LETTRE CLIX
A Bl • BU I
Juin 1831
J'ai déjà nommé dans mes dernières lettres^ le village ou le bourg de Sgorta^ situé à deux heures de Tripoli, à Test; j'ai dit que sa popu* lation était la même que celle d'Éden ; on passe six mois à Sgorta, six mois à Eden; les oliviers et les mûriers couvrent le territoire de
Sgorta y la vigne y croit aussi ; les abricotiers y les orangers et les citronniers abondent ; l'eau ne manque point à cette terre; deux rivières passent par Sgorta^ le nahr Quadicha et le nafar lourti. L'é-^ vêque maronite de Sgorta prend le titre d'évêque d'Ârcas. On ne trouve pas en Syrie beaucoup d'égliio^ aussi belles que celle de Sgorta; à coté du sanctuaire re(k)sent dans leurs sépulcres de marbre ou de pierre^ des prélats maronites et désconsuls de France; on m'a montré le tombeau de M. Alphonse Guys, mort à Tripoli en i8ift, père des consuls actuels de Tripoli et de Beiroùt .-
C'est à. Sgorta que je suis allé passer la journée d'hier, en compagnie de MM. Chailés Guys % notre > vice-consul, Marc Guys, son frère, Rotier, drogmanchancelier, Mazolier, drogman auxiliaire atta-* ché au consulat', et de quelques-uns des principaux chrétiens de Tripoli. Les mousmouchs on abricots de ce pays ne le cèdent point aux abricots de Damas, et ce sont les mousmèuch , maintenant en pleine •
' M. Charles Guys, qui occupait le vice-consulat de Tripoli à Tépoque de mon passage en Syrie , est maintenant consul à Salonique: Notre excellent compatriote avait songé aux intérêts de II science durant son long séjour en Syrien daos mm grand ouvrage qui n'est pmnt encore imprimé et qui mériterait de Tétre» M*.ÇIi^es Guy> a donné la topographie de la Syrie , a fait connaître les diiîérentes nations de ces contrées, les monumens antiques et les souvisniïs' d*hiétoîfe qui Vy rattachent. Notre savant consul possède une va^tâ tt JiKibe colleotkfÉ dei médailles dont un gouvernement, am des arts, aurait ^^^^tj'acquisiliiui., ) , .
raaluricé^4![ui nousavment réunis daosles jardînsde Sgoita. ATant cTarriver ans abrioola ^ A nous a ûrffcc passer pareil éoonne vepas, a la znanièiie arabe ; des pouies ^ de« qoartien de mouton , le pîlsit et le ilroii&é compdsaaent le fiestin; noo»^ nous étîoQsinstallés au pied dea abricoders , et ieuis fruits do*' rës se balancent sor nos tèuts^ L'évéqueUlki^x^*nite^de Sg|orta nous avait fait i'faonnear d'aasîster à la £ète; ce piélat^ ancî^Ei élèip)e da la propagande à Ronse ^ parle le latin et l'italien avec^ mwm fm^-^ reté remarquable ; îi a rapporté de son séjoti^ en Europe beaucoup d'instruction^ beaucoup d'idées raisonnables; c'est un des deux: ou ti*ois pirétres éclairés qoe j'ai rencontrés en Orient. Une tonique Qoir^ 9 un turban noir, des sandales neirea> qui chaussent des pieds mis , tel est le Tètemeiit de l'avèqua; il est impossible de ne pas anmer la douceur de ses paroles, la simplicité de ses manières ^ £on air d'affabilité et de candeur qui n'iexdut ni la digpité ni l'austérité éyangélique ; oefurélat du Liban m'a représenté un de ces rustiques pasteurs du premier âge de l'Église qui portaient uw croix de bois et un cœur divin.
Notre festin de Sgorta a été joyeux et surtaut: très bruyant; im a porté des toasts aux principaux convives 5 l'usage du pays veut que chaque toaist soit suivi d'une chaii^on. Le maronit^ qui 9 ,|art tous les frais du chant ^ passe pour un des meiileuns chanteurs du pays; s.a voix/ forte et sôhoirc, se
soutenait lottg^temps sot lestÈàiesle^^Vk^êleyéts; c'est là le gpanà mérite du ehâtitetnr Pttàhe. PetldoDt kl cbonsoû du toust, pei^sdimd ee imMnge^ et di»[]Qe ooDiriTe tient soa terre à k main ; ^is ta e^aneoii, cxo trinque cH rbraneiiv de orfui à qui 1^ tMst flTâdrâsse. De ttis usageii pmAôVigfMt ïmm^ eoiif trojp les fepwdati» de ^j^i>f fettPyngeÊfr franc^qui assiste k da duieis' {ian»ilÂ>y le« jambes croisées e^ aâsis si» ks talons^ tléârc BaUvrelle-' meut 1» fia de cea sosk^a de baaMqineis.
