LETTRE CLVIII
VOSITlOXi PRÉCISE SES TAOIS VIIAES ÇUI €OM VOS AlB I
UL MAmnra. - tripou au tbws dbs
UL FOMTAIMB DBS VOISSOWI.
LE TB±SOR D^AXOmU
ifS iijias.
Tripoli, juin 1831.
La ville de Tripoli , entourée de charmans jardins, est bâtie à trois quarts -d'heure de la mer, sur un sol hurnide et malsain. Tripoli, comme l'indique son nom , se composait autrefois de trois
cités fondées chacune par cjes colonies de Tyr, de Sidon et d'Aradus j la première de ces cités s'élevait sur le promontoire à l'orient , où se voient encore quelques maisons mêlées à d'anciens débris ; la seconde^ au bas de ce promontoire^ dans le lieu qu'occupe la ville actuelle ; la troisième, aux bords de la mer , près de ce qu'on appelle maintenant la marine; le voyageur retrouve des vestiges de cette dernière cité , ce sont des restes de murailles et une porte encore debout 5 les gens du pays nomment cet endroit El^Karab (les Ruines). Ce^ ruines ont été comme la carrière d'où les habitans ont tiré des matériaux pour la construction^ de la marine. Aux temps anciens, la cité voisine de la mer surpassait les deux autres en importance ; c'est celle qui existait dans le moyen-âge sous le nom de Tripoli , et qui fut une des conquêtes des croisés. L'emplacement de la cité contemporaine des croisades forme une sorte de péninsule, ce qui a fait dire à un de nos chroniqueurs pèlerins que Tripoli était entourée par les eaux de la mer de trois côtés. Les noms de Ouadi^EUKanaès ( vallée des Eglises ) servent à désigner en arabe le lieu où se trouve bâtie la ville d'aujourd'hui ; une tradition porte que ce lieu, dans le moyen -âge, était particulièrement occupé par des églises , des couvens , des métiers â soie et par différentes manufactures. Voilà des notions positives tout-à-fait ignorées jusqu'à ce jour, et qui peuvent résoudre d'intéressantes questions, vr. a5
La ville actuelle y appelée en arabe Tarabolos y renferme envîron dix -sept mille habitans^ dont trois mille seulement sont chrétiens; ces chrétieDs appartiennent presque tous à- la communion grecque. La population de Tarabolos se divise ainsi : onze ou douze mille musulmans , trois ou. quatre cents Grecs y sept ou huit cents maronites, une centaine de juifs ^ quelques familles européennes. On entre dans Tripoli par douze portes. La ville, d^ourvue de murailles , est défendue par un vieux château qu'habite une garnison albanaise de deux cents hommes. Je trouve l'origine de ce château dans le dixième livre de l'histoire de Guillaume de Tyr. Avant que Tripoli ne tombât au pouvoir des Latins , Raymond , comte de Toulouse , avait fait construire une citadelle sur i me colline en face de la ville, à deux milles de distance; le comte de Toulouse donna à la colline le nom de montagne des Pèlerins. Cette colline et ce château dominent la ville actuelle et sont à deux milles environ de la ville des croisades , ce qui correspond très exactement .au récit de Guillaume de Tyr. Ainsi donc le château de Tripoli , tel que je le vois aujourd'hui , c'est le château des Pèlerins , bâti par le comte de Toulouse. Nous avons eu occasion de parler d'un autre château du même nom, situé entre Caîfa et Tantoura , au bord de la mer. Guillaume de Tyr nous dit que Raymond pouvait , de ce point, susciter chaque jour de nouvelles inquiétudes aux ha-
bilans de Tripoli, à tout le voisinage, et qu'il les forçait même à lui payer des tributs, comme s'il eût été maître de leur vifle. Ce château fut construit en I io3, et c'est là que mourut Raymond de ^ Toulouse, deux ans plus tard. Le comte Raymond trouva la mort en tombant d'un toit élevé, si nous en croyons Aboulféda.
Tripoli est bâtie en pierres de taille; chaque maison a sa terrasse blanchissante sous une couche de chaux. Aucun rempart n'entoure la ville, comme je l'ai déjà dit, mais une ligne circulaire de maisons ^ présente à rextérieûr quelque chose qui ressemble à des murailles* On compte quatorze mosquées, dont la principale, surmontée d'un clocher gothi- que changé en minaret, fut autrefois une église consacrée à saint Jean. Les Grecs possèdent deux sanctuaires, les maronites un seuL Les pères de Terre-Sainte , les lazaristes , les carmes et les capucins, ont chacun leur monastère. Le couvent latin n'est habité que par un seul religieux^ le couvent des capucins par quatre frères ; les deux autres monastères manquent de religieux et servent de demeure, l'un au vice-consul de France, l'autre au drogman chancelier et à un négociant français. Le séraïa n'offre que des ruines depuis trente ans; suivant l'habitude des autorités musulmanes, on n'a pas songé à réparer ce palais , et le mutselim se loge dans une maison particulière. Les rues de Tripoli sont assez propres et presque toutes pavées.
