VI. I
et de terreur* Jamais citadelle n'a été placée dans un lieu plus propice à la défense ; nulle part la guerre n'a laissé un plus curieux et plus redoutable monument. L^aga de Banias réside àMarkab^ avec une garnison moitié maronite et moitié musulmane; ne me demandez pas si cette milice montagnarde sait quelque chose des vieux conquérsms qui ont passé par le château-fort dont elle garde ks dâ>ris. Cinq ou six familles habitent autour de la ôtadelle ou dans l'intérieur. Markab occupe le dernier point d'une chaîne de montagnes ; au sud du chateaa la montagne s'abaisse ^ et puis se relevant tout-k-ixHj^, décrit à rhorizon comme un large croissant ; Te»pace compris dans cet abaissement de montagne , est planté d'arbres fruitiers qui forment des jardins. A une heure de Markab y au sud ^ se trouve un assez gros village maronite appelé du nom du château. Au pied de la montagne de Markab est un village grec avec un cheik maronite ; ce village se nomme Besak (pays des limaces).
Encore quatre heures de marche^ et nou& voilà à Djebali, l'ancienne Gabala appelée Gibel ou Gibelet au temps des croisades. De Banias à Djebali y cinq petites rivières ; la première Nahr*el-Jobar^ la seconde Nahr-el-Huchoum ^ la troisième Nahr-el-Sin ou Sir, la quatrième Nahr-el-Malek , la cinquième Narh-el-Dj^ali; le Narh-et-Malek coule auprès d'anciennes ruines qui portent dans le pay» le nom de Baldx> ou Boldo; là fiit sans doute la
cité de Paltos mentionnée par Sirabon ; l^aiphàbet arabe n'ayant point de/?, remplace cette lettré. par le & ; on a dit ainsi Bàido ou Boldo au lieu de Paltos. Ces ruines sont à deux heures au sud de Djebali.
Le bourg de Djebali , peuplé de trois ou quatre mille habitans, presque tous musulmans, est un des endroits les plus pauvres de la cote; son pon ne reçoit que de petits bateaux. Gibelet était une des^ seigneuries du royaume latin fondé par Godefroi. Après avoir jeté un coup-d'œil eut les restes desf murailles de l'ancienne cité et sur tes chambres sé-^ pulcrales pratiquées dans les roi^érs du voisinage , le voyageur donne toute son attention à un théâtre situé au nord de Dje|>aH, up des plus <curieux fno-* numens qu'on puisse voir. Nous savons tous que les anciens théâtres d'Orient sont taillés au penchant des montagnes ou dés collines , et que les peilplês de ces régions ne s^enfermaient point dans des édî-^ fices de pierre pour assister à des représentations dramatiques ; le théâtre de G^baia est construit en pierres de taille. Mundrellquia soigneusement décrit le monument, avait ouï dire aux géi^ dU pays toujours prêts à exagérer , que jadis (èe théàti^e appelé par eux il^Kula (le château) était d'une liaii*' teur telle qu'un cavalier^ au soleil leyant^ aurait pu marcher pendant une heure sous son ombre. La moitié du monument subsiste seule elpK^ore; Mundrell a trouvé trois Cf nts pieds de long à ce qui
reste de Tédifice. Les sièges des spectateurs n'ont point disparu. Des maisons arabes occupent les deux tiers de l'enceinte du théâtre. Quand nos premiers croisés traversèrent Djebali, ce monument n'avait subi peut-être que des dégradationslégères; il n'avait point perdu la beauté majestueuse de son ensemble; quel bonheur pour l'histoire des arts si nos chroniqueurs pèlerins se fussent donné la. peine de tracer une description complète du théâtre I mais^ vous le savez ^ les croisés traversaient l'Orient, s'inquiétant jpeu des chefs-d'oeuvre dé l'architecture antique.
On visite à Djebali la mosquée du sultan Ibrahim^ composée de trois nefs, qui fut au moyen-âge une église chrétienne. J'ignore quel est cet Ibrahim dont il s'agit ici ; les auteurs s'accordent peu làdessus. J'ai entendu parler de legs pieux faits par les sultans de Constantinople à Ja mosquée de Djebali; le tombeau d'Ibrahim placé auprès de la mosquée, est un but de pèlerinage pom* lès disciples du prophète ; ces pèlerinages forment à peu près les seuls rev^enus de Djebali. Un oratoire voisin du tombeau d'IÊrs^im retiferme , selon les uns ^ les cendres de son visir, selon les autres^ leseendres de la sultane sa femme. Un jardin d'orangers ^voisine la mosquée*
De Djebali à Lattaquié, cinq heures de distance;; marquons, pour la géographie de cette côte, à' une heure de Djebali , le Nahr-el-Snobar qui passe près
d'une tour avant de se jeter dans la mer; à deux heures plus au nord^ des chambres sépulcrales taillées dans le roc; une demi-heure après ^ le Nahr-el-Kebir (rivière grande), puis après une autre heure, la ville de Lattaquié dont je vous parlerai d'ici à peu de jours.
Au temps de Strabon , le voyageur rencontrait sur le chemin de Djebali à Lattaquié les cités diHêtacleum et de Posidium; depuis long-temps, les deux cités n'apparaissent plus aux regards, et je n'appellerai point ruines d'Héracleum et de Posidium quelques débris de masures répandues par intervalle sur les rivages de la mer.