‹ Correspondance d'Orient, 1830-1831 (volume 3)Chapitre 32 sur 33 · DE LA LETTRE CLXH · texte numérisé non relu

DE LA LETTRE CLXH

Monims BT wmugaom dbs amabtew», - i.es uauU:LiSH9.

LalUquié , 1834.

J'arrive maintenant à ce qui m'a semblé le plus curieux^ le plus digne d'attention dans le pays de Lattaquié ; j'ai à vous parler des peuplades connues sous le nom à^Ensyriens , de NosaXris , ou d'Ansariens, qui habitent dans les montagnes depuis Tortose jusqu'à Antioche. Les ansariens^ de nature soupçonneuse et sauvage , enfermés dans

leurs montagnes comme dans des forts inaccessibles ou comme dans deh sanctuaires interdits aux profanes, vivent entourés de mystère. Jamais ansarien n'a fait entendre d'imprudentes paroles , car le premier devoir d'un initié c'est de garder le secret , et la violation de ce serment serait suivie d'une mort inévitable. Ce que je vais vous rapporter,* c'est le fruit des conjectures les plus probables, le résultat de longues observations faites par les chrétiens du pays ; c'est surtout ce.que les gens les plus éclairés de la côte ont pu comprendre par la lecture de quelques livres ansariens qu'un heureux hasard a fait tomber entre leurs mains.

Les ansariens sont partagés en cinq sectes :

1^ les chamsié (adorateurs du soleil) ; aP les kamarié (adorateurs de la lune) ; 3° les kadmousié (adorateurs de la femme); 4^ les cheméliéi 5^ les clésié; Volney parle de la secte des kelbié ( adorateurs du chien). Tous ces sectaires forment une population d'environ cent mille âmes; le nombre des' villages qu'ils habitent s'élève à plus de sept cents. Les ansariens du voisinage de Lattaquié appartiennent tous à la secte des chemélié et des klésié ; ils sont moins sauvages et moins inabordables que les ansariens des montagnes. Les kadmousié ont donné leur nom au canton qu'ils habitent ; le chef-lieu dé ce canton s'appelle Kadmous, ancien château situé dans les montagnes. Ce district est composé de dou^e ou quinze villages.

Celle nation a des fêtes qui correspondent aux fêtes chrétiennes. Les chemélié et les klésié célèbrent la Noël, la Pâque, l'Epiphanie, la fête de la Circoncision et la Pentecôte. Les autres sectes ne célèbrent que la fête de Noël. De plus , on retrouve chez ce peuple des solennités musulmanes y. telles que le ed-^lhalyat {Isl fête des douceurs) et le chaaban. Voici quelques cérémonies en usage chez les ansariens, le jour des fêtes chrétiennes. Ce jour-là les travaux cessent, on se pare des plus beaux habits ; les hommes choisissent pour lieu de rendez -vous un des villages qui possèdent un cheik eulm ou prêtre savant. Ils se réunissent dans une maison dont la porte est sévèrement gardée ; l'approche en est défendue aux femmes , aux enfans et aux étrangers. Là chaque homme fait son oraison. Le cheik qui préside à la prière a devant lui un grand vase rempli de vin ; le prêtre boit de ce vin et en offre ensuite à tous les assistans 3 c'est, comme vous voyez, une espèce de communion.

Ceux qui, dans le courant de l'année, pour obtenir des grâces particulières, ont promis des dons, tels qu'un bœuf, un mouton ou une chèvre , apportent ce jour-là l'offrande promise. Après la prière , tous ces animaux sont immolés en manière d'holocaustes ; puis on les fait rôtir , et un grand banquet est préparé pour tout le village , hommes , fetnmes et encans. Des danses, des chants et des cris d'allégresse remplissent le reste de la journée.

Les prêtres ansariens ne mangent que ce qui sort de leur propre demeure ; quand ils ont une route à faire ^ ils emportent avec, eux toutes les provisions 9 car ils n'accepteraient rien de personne, pas même de leul*s plus proches parens. Il y a des sectes dont les cheiks vont jusqu'à s'interdire l'usage èe la pipe. On reconnaît un cheik à l'écritoire qu'il porte à sa ceinture, au turban blanc qu'il arrange sur sa tête d'une manière dis* tinctive. Quand un cheik meurt , les fidèles de sa religion lui élèvent un tombeau et le révèrent comme un saint : pour chaque prêtre qui s'éteint^ . on voit un oratoire de plus dans les montagnes , on compte un saint "de plus dans le ciel. Le jour de la mort d'un cheik, on distribue des aumônes à tous les pauvres.