Les kans et les bazars ^ vastes et bien construits j rappellent au voyageur que Tripoli, dans le siède dernier, était, après Seyde, la ville la plus commerçante de la Syrie. A Tripoli , comme en beaucoup d'autres villes d'Orient, les beaux débris de Fanti*» quité ont passé dans les constructions modernes ; c'est ainsi que des fragmens de marbres magnifiques se retrouvent dans les mosquées et les bains publics de Tarabolos. Vous savez tout ce qu'un fleuve apporte d'agrément et de vie à la cité qu'il traverse; le Nahr-Quadicha (le fleuve saint) est l'ame et l'ornement de Tripoli , et c'est par là surtout que cette ville peut mériter son surnom turc de Kq^mchouk-Châniy petite Damas.
Les soieries forment la principale branche de commerce de Tarabolos ; puis viennent la cire ^ la laine, les gales, la soude, et les. éponges dont la pèche a lieu tous les ans depuis le mois de mai jus^ qu'au mois de septembre ; Tripoli envoie en Europe et en Egypte pour la valeur annuelle de quinze ou seize millions de piastres ; les éponges passent' entre les mains des Anglais. L'huile de ce pays n'est pas bonne; le blé qu'on recueille suffît à peine aux b^ soins des hàbitans. U y a ici deux établissemem français, la maison de M. Mounier, pour leqi^el l'honorable M. Rostant de Marseille nous av^dt ternis une lettre de recommandation ; et la maison dç^ M. Lombard. Par un de ces hasards qui plaisent aux voyageurs des pays lointains^ j'ai trouvé, ^ns
cette dernière maison y des compatriotes avec qui j'ai pu causer du vallon paternel ; cette famille provençale e^t originaire du bourg de Marignane^ situé à deux lieues du village de La Pare , où j'eus mon berceau ; enfans de la même vallée ^ nous avons parlé des lieux d'où partent nos premiers souvenirs; j'ai entendu prononcer sur ce rivage de Syrie des noms qui me sont chers , et vous^ dont le cœur aime à s'ouvrir à tous les sentimens tendres , vous me pardonnerez d'avoir prononcé le doux nom de mon village en face du Liban et dans l'antique pays des Phéniciens.
Tarabolos dont les autorités se composent d'un mutselim , d'un cadi et d'un muphti , dépend du pacha d'Acre ; la ville lui paie tous les ans deux mille cinq cents boursds ^ imposition énorme qui suffît pour donner une idée des revenus de la cité. J'ai eu occasion de vous dire qu'à l'époque où Tarabolos était le siège d'un pachalik y le visir avait la mission glorieuse de conduire le djerdi ; c'est ainsi qu'on appelle le convoi de vivres destiné à la caravane de la Mecque , lorsqu'elle est en chemin pour revenir. Le pacha de Tripoli allait à sa rencontre jusqu'à Hedié à mi-chemin de la Mecque; je, crois vous avoir dit que maintenant le mutselim de Tarabolos se borne simplement à faire partir ses kiatib avec le djerdi, tombé à la charge du pacha d'Acre. La juridiction du gouverneur s'étend sur une vingtaine de villages voisins , elle embrasse de
f lus les cantons de Denniéy £Acca dans le Liban ^ de Sophitay de Tortose^ d'El^Kara.
Les musulmans de Tripoli ressemblent beaucoup aux musulmans de Damas ; à différentes époques , ils ont donné des preuves de leur caractère turbulent j vers le niilieudu siècle dernier, ils chassèrent leur pacha parce qu'ils trouvaient son joug trop pesant , et restèrent huit mois sans chef et sans autorité. Avant Tavénement d'Abdallah pacha , Tripoli voyait éclater fréquemment des émeutes ; on se plaignait, on murmurait à tout propos, et les musulmans tripoiitains , fiers de leur turban vert et de leur titre de chérif, ne s'inclinaient que difficilement devant l'autorité des gouverneurs osmanlis. Le pacha d'Acre a établi au milieu d'eux un régime sévère j il traite les turbans verts de Tripoli comme il traite les turbans blancs ou noirs dii reste de son pachalik , et les musulmans de cette ville se montrent maintenant bien moins indociles. Mais cet esprit turbulent n'attend qu'une occasion pour se réveiller. En 1829, le docteur Pariset, que l'étude de la peste avait conduit en Syrie , fisdUit être victime de ce fanatisme. Le médecin français ayant fait déterrer deux cadavres de musulmans pour les soumettre à l'examen, toute la population mahométane de Tarabolos se leva furieuse et menaçante, et votre célèbre ami ne se sauva qu'avec beaucoup de peine.
Jja Scala ou Marine^ appelé en arabe El-Mina,
a trois^quarls d'heure tle Tarabolos, forme unepetite cité de 4;000 habitans> dont les deux tiers sont des chrétiens grecs. J'y ai remarqué beaucoup de maisons nouvellement bâties. La plupart des habitans de la marine vivent dans une sorte d'aisance , provenant du travail ou d'un paisible revenu. On trouve là des bazars pour approvisionner les bateaux et lès petits navires; le mouvement du port occupe et vivifie la cité. Des chantiers sont établis au bord de la mer j il en sort des.caïques et des tartanes. Un mu-^ sulman^ gardien du port ^parcourt sans cesse, un bâton à la main, son humide domaine; il se fait gloire d'aimer les Francs, et dit boun giourno à tous les chapeaux qu'il rencontre. Le fréquent passage dé marins européens a laissé dans sa mémoire quelques mots d'italien, et ce n'est pas chose peu amusante que de le voir porter la benvenuta aux bâtimens qui arrivent.