àfum^ le dîner ^ «ne beuse affanA lettachev du Mieil^ Î6 suis» monté à cheval^ aeocnnpagiié deroiMi inftevfirète Béraut^ d'un msbronite et d'aiè miisiil|xaan'^ e^ jeme^ sui» dirigé vers les)fln|Obta|^es»cbik Liban; ]|>our dbarcber uû teiB|>k dem cm n/avaît pifirlé^ situé à huit Jiieuire^âAj^Debrdt^itt derTopott» ILeS' ombres- de la nuit noua o«A âurfnis ami peiîc iriUage de BioireUj à d»v& heuros' de Sgidrta.^ dans ua valkHi. Comme ee iîiUagj& eaf hdDilé ]piap ifes Diusea^ Bie# guide» «l'onA paa^Yoului leur demander rbpsfiitalitéj» et noost aîvoila couché tu pied d'ua mur jf ajont piHiF Ut lai teirve ivue^ Le leademaiai^ après quaire beures de* marehe à travens' le libanË , nouiî avons, atteint le village de £«r bâti sûoub agréaUe eotoeuî^'ajani à seb piede uo&valIaUiireflÉpli de %uiei»9. d<'oliviers« et do< sapine > et dcmnisé^ à l'ociddea^'^ pas ulie luaute niootagM boisée^ le co^ teau^ le vaUoncA la monrtagne foraMut enseafibfe un p0)^siigie adaoirable. La< poputation db Cir
est musulmane. Les disciples de Mahomet qui vivent dans le Liban se distinguent par . une hu**meur facile^ par un caractère fort doux; là poînt d'exigence , point de despotisme au nom du Prophète. Un musulman n'habite que par faveur les hauts domaines des maronites et des Drilses^ et fût-il chérif et portàt-il le turban vert y il ne s'aviserait pas de coudoyer un chrétien.
J'avais une lettre de recommandation pour le ministre ou l'homme d'afiEaires de l'émir de ce canton^ résidant à Cir ; ce ministre qui est maronite et qui, par privilège, porte le turban blmc, m'a •présenté à son émir dont j'ai reçu Taccueil-Ie plus ifoM. }'ai déjeûné avec du lait et des olivesr^ et j'ai passé une heure assis à côté du prince de Cir> entouré de neuf ou dix soldats qui formaient sa garde > sur une grande terrasse ombragée de brandies de sapins placées en manière de toiture. — Uéûàt musulman m'adressait différentes questions , rxSiià je ne témoignais pas un grand empresseoMM' & . causer avec lui , car l'admirable paysage qui sVien^ dait devant nous absorbait toute mon atteo^on; i'émir s'en apercevant^ m'a demandé si nous avions en France d'aussi beaux vallons ; ce Allah a » fait de belles choses dans ces montagnes > m'a dit n l'émir, et je ne m'étonne pas que vous soyez- venu » du pays des Francs pour jouir de ces merveilles; m Puis, je ne sais à quel propos nous avons parlé de TAngleterre -, l'émir montagnard avair ouï dire que
l'Angle tenre est une île ^6t m'adetnabdé siscmétetidue égalait celle de l'île dfeChypre: Un de ses officiers a voulu savoir si la France est aussi grande que le Liban ; quand je lui ai répondu qu'un homme qui marcherait dix heures par jour n^ettrait près d'un mois à traverser la France dans sa longueur^ alors; l'offîcier ouvrant de grands y eul et levant la tête^ a tiré à plusieurs^ reprises soU-^ épaisse mouisrtachè noire -61 :s^est écrié que lés • Français é'fÀiént" une g^rande nation : Françaouï kéMr, kébit^'ktfry lé Français gi^nd > fi^èi^iird. . i
-J'ai^paj en .parcourant le village de Cir, deux émissaires Au mutsdinv de^lVipoli , vjentls là pôur^ percetoirle miri; les deut officiers inê disaient qtfe< le paiement des contributions n'était pas l'i^ireki' plus simple^ et qu'il leur arrivait d'attendteplus de trois mois avant qu'un village eût soldé son miri Y en attendant que Cir eût compté avec eux /ils' £â-' maient le narguillé sur la terrassé de J'émir^ ou galopaient à cheval dans le vallon , s*exerçant au djétid.