Les ansariens prient indifféremment debout, assis et même à cheval ; avant la prière , ils font des ablutions comme les musulmans. Les ansariens ne prient qu'avant le lever du soleil, et jamais dans le courant de la journée. Pendant l'oir^ison, l'ansarien se couvre tout entier de'^son manteau, il ne regarde ni à droite ni à gauche; si un chrétien, un nègre , un chameau ou une gazelle venait à passer en ce moment devant lui, sa prière ne serait pas valable; il serait obligé de recommencer les ablutions et la prière. Les premiers mots de l'oraison sont ordinairement des malédictions contre les chré-^ tiens et les Turcs , et contre Aba-Baker et Omar ^

dans le cours x)e sa prière^ Fansarien invoque quelques-uns des saints de notre calendrier. Si un ansa-^ rien se trouve par nécessité au milieu de Turcs ou de chrétiens , il est dispensé de prier , dût-il rester un mois sans remplir ses devoirs religieux.

Lorsqu'une femme met au monde un enùttït, le mari va trouver un cheik^ et lui demande quel nom il donnera au nouveau né. Alors le prêtre ou*^ vre un livre, et, après l'avoir parcouru xm mo-^ ment, dit le nom que doit porter l'enfant; c'est quelquefois le nom d'un saint chrétien, et le plus souvent le nom d'un prophète. Dans leurs rela-* tions avec les musulmans , les ansariens prennent des noms musulmans, tel que Mahomet, Ali, etc. On circoncit les enfans , huit ou dix jours après leur naissance , et cette cérémonie est une fête pour la famille.

Les ansariens kadraousié , ceux qui rendent à la femme un culte particulier, ont upe étrange et odieuse cérémonie qui prouve jusqu'à quelles aberrations l'esprit de l'homme peut descendre. Durant la nuit du premier jour de l'an, les hommes de chaque village s'enferment dans une maison et murmurenr dévotement une prièreà la lueur de quelques flambeaux ; quand la prière est achevée , on éteint les flambeaux, et la porte s'ouvre pour laisser entrer confusément les femmes et les jeunes filles du village. Au milieu de profondes ténèbres^ chaque homme se saisit de la première femme que le ha-

sard lui donné ^ et dans cet affreux désordre peutêtre arrive-t-il que le frère rencontre la sœur et le fils la mère. Cette fête si révoltante se nomme boc-bech (fête d^enipoignement). Je voudrais demander à nos savans s'il ne pourrait pas se faire que boc-bech fût la première étymologîe dé notre mot bamboche ; les langues franques ne manquent pas de mots dérivant des langues orientales^ et peut-être Fétymologie que je risque en passant vous paraîtra-t-elle assez plausible.

Comme les ansariens ont fait de leur religion un secret qu'il importe de garder^ ils ont voulu que leurs femmes restassent étrangères à la connais-^ sance de la doctrine y et c'est pour cela aussi qu'ils n'initient leurs enfans qu'à l'âge de raison. Alors un homme s'empare de l'adolescent et l'entraîne dans des lieux déserts. Là, séparé du bruit et des choses humaines , le jeune homme est instruit dans la science sacrée ^ tous les mystères lui sont dévoilés y on tire devant lui cet épais rideau qui lui dérobait le tabernacle de la vérité, et l'en£sint devenu homme reçoit en dépôt le grand secret. Le jeune ansarien qui jusqu'alors n'avait porté qu'un simple bonnet entouré d'un fichu , est admis à l'honneur de porter le turban et de participer à toutes les cérémonies.

Quoiqu'il se trouve parmi les peuplades ansariennes une secte pour qui la femme est un objet d'adoration, la femme n'est comptée pour rien dans cette

étrange société. Ce n'est pointa la noble et douce compagne de Thomme que les kadmousié rendent hommage; ce qu'ils adorent^ ce n'est point la femme avec ses enivrantes séductions^ Ja femme née d'une pensée d'amour pour aider lliabîtant de la terre à supporter tes maux ; les ansariens adorent simple^ ment en elle l'instrument sacré dont Dieu «e sert pour multiplier les humains. Les femmes ansa-* riennes n'ont aucun devoir religieux à remplir, puisque toute connaissance de la relJigion leur est interdite; leur salut dans la vie è ^enir est une question dont les cheiks ne se sont jamais occupés; elles vivent c(Hnme les animaux grossiers încessam* ment courbés vei*s la terre; pourquoi lèveraientelles les yeux en haut ? les portes du ciel leur ont été fermées.

D'après cela , vous ne serez point étonné d'apprendre que la fidélité conjugale est comptée pour peu de chose au milieu de cette nation ; un mari ne s'inquiète pas beaucoup que sa femme lui soit fidèle ounon^ pourvu toulefoiscpi'il ne la surprenne pas lui-même entre les l^ras d'up autre. Aux yeux d'un ansarien y le commerce avec les femmes est une chose sainte • Les lois du pays ne défendent point la polygamie; un homme peut épouser jusqu'à quatre femmes , mais il ne peut en répudier aucune. La chasteté n'est point une vertu dans l'opinion des ansariens ; cette fleur de virginité, première parure d'un jeune front, charme divin qui

fait tant aimçr Fadolescence, Taimable naïvetéd'une ame qui ne s'ouvre que timidement aux premiers regards du monde, tout cela n'est rien dans ces montagnes.