J'ai vu , le long du rivage de la mer , de distance en distance, sept vieilles tours dont l'origine remonte au moyen-âge, et qui probablement étaient destinées à défendre le port. La première , en partant de la Marine^ s'appelle la tour des Mougrabins ( Bourj-el-Mograbin ) ; une garnison albanaise l'habite ; la seconde , gardée aussi par des soldats ^ se nomme tour de la Marine (Bourj-el-Mina); la troi^ sième, à demi renversée, se nomme tour de l 'Aqueduc (Bourj-el-Kanater) ; la quatrième, c'est la tour d'Amour ( Bourj-el-Tekei ) ; la cinquième, c'est la
tour du Lion (Boui:j-^l-Seba)^ ainsi appelée parce qu'on y voyait jadis un lion en bas-relief; M. Charles Guys a trouvé, au milieu de ses débris , une ndédaille représentant un lion. La sixième tout* se nomme tour de la Rivière (Bourj-el-Nahr); là est l'embouchure de la rivière Quadicha. Je ne sais pas le nom de la septième tour entièrement ruinéel Les documens et les détails positifs que je viens de vous donner sur la ville de Tripoli et la marine» peuvent vous prouver avec quel empressement je recueille tous les faits tant soi peu curieux appartenant aux pays que je parcours. Dans un voyage au milieu de régions mal explorées, le positif des lieux doit passer avant toute çhçse.
Tripoli ne joue aucun rôle dans l'histoire des temps anciens , mais sa place est grande dans les annales, des croisades, et vous ne vous arrêterez point sans plaisir sur cette époque qui est la vôtre. Si nous lisons le récit du passage de nos premiers^ croisés à travers les côtes de Syrie , nous verrons le gouverneur de Tripoli envoyer des députes audevant des princes chrétiens, pour recevoir leurs bannières et les arborer sur la ville en manière de soumission. Le gouverneur offrit aux croisés quinze mille pièces d'or de monnaie sarrasine , des chevaux, des mulets, des vêtemens, de plus, des tributs annuels considérables , à condition qu'ils n'assiégeraient point la cité. Les chevaliers envoyés à Tripoli y dit un chroniqueur^ avaient vu des ri-
chesses royales , un pays abondant eu tqutes çho$es^ une ville très peuplée. Ces paroles de Raymond d^ Agiles nous apprennent quelle était Fimportançe de Tripoli, à l'époque de la première croisade. Pendant le siège d'Arcas, place forte voisine -de Tripoli y le prince de cette ville , informé des Verdies qui avaient éclaté parmi les barons chrétiens , refusa de payer le tribut que les députés croisés étaient venus lui demander, ajoutant à son refus des paroles de défi et d'insulte. Quelques jours après, les Tripolitains ayant accepté le Combat avec les croisés, furent honteusement battus et s'enfermèrent dans leurs murailles. Les pèlerins poursuivirent leur route sans avoir assiégé la ville.
Sous le règne de Beaudoin II, plusieurs fois les armes chrétiennes attaquèrent cette place.* Le comte de Toulouse, qui avait élevé contre elle le château des pèlerins dont je vous parlais tout-àl'heure , troublait son repos par des menaces ou des coups continuels ; après la mort de Hay-, mond, Tripoli eut à soutenir, pendant quatre ans , les agressions de Guillaume Jordan ^ neveu du comte de Toulouse. Puis arriva le fils de Piaymohd, Bertrand , appuyé par une flotte génoise de soixante et dix navires à éperons. Les deux cousins se disputaient la possession de la cité ; Bertrand réclamait l'héritage paternel , et Guillaume Jordan demandait la place comme le prix de longs travaux,.
Sur ces entrefaites , le comte Guillaume mourut percé d'un trait que son rival dirigea peut - être ; toute contestation finit , et la ville , bientôt conquise^ resta au pouvoir de Bertrand. Les Tripolitains avaient appelé vainement à leur secours les puissances musulmanes de la Syrie; ils avaient mis leur dernière espérance dans le calife du Caire , lorsque tout-à-coup un navire égyptien entre dans leur port. Les assiégés s'attendaient à voir débarquer des auxiliaires ; ils ne virent qu'un homme chargé de leur demander , au nom du calife , une esclave d'une beauté rare qui se trouvait dans Tripoli , et du bois d'abricotier propre à fabriquer des luths et d'autres instrumens de musique. Vous avez rapporté ce trait curieux dans votre Histoire. Vous avez raconté aussi comment les latins barbares laissèrent périr^ au milieu des flammes, une bibliothèque de plus de cent mille volumes , trésors littéraires d'Orient que nous devons amèrement regretter. La bibliothèque de Tripoli avait; été formée par la famille d'Ibn-Ammar, qui gouverna longtemps cette ville, et dont le zèle pour les sciences est loué dans les vieilles chroniques orientales. Ce précieux dépôt des connaissances humaines avait fait dire à un auteur arabe du moyen-âge que Tripoli était, à cette époque, une ville remplie de savans.