Le prince de Cir nous a donné un de ées gardés' en qualité de guide ^ jusqu'à l'endroit qm était le' but de ma course. De ce viHage au temple que je cherchais^ la distance parait courte; tin oiseau* pourrait d'un seul vol passer d'ua lieu à l'autre; mais telle est l'àpreté des chemins , telles sont les montées qu'il faut grimper, que nous avons marché' deux heures, toujours à pied , pour nous rendre au
sommet de la mcmlBgiïe <hi 9e toîi le momiiiieiit. AucttQ voyageur avant moi tt'affant parié de^Gd écfiâce y vous ne sesez pa» £àehé que j'em fia»e une desciipUoa déiaiUée t Le moiaimeut, ooostmit boè un sol de surCaoe luîe ^ auprè» de la ptoa haate pointe du moai, se noftime eil aiabe lamr de VAmf^ nn, sans doute pavée qu^élant très clenré^ Fédifioe se colora des premièrea lueurs du ma^iLr La toiture a croulé sous la maiu du temps ou soua le aaaitefin da rhomme ^ et les* quatre mui^ sei^ tubaisleat encore. A quelques pas de la. finçadd on ii.aMMifiiil Ift nestiges d'un vesUbule ou 4'un parvia qui nait aa temple. L'édifice a trois porte» sur même £açade ^ la porsedu milieu eH la plais beUe^ ^e pi^Asente environ vingt^iaq pieds de faaÉteiBr aur huit pieds de largeur $ les deux: aulte» porta» .sosit étroites et basses. La porte à gauche dimne unr eacalier constmitett pierred de laîile^ qm m>i conduit an-dessufr du monuments Les piétina dent se compose l'édificeaont d'une dimension peia oa i a niune; quelques-unes n'ont pas moins de ii»f^ deox pieds 4e longueur. L'enaeinble de l'édîfioe est d'une grandeur médiocre» En a^nn^ni dans Ten** •ceinta on trouve ^ à diroite ^ une petite porte cou-' duisaat à une chambre voûtée en pierfies de laiUe« La cliambre^ assez étroite^ ne re^jpit do jour que par la poi:tr d'entrée et par quelques epabrasures pratiquées dans le mur^ à Touest^ semblables aux cttibrasures des tours de guerre. Un triple rang de
larges pierres environne le monument. A coté de rédifice, au notd, j'ai reconnu des restes de côns^ tractions antiques et trois grosses côloniles ëhcbre debout. Une pierre dû mur extérieur qui fait face au septentrion ^ porte Une inscription grecque que je n'ai pu copier^ d'abord parce que la pierre est placée trop haut , isn^uite parce qùè de gi*ands ar-^ bres couvrent de Ifeurs rameaux tôtit Ce côté du mur. J'ai vivement regretté de n'avoir pti recueillit cette inscription précieuse ; elle nous aurait appris sànis doute éh quel siècle et par quel prince ce temple fut bâti. L'édifice porte tous les caractères d'une cohstiiiction rotnaine. La knontàgiië sur laquelle se tjpoùve la touir de V Aurore^ appartient au canton dé Dennié, une des dépendances de Tripoli.
Tel est ce monument (|u'uiie pensée religieuse à placé là y bien loin des terrestres demeui'ès y sur un inont qui maintenant n'est guère coiinu que des aigles et de la foudre. Les hauts lieux furent toujours choisis pour y bâtir des sanctuaires ; parcourez le^ principales montagnes de l'univers, et vous y trouverez des débris de temples ; les hauts sommets furent les pretniers autels. A difféi'ens âgeâ, sôiis des formes et par des cultes différens y la divinité a été adorée sur les cimds de l'Olympe et du TaUrus > de l'Ida et du Gargare , des nionts d'Arabie et du Liban ; que de montagnes en Europe, dtéés par l'histoire, ont Vu filmer l'encens de la piété, ont entendu la voix de la prière ! c'est que les montagnes sont lesi vt. 2^7
marche - pieds du ciel 3 c'est que la divinité entend mi^ux ceux qui se rapprochent ainsi d'elle^ et que l-air des montagnes a quelque chose de sacré qui purifie le cœur. J'aime l'antique pensée qui avait plapé les temples sur les monts^ parce que les autels 4e la divinité doivent cire séparés des impuretés de la terre , il ne faudrait pas que le bruit du monde y que le tumulte des choses humaines pût jan^ais être i^tendu dans les sanctuaires où l'homme veut prier. J'ai à vous parler de trois autres temples situés dus^ cUos le Liban y mais à une distance beaucoup plu5 voisine de Tripoli, M, Marc