint à Rugia un conseil des princes de la croix , pour délibérer sur les moyens de satisfaire aux cris de l’armée chrétienne, impatiente de reprendre le chemin de Jérusalem. Rugia est souvent cité dans V Histoire des guerres d’ Antioche, de Gauthier-le-Chancelier. La quatrième journée n’est que de cinq heures; on ya coucher à Sarmin, gros bourg à douze heures d’Alep. Entre Riha et Sarmin s’étendent des campagnes cultivées; on compte dans l’intervalle plusieurs villages, entre autres le village d’Idleb, connu pour être le principal foyer des vices que l’histoire reproche à Sodome. La quatrième journée est de douze heures; il faut aller de Sarmin à Alep; le chemin de cette dernière journée passe à travers une vaste plaine livrée aux Turcomans; à trois heures d’Alep , la caravane rencontre un petit village nommé Khan-Touman. Plusieurs voyageurs ont parlé du village de Martavouan, situé à cinq heures d’Alep, dont les ha'bitans avaient coutume d’offrir leurs femmes à l’étranger, en manière de religion hospitalière. J’ai ouï dire que maintenant ce genre d’hospitalité n’est presque plus en usage à Martavouan.
Au-delà du Liban , et sur la rive droite de l’Oronte , se trouvent
trois villes mentionnées par nos vieux auteurs du moyen âge ; la première, c’est Apamée, appelée aujourd’hui Famié, située au bord d’un lac que traverse l’Oronte ; elle est renommée en Syrie pour ses pâturages. En 1102, tandis que Tancrède gouvernait la principauté d’Antioche, il s’empara d’Apamée , et la bannière de la croix flotta quelque temps sur ses murailles. Hama, l’ancienne Èpiphania, située au midi d’Apamée, sur la route d’Alep à Tripoli, renferme vingt-cinq à trente mille habitans ; la ville a des murailles et un château ; elle dépend du pacha de Damas. Hama n’appartint Jamais à nos latins , pas plus qu’Èmèse, appelée aujourd’hui Hums, située à six heures au sud de Hama. Hems a quinze à seize mille habitans, et dépend aussi du pacha de Damas ; elle a , comme sa voisine , des murailles et un château. Hems est en révolution au moment où je vous écris; l’énormité des impôts a soulevé la population contre le mutselio, et, s’il faut en croire les dernières nouvelles, le mutselin est tombé sous le kangiar des séditieux. Un grand travail de renouvellement ou de ruine se prépare en Syrie ; d’ici à quelques mois de grands mouvemens doivent ébranler le pays. Émèse portait au moyen âge le nom de Camela où Chamele; si Émèse et Hama ne connurent jamais la domination latine , leur repos fut souvent troublé par les incursions de nos croisés. Jacques de Yitry nous apprend que les chrétiens dévastaient souvent leurs territoires et leurs faubourgs, qu’ils dressaient de perpétuelles embûches aux habitans, et les contraignaient à leur payer des tributs. A quelques heures au nord-est d’Apamée , est une ville célèbre dans l’histoire de la première croisade, c’est Marra ; vous avez raconté le siège et la prise de cette place par les princes de la croix; vous avez raconté comment la possession de Marra donna lieu à de graves querelles entre Bohémond et Raymond de Toulouse, et comment le peuple croisé renversa tout à coup la ville pour terminer les contestations des deux princes. Le seigneur Guillaume, évêque d’Orange, mourut à Marra. J’ai vu à xTntaki des chrétiens grecs de Marra ; ils m’ont dit que Marra est aujourd’hui une petite cité de cinq ou sis mille habitans , avec un grand khan , des bazars et des mosquées. A huit heures de Marra , nos croisés possédaient une cité nommée Albar ou Albarie; l’église d’Albar avait été élevée à la dignité de métropole; je n’ai pu parvenir à savoir le nom et l’état actuels de cette dernière ville.
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