L'histoire de l'occupation de Tripoli par les Francs, nous offre un intéressant épisode de la vie
de Sady , poète illustre , le plus grand qu'ait enfanté rOriçnt musulman. Sady nous raconte lui-même comment , après avoir parcouru les déserts de Jérusalem où il n'avait vu que des mœurs féroces , il tomba entre les mains des Francs ; le poète fut conduit devant la forteresse de la ville , que les Latins voulaient réparer. L'auteur de Gulistan fut contraint de travailler avec les juifs aux fortifications delà cité^ il fut employé long-temps à faire du mortier , et à le porter comme le plus obscur manœuvre. Un des principaux habitans d'Alep , avec qui Sady avait eu quelque liaison , passa par Tripoli , et le reconnut. « O Moslih-Eddin , lui dit-il^ à quel » état es-tu réduit ! quels événemens ont pu t'ame- » ner là? » — ce Je voulais me dérober à la vue des » hommes 9 réponditlepoète, et je cherchais la soli- »> tude pour n'avoir de commerce qu'avec Dieu, » lorsque je suis tombé dans la captivité : juge » maintenant quel est mon sort, en me voyant oc- » cupé à détremper de la boue, au pouvoir de bri- » gands qui ne méritent pas le nom d'homme 3 juge » de mes douleurs, s'il est vrai qu'il soit plus doux ^ » de vivre avec ses amis, chargé de chaînes, que » de vivre libre et dans un lieu délicieux avec ses » ennemis. »
Le voyageur d'Alep eut pitié des malheurs de Sady ; il le racheta de la servitude des Francs pour dix pièces d'or , et l'emmena à Alep où , peu de temps après , il lui fit épouser sa fille unique avec une dot
de cent pièces d'or. Sady nous apprend que cette femme ^ de mœurs licencieuses , d'un caractère iin-> périeux et violent ^ répandit de l'amertume sur sa vie. Le nom de hriqands , donné par le poète persan aux guerriers croisés^ nous révèle de quelle nature étaient les impressions que la vue des Francs avait laissées dans son esprit; il faut dire aussi que sa captivité (ïevait naturellement l'aigrir contre les Latins ^ .
En 1188 , Saladin fit subir à Tripoli, cité chrétienne , un siège inutile \ deux fois renversée par un tremblement de terre , et plusieurs fois attaquée par les forces musulmanes . elle se releva et se défendit toujours victorieusement. En 1268, lé sultan Bibars passa sur le territoire de Tripoli, comme une violente tempête. Dans une lettre écrite à Bohémond^ le sultan raconta lui-même las ravages qu'il avait faits : « Le comte doit se souvenir, dit Bibars, de notre dernière expédition contre Tripoli , de nos courses au sein de ses campagnes ; il doit se souvenir de. ce que nous y avons £ait^ de la dévastation des terres et des champs ensemencés, de la ruine des habitans ; il sait comment les églises
' On trouve de curieux détails sur Sady et sur ses œuvres poiétiques dans le deuxième volume de VAsie (page 224 et suiv. ), de madame Victçriiie de Cbastenay \ cet ouvrage , composé de quatre volumes , se fait remarquer par un grand esprit d^analyse et d'observation \ la science doit aussi à madame Victorine de Chastenay un livre fort intéressant qui a pour titre : Lei Chevaliers normands.
ont été balayées de dessus la surface de la terre, comment la roue a tourné sur l'emplacement dçs maisons^ comment se sont élievés, sur le rivage de la mer^ des monceaux de cadavres qui ressemblaient à des péninsules ; comment les hommes ont été tués y les enfans réduits en servitude ; comment les gens libres sont devenus esclaves, comment les arbres ont été coupés , de manière qu'il n'en restât que la quantité nécessaire pour le bois de nos machines, lorsque nous retournerons, s'il plaît à Dieu, assiéger ta capitale.^ comment ont été mises au pillage tes richesses et celles de tes sujets, y compris les femmes^ les enfans et les bêtes de somme ; comment ceux de nos soldats qui étaient sans famille , se sont trouvés tout-à-coup avoir femmes et enfans ; comment le pauvre est devenu riche, le serviteur s'est fait servir, et le piéton a eu une monture. Quant à toi , tu voyais tout cela de l'œil d'un homme que la mort a frappé de pâmoison , et lorsque tu entendais une de nos voix, tu t'écriais : Quelle. est terrible!... Tu sais que lorsque nous avons quitté ton pays , il ne s'y trouvait pas de troupeau qui ne marchât devant nous, pas de jeune fille qui ne fut en notre pouvoir, pas de colonne qui ne fût tombée sous les coups de la pioche , pas de champ qui n'eût été moissonné , pas de chose existante dont tu ne fusses privé. Elles ne nous présentaient pas d'obstacles , ces cavernes qui couronnent tes montagnes escarpées , ni ces vallées qui effraient l'imagina-
lion ^ » Ce message du sultan Bibars dut retentir comme la foudre dans le palais de Bohémond à Tripoli ^ jamais la victoire ne s'était exprimée en termes plus éloquens et avec plus d'amertume pour les vaincus.