Guys, frère du yioe^consul, qui parle 'la langue arabe comme un maropite et connaît le Liban aus^ bien qu'un montagnard, a voulu me servir lui-même de guide 4ap3 (ççUe tîourse. Les trois temples se voient à troi3 lieqes de Tripoli ^ dans la direction de l'estsad-est j deux de ces temples apparaissent sur une haute colUqe qui domine le, village grec de Kesba, et ie troisième, à une heure de là, sur une élévation près du village de Psisa. Les deux premiers sont voisins Tun de l'autre ; le plus petit , qui n'a pas vingt pas carrés , conserve^ une partie de ses faurailleSj et ses approches. et son enceinte yse trouvent remplies de corniches, de colonnes, et de piédestaux j j'ai vu dans un côté du mur plusieurs niches , qui sans doute furent autrefois occupées par des statues; à quelque distance du temple^ en face, les restes d'une porte. Le second
temple était entouré d'un grand mur formé d'énormes pierres de taille^ dont l'une a plus de vingt pieds de Jongueur ; on entre dans l'enceinte par une porte d'une consei'Vation parfaite, composée de trois pièces seulement. Le sophite ou* pierre qui règne au-dessus est creux et sa façade est ornée de fiisures ; on remarque comme des degrés taillés le long des deux autres pièces qui soutiennent le sophite. Les débris du temple accumulés dans l'enceinte consistent en pierres, en corniches, piédestaux et colonnes. Les piédestaux et les corniches présentent une grande dimension, et les colonnes, une circonférence énorme. Tous les matériaux employés à la construction de ces deux temples, sont en pierre calcaire, et je n'ai pas i^ncontré un seul fragment de marbre. L'aii* et les pluifô ont jauni ces vieux débris , et l'herbe croît et les plantes fleurissent dans ces enceintes où <l'^ncien6 peuples ont prié. Ces ruines sont connues dans le pays sous le nom de Naous; je présume que ce mot n'est qu'une corruption du mot grec hêoà qui veut dire temple. Les deux édifices sont de cons traction romaine.
Le temple situé près du village de Psisa n'a de remarquable que son portique 3 il est petit, de forme carrée et construit en pierres de taille. On passe d'abord sous une petite porte toute simple et sans ornemens, puis sous une plus grande porte entourée de quatre colonnes d'une seule pièce;
une de ces colonnes est tombée. Des festons et des frisures décorent la (açade de ki grande port«. Tie reste de l'édifice se mêle à des constructions mo^ demes^ car ce temple, aujourdliui entièrement abandonné y fîit pendant long-temps une église dé-^ diée à la Vierge ; le monument est en pierre comme les autres édifices que nous avons visités, lic temple de Psisa est aussi d'origine romaine. Ainsi les légions venues des bords du Tibre avaient marqué leur passage par des monumens consacrés aux dieux ; la conquête s'était faite religieuse pour donner à ses œuvres plus de durée et de grandeur.
Entre les montagnes du Liban et la colline de Psisa, coule une petite rivière nommée Nabr-el^ Assour (la rivière de l'Oiseau) , qui va joindre la rivière de Patron; plusieurs femmes et jeunes filles n'ayant pour tout vêtement que leurs longs cheveux noirs, layaient les unes leur linge et leurs robes, et les autres jouaient bruyamment au milieu des eaux. Toutes se sont levées debout aux bords de la rivière pour nous voir passer, et quand nous nous sommes trouvés à quelques pas d'elles^ ces charmantes baigneuses, ces nausica du Liban ont caché par pudeur leur visage dans leurs mains.
A trois quarts d'heure de Psisa, vers le midi ^ nous avons traversé un bourg appelé Hamioun bâti sur une masse de rochers percés de tombeaux
comme j'en ai beaucoup vu en Syrie. Hamioun occupe probablement la place de quelque antique cité ; ce bourg , arrosé par le Nahr-el-Assour et le Nahr-abou-Ali , possède plusieurs églises grecques dont l'une fut jadis un temple 3 il se tient là un marché de bestiaux , de soie , de laine et de tabac où accourent les populations des environs. Les villages de ce canton sont tous grecs ou mo? toualis.