Enfin , en 1 289, Tripoli succomba après trente-, cinq jours d'un siège terrible, et sept mille chiétiens furent impitoyablement massacrés par les soldats de Kelaoun. J'ai visité, à peu de distance du rivage de ^ la mer, les trois îlots où les chrétiens avaient cherché un refuge, et qui ne purent les protéger contre la ragé des mamelouks vainqueurs ; le principal de ces îlots s'appelait alors l'île de Saint-Nicolas ^ on y voyait une église dédiée à saint Thomas 5 ces rochers se nomment aujourd'hui les îles des lapins et des pigeons. J'ai trouvé^ dans la principale de ces îles, des vestiges d'un édifice qui fut probablement l'église de Saint-Thomas. Les cavaliers mamelouks pouvaient , sans miracle , traverser l'espace qui sépare le continent de ces écueils, car la distance n'est pas grande.
A peu de distance de Tripoli, au sud-est, on trouve le vallon de Mélaoui (dervischerie) ; ce vallon, ainsi nommé parce qu'un derviche y demeure, est traversé par le nahr Quadicha ; il présente comme un bois d'arbres fruitiers qui fait de Mélaoui un délicieux séjour. Un café, entouré de fon- *
ff
* Bibliothèque fies Croisades , lome IV , p. 507 et 508.
taines^ suspendu au penchant du vallon^ attire chaque jour les oisifs de Tnpôli, J'ai savouré le breuvage noir du moka et fumé le narguillé persan sur la terrasse qui domine les eaux du Quadicha, et d'où l'œil parcourt les longs jardins du vallon; dussé-je passer dans votre esprit pour un amateur du far niehte oriental , je vous dirai, qu'on est bien ainsi à Mélaoui, et que l'ame y goûte en silence les calmes et ineffables voluptés de la contemplation.
Ua aqueduc, soutenu par trois arcades, est jeté en manière de pont dans le vallon charmant de Mélaoui ; le nahr Quadicha passe sous l'arcade du milieu. Les gens du pays appellent cet aqueduc V Aqueduc du Prince (Kanater-el-Brens); ce nom conservé par une vieille tradition, et de pïus une croix latine placée en bas-relief sur une des arcades^ me portent à croire que l'aqueduc fut construit par les comtes de Tripoli, au temps des croisades. Raymond d'Agiles, un des vieux chroniqueurs pèlerins , parle d'un acqueduc de Tripoli semblable à une muraille, qui n'était séparé de la mer que par un chemin étroit. A la suite d'un combat entre les croisés et les Sarrasins, cet aqueduc fut souillé du sang des infidèles , et le chroniqueur nous dit d'un ton froidement barbare , que c'était chose délicieuse a voir que le petit ruisseau, de Vaqueduc emportant a la ville les cadai^res mutilés des nobles et des gens du peuple. Evidemment,
l!aqueduc dont parle Raymond d'Agiles n'est point celui de Melaoui^. puisqu'un chemin seul le séparait de la. mer 5 où faut-il donc placer l'aqueduc mentionné par Raymond d'Agiles ? Voici quelle serait là-dessus mon opinion. Parmi les tours les plus voisines du bourg de la Marine, les plus voisines aussi de l'emplacement de la cité du moyenâge, il en est une , comme je l'ai dit plus haut, qui s'appelle encore aujourd'hui tour de l'Aqueduc; ce nom et la position de la tour n'indiquent-ils* pas que de ce côté se trouvait l'ancien acqueduc de Jripoli? -
Le Kanater-el-Brens dont j'attribue la construction aux comtes de Tripoli , reçoit dans un conduit de deux pieds de profondeur un ruisseau rapide venu du village de Sgorta ; le ruisseau de l'aqueduc s'en va à Tripoli par un conduit souter-* rain ; les habitans boivent de cette eau de préférence à celle du nahr Quadicha. L'aqueduc est recouvert d'une verdure rampante. On raconte qu'en 1802, un cavalier maronite des prindpales familles du Liban, poursuivi par les soldats du gouverneur de Tripoli , passa au galop sur Faqueduc du Prince; moi qui n'y ai passé qu'en trem-* blant et pas à pas/ au risque de tomber dans la rivière, j'ai bien de la peine à croire à cette histoire.
J'ai vu dans le vallon de Mélaoui, sur la rive droite du Quadicha, plusieurs grottes habités par
^e pam'pes iaimlleds t'époux / Tépouse^. les f^nfiuii^ «ile/s chèvres logent eni^nable daas la rnêom de^ fi»eure. J'ai coiopté cinq mouUn^ à J^tio^ placés ^wlariyiàreu
Il est çteus. .ainrf&. endroHs au^Oiiiir de -Tripoli 4ent je cU4s ^u$sî vôufit panier^ s^ la. Fontaine 4^Pc>i$fiQii^9r ^^ Jkt Trésor d'Ai^oui^; X^^Fon^iae d^ . PoiifscHi^V si^é6ià troîs^ iqu^r^St-rd'hôifune au ip^çjni de . Xrîpoti ^ est . ^a a^^i^^riiid ^ Jéhussâii d'i9«<i ><ilji|ipe>>re#fi)fi , de>g^^
pfa^sâfimi^ ne 4iQacl^ :et que les musul^iafi^ )f^y èr^nt coiame au^tMh4é>^nt^ ^i ont voulu passejr paf Getleinétamorpbos^; une petite: mosqjuéeâvoisine la fontaine; elle «céI habitée par dss' dervidbes chargés auprès des poissons merveSkiuK: dess^ augustes fo|K^k>ni^de»proTéditeors;.c!estr'fi-di^ qu^ils ieurieuent de ^emps en teinps^ des mî€;ttes de pain.. Ii£) Xrfs^ d'Amour est une grotte^ à un^ demir lieurç de Tf ipoli , renfermant, dit^ap ^^ de .vieu:;^ sen ^uin6 qui ont la vertu de tout attirer vers eux^ et qu'aucun pouvoir humain ne saurait emporter.
I^ habilans ajoutent une foi complète à cette merveille^ et si vous osiez en douter^ j'aurais une douzaiae d'histoires à vous raconter à l'appui du prodige. Ceci me servira de transition naturelle pour vousweutretenir de quekpes croyances superstieuses admises à Tripoli ^ sur toute la côte et dans les montagnes d|i Liban^
Les Arabes musi^^mans et Siurlout les Arabes
chrétiens croient à la magie et aux esprits follets ; lies cbréti'ens ont souvent dans la bouche cx^tte prière : Dieuj sauçet-iiôus des magiciens. Ce sont surtout les djiïïis ou esprits follets qui oocopent l'imagination ara]>e. Les djins habitent les uns sous Wrre y lès autres dans l'espace ; ils foilnent une SOTte de peuple existant sous de^ formes invisiU^ ou palais empruntant la figure d^n homme, d\me iraime, d'Un ttouton / d'un bœuf y d\M chien, d'un t^hat ou de tout autrp aniifijàt^ les phls^' savans dans lé pays assurent pourtant (}ue la*foraie humaine est la forme naturelle des djins. Lés dtpns redoutent le loup; il a le privilège de les dévorer. Les esprits follets ont des chefs et dés rois ; une hiérarchie est établie parmi ce peuple mystérieux. On cite dans l'empire des djins le roi vert, le roi jaune, le roi bleu ; chacun de œs rois jouit d^én pouvoir plus ou moins grand. Ces ciréaturés Êmtaatiqtiés Hé font du mal qu'à ceul dont elles ôQt4i' se plaindre. On peut se lier avec les djins; cepéistè dure toute la vie; l'homme qui contracté -ôiié^ semblable alliance, renonce dès ce moment à toute espèce de religion. On connaît en Syrie des hommes mariés avec des djins femelles; j'ai entendu parler d'un médecin chrétien arabe de Saint-Jean d'Acre, qui a formé une union de ce genre; quand le médecin passe dans les rues, lés petits en-* fans lui courent après en criant : Vmlh le mari de la djin ; la sœur de cet homme a été tuée par une
nurâ inconnue^ pour avoir dévoilé à son coiïfess0iir )^ limsom de son frère avec les esprits. iToutes^ les pips^ces humaines réunies ne sdût rien accolé de go que peuvent les djins ; les uns TOUS transporteront en un clin-d'œil d'on payis k un autre ^ les aiitres s'en iront avec la rapidité du vent chercher pour vous de For dans ^es régioirï^ loii^aines; ceuirlà .déposeront à vos pied^ éèé fruits, rares que vous aurez désirés;, ' attendrirofet en votre faveur le cœur rebelle d'une femme qiïè vous aimerez; ceux-^i déjoueront les projeta dé votre ennemi ou conduiront à bonne fin une affaire difi&cile:que vous leui" aurez confiée. Les e^rit^ follets prédisent l'avenir; p^us tt'uiie' fois ils ont annoncé à des. familles les biens Ist -les matîùt iq[ui leur étaient réservés. Enfin leâ( djiûs j)eUvënt gôù*^ verner à leur gré. la plupart' des cfaôséi dé ià téirrè^ et si peu de chrétiens sont dévotes à lebr chhé' si profitable ^ , c'est que^ lat puissance de t^es ëipîKis leur paraît tenir de celle du démolie ' ^'[
Quelque bons que soient fes' djins/: on n'écbiiXè pomt sans frayeur les histoires débi^ébs^' leuV i^tijët. Ces: histoires excitent plus d'èfi(roi pàtnïi les^ géhi du pays que n'en excitent parmi les . eiffetis ^ éA Europe^ les contes de revenàns dutant les longues veillées d'hiver« Un Arabe ne passerait point la nùft dans une chambre sans lumière ; ne lui rest&t-iï qde deux paras ^ il les emploierait à acheter up peu d'huile et de coton , persuadé que les djins devien-
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nemi lerribles mi sem des léDâMres. U fipHii^ur des femmes se trouvent en graad v»nÀme pdi» ^'tiles parlent entre elles des esprit» fiiUels^ deiii oa:tio?s femmes seules dans un ^j^parlement n'anraicnl pas le courage de prononcer le noa» de djin.