On rencontre aux environs de Tripoli six monastères grecs qu'il faut mentionner : ceux de Marlacoub^ de Nourié;, de Natour, de Kaftin^ de Guéorguiou et de Belmont ou Belment; La tradition donne au couvent de Belnïent une origine franque 3 elle lui attribue pour fondateur un prince croisé. Ge monastère^ situé au bord de là mer^ à deux heures au sud de TripoK^ ressemble de loin à un fort, et sa couleur blanche le fait servir de reconnaissance aux navires qui viennent vers Tripoli. Dans une de mes précédentes lettres, je vous ai parié des miracles de la Vierge de Seydnai; la Vierge de Belment n'opère pas moins de miracles , et des voix ne manquent pas qui proclament sa^ toute-puissance. Les Grecs de Tripoli ne portent point ailleurs ïeur espérance dans leurs misères ous leurs dangers; ajoutons knême que beaucoup d'entre eux ont plus de confiance en la Vierge de Belment qu'en Dieu lui-même. De tous les traits qu'on m'a cités touchant l'aveugle dévotion des Grecs du
pays à la Vierge de Belment , je n'en rapporterai qu'un seul* Un Grec tripolitain qui remplissait au-^ près du mutselim les fonctions de kiatib y avait été condamné à être pendu ; le consul finançais^ M. Guys^ parvint à le sauver de la potence en le faisant éva* der dans le Liban ^ et le dévot kiatib disait partout qu'il n'avait dû soi^ salut qu'à la Vierge du Bel* ment. Le culte particulier de la Vierge ^ez lesnations chrétiennes d'Orient, n'est pas une dea choses qui frappent le moins le voyageur ; je trouve digne de remarque cette "dévotion qui soumet lesdestinées humaines au pouvoir d'une femme , dans un pays où la femme n'est comptée pour rien. -
Aux environs de Tripoli , il est surtout un point que vous auriez aimé à visiter ^ c'est Arca& qui y lors- ^e la première croisade , vit pendant trois moistoute l'armée chrétienne sous ses murailles. Vous ^vez dit dans votre Histoire comment cette, pl^ce fut attaquée vainement par les croisés^ et comment Ia famine ramena dans le camp des pèlerins les maux qui les avaient désolés autour des mu-railles d'Àntioche* Là périt Anselme de Bibeaumont dont la mort fut entourée de pieuses fables , là pé:rit aussi Pons de Balazun^ chroniqueur dbevalîer, qui, de concert avec Baymond d'Agiles, ch2q)elaia du comte de Toulouse , avait jusque là fidèlement consigné tous les faits de la croisade , et préparait ainsi la première page de cette grande histoire que votre plume; huit siècles plus tard ^ devait raconter
au monde ; là enfin ^ dans cette plaine au pied ^e la colline d^Arcas, Pierre Barthélémy, prêtre dé Marseille , qui avait fini par se laisser convaincre luinnéme de ses propres visions , consentit à subir l'épreuve du feu à laquelle il ne survécut point. Ce fut tin spectacle digne des âges les plus pôétiques^ que celui de quarante mille pèlerins ocd* dentaux rassemblés sur un rivage de la Phénicie autour d'un grand bûcher , pour voir passer à travers les flatiiimes un pailvre prêtre dont les visions avaient trouvé des incrédules j cette lance que beaucoup dé croisés prétendaient alor$ n'être point d'origine merveilleuse , a^ç^àit sauvé leis chrétiens à Àntioche par l'enthousiasme que sa découverte excita dans l'armée, et si la découverte de la lance n'avait rien de merveilleux, l'étoiinante victoire remportée sur le sultan de Mossoul, n'était-elle pas un assez grand miracle ? Le pauvre Barthélémy mourut et fut enseveli dans l'endroit même où il avait subi la terrible épreuve; aujourd'hui vous trouveriez aussi difficilement le tombeau du prêtre que les cendres de son bûcher.
Un petit village appelé Arca a succédé au château de ce nom contemporain des croisades ; une colline isolée que les gens du pays désignent sous le nom deTelArka^ présente au voyageur de nombreux débris de la vieille citadelle ; le Tel Arka se trouve a cinq heures au nord de Tripoli , à trois heures de la mer. A peu de distance du petit village
d'Arca s'élère un bourg nommé Akkar, chef-lieu d'un district y la plaine^ arro^ par le Nahr-Akkar ^ ae courre tous le^ ans de moissons d'oi^e^ de firoment et de maïs ; les bestiaux y paissent en grand nombre. Cest dans le voisinage d'Akkar qu'on trouve le monastère de «fi^aintrOeorges y indiqué cidessus y on m'a parlé d'une foire qui se tient chaque année autour du monastère; les jemies gens de Tripoli s'y portent en foule y çt les bédouins du dé- 9ert viennent y mettre en vente des chevaux et des jumens. J^t-il nécessaire de vous dire qu'aucun.' habitant du pays y pas même l'évêque maronite qui prçnd le titrç d'évêque d'Arcas^ ne savent rien des événemens qui se sont passés dans cette plaine ? Arcas , comité tous les Ueu:^ célèbres de l'Orient , n'a des souvenirs et une histoire que pour le voya-r geur vçnu de pays lointains.