Pour en finir avec les dlpo»^ je yous ca a tuiji deux bisUnres^ dont U premièare a HmtFàîr d'im sooge^ et que je ne répèle quepoos voimdflHBer une idée du merveilleux de ce pays-cà ; ce trait dbrte de trente à quarante ims^ Une aecouefaciiar éeTiâ* poli îul appelée pendant la nuit eoaraie . peur aller assister une femme en travail d'enfiEmt; eHese lève^ part avec Tbomme qui était vem réciaaiier son assistance ^ et la voilà coiMluite dans me maison qu'elle ne connaît paâ. Scsk conducteue ki fût pa;siser dans une s^Ue de bain , pois il disparaît. La sagp-femme restée seule^ eaMndànfctout'^-eoupdes cris eon&is autour d'elle^. frisso^Ae et craind pour son, sort. Bientôt s'ouvre devant cHe un mpfêsfm^ ment magnifique,, éclairé, par beaucoup- defkm^ beaux ; l'appartemenA était occupé par igt«rente fea^mes^ do^t l'une ^^ étendue sur umlit^ aouffirait le^ douleurs del'enfisinlement. Jb'ait^eevcfaeusfrÀ'aper* çiLit aloDS qu'qlle avait à fiûre avec Icadjnia, et résolut dû n'épargner aucuiè soin pour leur être agréable. Après asroir pré&îdé; à renfaMement , ette teignit de noir ^. selon la coutume arabe ^ lea sourcifs et les yeux du nowveauHié^ Ha sag8>4emaie n'ayant pas fait preuve de beaucoupd'adittse' ddns
eeiie dernière epéialien^ une des feosmes qui étaient présenleB ^ Vigiprodifli d'>eUe ^et Jui cverawi' oqH, sous prétœte d'fiMÛrvMilfib teindre de noir «s soumis et âe$ pruneUes* I«« f»aavve,<étrasig^re fiou^ frît>«aa$«e ptoifidrcftegaidant i^B8utteà«6tédj6)if^ elle i^econnut avec surprise la robe d'une couââwir q^i'fdl^ iair<9it à Xripolti; cette 2xd:)0 avait, âenrit de vâteuneol^ à4'aQ&)deft d[^i^ fi^meUes. L'»£ici3a«idiif «t*^ proftt^al; .d'ua ecuirt iralant ômu k» r^^idrdi^i^ djîiis a'^IameH pMot fixés sur idle> se gUssA dras la^ 8»aUe de bwm, psit «ne pineée de ipoudm tougev^ot: i^eigiàil^ à la dérobée^ rextrénûié de la mbeds^at Goùsio^y pour potsvoir s'assufec {dus -tard de Ja réar» lîié de C0 qu'elle a^ait vu> Enfin les ^pcits feUètts >. las de se jouer die la pauvre fetnme^ là reavoyèrènt exi lui pemettaot ^i céeofnpense une cassette pleinede pièces d'or^ cxHnptées devant elle*inénie.Ilendi>e à sa demeuve , racocmcheuse s'empressa d'ouvrir kt> cassette; mais^ hélas! les pièces d'or avaient été changées en oignons. Le lendemain^ étaat allée, visiter &a cousine^ eUe ce vit is^ ivobe qui lui étnil^ apparue dans les scènes merveilleuses délaauitv et reeoAnut la tache rou^e. I^es djins avaient^»*levé la iK3be pour une nuit y et l'^viai^nt reqpportéé- 1^ lendemain à la première aurore. Quanta l'aocouf-' cbe^se, elle v^ut et mourut avé^spn cailicrev^^ et ^ pour eetie Coisj les djina nû Cucent point de^ bons géniies. On mk montré kïp^aJî unipelsArfib^ de lasage-lemMee ;.
La seconde histoire , plus intéressante , plus dramatique ^ s'est passée à Lattaquié (l'ancienne Laodicée)^ pendant que M. Henri Guys y remplissait les fonctions d'agent consulaire ; le héros de Faven* ture était un janissaire où cavasi ^ attaché à son service.
Gç cavasi ^ qui avait coutume de monter la garde à la portedu consulat ^ cédant un soir à de fihdietises impulsicms , alla visiter une belle de Laodicée; dont les moeurs suspectes attiraient depuis cfuelque temps la surveillance de la police du mutselim ; des soldats le surprirent pendant qu'il causait d'amour avec la courtisane ; ils essayèrent de l'entraîner dans le* palais du gouverneur^ mais le cavasi, homme fort et bien armé^ parvint à se débarrasser d'eux et courut auprès de l'agent consulaire pour lui demander aide et protection. M. Henri Guys le rassum en lui disant que sa maison était inviolable et sa-^ ciîée, et qu'il y serait en toute sûreté. Depuis ce* jour le cavasi , effipayé de son aventure , s'arma avec plus ' de soin et doubla s^s moyens de défense ; il chargea de trente - deux ballines une carabine ap-' parténant à Mi Henri Guys ^ et^ sûr de lui-même et de ses armes ^ 'il vcqprit son post-e , son chibôuk et sesi^ diansons à la porte du consulat. Assi^^i'sbn^ bane^ la tête penchée sur la main droite y le cavasi dhtantnkicomniië decoutume , mais de sombres* idées tro^bteûenti soin esfÀ^t^ et^6es yeux lié se fermaient' plus ; il s'était imaginé que le mutselkar atait mis sa
tète à prix.: Un jpw^ dès cris partie du jardin atie-r uant à la ms^son consulaire viennent fpapper ses ore^les 9 et le cavasi croit entendre des assassins. Il prend ses arm^^ .vole au jardin / et son œil épou->^ vanté rencontre un serpent monstrueux qui se roulait sur le gazon. Lecavaisi croit voir dans le monstre un djin qui en veut à ses jours j» et lui lâche un coup de sa carabine chargée de trente-deux balli?', nés. La carabine crève et se met en pièces \ la main du cayasi est emportée et le serpent est partagé ei^ morceaux. ,. It.
M. Henri Gujfs obtint du myitsellm.queJe cavasi pourrait se retirer ea toute sécurité dains une nuuti son que celui*ci possédait à I^ttaq!aié>^pour j/: rei^Or! voir les traitemens convenables y car {le malheuraimj^ avait perdu trois doigts^ et. Jg.se^te df^Ja main, étmtf mutilé. Quoiqu'il eût ainsi.peirdiAla .ippitîéidâ ^ main droite^ le a^\Si^ , pe^^s^% sçt^^^^ écrivait des. vers amoureux à c^^llé jifa' il affkdbu^t^ maiti«esse^ et qui.ne valait pâSfmiM Je wa| ifjrjàis^'éry tait fait pour elle .^ Après sa guénslp^|iliae rendii ta'ici:» baiùs^ selon les habitudes jpausulnianesv Ëofâsor'-'. tant des bains il fut saisi d'ua fiv^id subit ^^eisé» membres se raidirent comme lea^iflembres *du morti^ Le médecin de Lady . Staobopei) iqui^etroovaiiiià'. Lattaquié^ fut appelé àiqpirèB ditt)iialade>t)iiiaioHsesi soins et ses.toBoièdésne seitvfiteûbàiiiéni Lexai^i demanda à ptfflcoriià tm cheik^^yi^KHis» setrez c^^ohl donne le nom de/cheik aux firè^eé)ihiisiib]ban6;> -à.
ceux qQi passent peq^ savane ëkii$ la reBgfon db pK>ph^ 9 aux iiia€n$és> aux oh^- de vHlages et auxohefe àe tribus. Motre xu^as^àrait ttii^qoé Fûs-^ siscafice d^un ehmk êWMtt. Arirvéauprès dvt maladr^^ ,eekii^ luî dit e <i Moii ami ^ ^fous éies en ce itK>* ment «ou« le poids d'un cbàtimeiit -que tou» ai^'^^ nM^riné pour avoir Usé i(p serpent ; 6e eeipetil ti^tfîh autpe ehose cpm "VDtro eniiotni^ il ne ^foUa a[pparte-^ nak pâ$ de t0 détruire vous-môme. MaîBtenâiit pries^ ilUah ^ taisëe^-vous oroitre te ba^ > et voisià obtiendrez votre guérison. »
Le maladf ae* soumit respeettieosementaûi^é^hDe imposé par le cheik; sa barbe croissaît ^ maiB som mai ét9i% toujours le méme^ et le davasi ne qtvttàif poiim son Kt. Pôïrr fournir à tous* ses besoiiis pëti-^dant s« maladie, 'le "pauvre homme avait étéoMfgé de vendre ses armées;: >e!J ite perte de ses pistolets 'h pèUMMéUïe d^àrgedt et ékx bon kanjar qui àvawcrt km^i^enorps bi4|}é à'sa èeififmre, attristait son iSâeiir comdioita perte kie» fidèles amis. Il ne hiiresiail^^ht^ cffgfum couteau 'qo'ii ttvait soigneusement ca^ké^àélie^ son materas^^'et^ee oimteau était là comme* sa d^i»^ miirt défense. Uni jour que le oavast promenàît^aM* doigta à travora ^épaisse barbe qni dé)4 couvMtt 9oiiineaconyiL€pfia|0fiiber uq de ces înseèlwtqiif naisscsiivdelaiMsètié et deb saleté. Cette «o^kil inspirm un tel dégoût 4pifil appela soudain un has*^ hier pour lui ooupecoètte barbe imftntq. Le bacbiei^ £erti^sa.d'iabcardide)^fé^Fsa nUûnjàiie q»t'ii appdait
une impiété ; « Le cheik vous a ordonné de laisser pousser votr^ harb^, disailnil au cavasi^ et hi vous oubliez ses ordres, les djins viendront s'emparer de vous et de moi, qui aurai été votre complice. » Le cavasi saisit le barbier par la gorge et le menaça du couteau s'il tardait encore à le raser. En voyant le malade tirer le couteau de son matelas/ le barbier crut devoir tirer 1^ raisoitr- d^ ^a pinfie , au risque de se trouver ensuite aux prises avec tous les djinâ du monde ; il rasa le cavasi d'une main tremblante et MAIS oTOHe^ncer uiie seule parole^ et s'en alla pâle d'ef£roi. hdB djins iaîfifiàrent far barbier tranquille dans sa boutique, et le malade n'eut point à se plaindre d'eux; au bout d'une semaine, le cavasi fut rendu à la santé, à son poste, à son cfaibouk et ' à ses chansons.