Les ansariens croient à la magie et à la métempsycose; un homme de cette nation disait qu'il se souvenait d'avoir été tour-à-tour Anglais, chèvre et gazelle.

Les ansariens ayant su que les Anglais ne sont point catholiques, en ont conclu que la nation britannique professait la même religion qu'eux. J'ai vu dans la maison de notre agent consulaire un cheik ansari^n , et comme je lui demandais en souriant quel était son dieu, il m'a répondu d'un ton sérieux : Knsarii^ Ingliz, sa\^, sava (les ansariens et les Anglais c'est tout un). Le même prêtre me demandait pourquoi la France n'envoyait pas une armée en Syrie pour en chasser les musulmans : b Comptez sur les ansariens, ajoutait- » il; écrivez un simple billet d'avis et vous aurez )) vingt mille cavaliersà vos ordres.» Pour comprendre cette énergiqueprotestation contre les Turcs, il faut que vous sachiez que les ansariens, devenus pour tes musulmans un objet de mépris et de haine, gémissent sous le poids d'énormes impôts, sous les coups de perpétuelles vexations ; ils ne viennent à Lattaquié qu'avec un teskeré du gouverneur ; ce sauf-conduit leur est nécessaire pour traverser une ville dont les habitans pourraient leur VI. 3o

faire impunément tout le mal. qu'ils voudraient. En revanche, un musulman qui voyage dan^ un district de ces montagnards, ne doit pas s'attendre à de bons traitemens, et sa vie n'est pas toujours à l'abri du kandjar ansarien.

Une constitution forte , de la régularité dans les traits , un courage peu commun , distinguent lès hommes de cette peuplade ; leurs femmes sont eh général grandes et belles. Cest une race d'un sang pur et généreux comme la race maronite. Si la peuplade ansarienné vivait en paix avec elle-même, si elle pouvait se former en corps de nation bien unie, bien compacte, elle serait invincible dans ses montagnes et facilement elle secouerait le joùg des Turcs. Telle qu'elle eist aujourd'hui^ elle deviendrait redoutable en un moment de révolution. L'invasion égyptienne trouvera dans les ailsariens de rudes ennemis ; malheur aux autorités musulmanes de Lattaquié, quand les cris de la révolte retentiront dans les districts de Kadmous, de Semt-- Koblé, de Méelbé, et de Kardda ! ^

Il y a dix ans que- le grand-iseigneur demanda ati pacha de Saint-Jean d'Acre la tête d^ trente principaux cheiks ansariens ; le visir d-Âcre signifia au mutselim de Lattaquié les intentions du souverain; c'était une terrible commission pour le mutselim * il aurait fallu une armée pour mettre à exécution des ordres pareils. Le gouverneur de Lattaquié coupa court à la difficulté ; il fit venir une vingtaine

de soldats de sa garde et leur dit : a Le sultan y notre maître^ nous demande les trente premières têtes ansariennes ; nous ne pouvons pas songer à mettre la main sur les cheiksj allez, répandez vous dans les campagnes y et coupez la tête des ansariens que vous rencontrerez , jusqu'au nombre de trente. » Et les soldats se répandirent dans les champs voisins de Lattaquié, tirant le iatagan sur d0s ansariens isolés , occupés paisiblement de tus* tiques travaux ; trente têtes tombèrent çà et là dans le territoire^ le mutselim de Lattaquié les expédia comme étant celles des principaux cheiks ansariens, et le grand-seigneur, en recevant ces odieuses dépouilles, s'en applaudit ainsi que d'une bataille rempoï*tée sur l'ennemi. Des atrocités de ce genre ont allumé chez les ansariens de violentes haines qui ne peuvent s'éteindre que dans le sang des Turcs.

D'Herbelot, dans sa Bibliothèque orientale y nous apprend l'origine des ansariens. Le père de leurs doctrine^ fut un vieillard du village de Nàsar, aux environs de Kouffa, que ses jeûnes et;ses austérités faisaient passer pour un saint ^ il avait choisi parmi les gens du peuple douze disciples chargés de répandre sa doctrine ; le gouverneur du lieu , alarmé de ces prédications nouvelles , enferma le vieillard dans une prison. Une jeune fille esclave du ge61Î6r, touchée du sort de l'apôtre, l'ayant délivré une nuit pendant que le geôlier dormait , celui-ci , pour

éviter tout blâme ^ annonça qu^un ange du ciel avait rendu la liberté au vieillard^ et le vieillard raconta le même miracle à ses disciples. Le saint de Nasar y appuyant dès-lors ses doctrines s[ur un prodige, prêcha avec une ardeur nouvelle, et consigna dans un livre les rérités que Dieu lui avait révélées. Le vieillard passa en Syrie , et ses prédications furent sutlout accueillies dans les montagnes de Laodicée et de Tortose. Telle fut Forigine des ansariens. Le vieillard de Nasar vivait à la fin du neuvième siècle de Tère chrétienne. Tous les ànsariens maudissent Mahomet et vénèrent Ali qu'ils surnomment Emir-el-Nàkel (le prince des abeilles) ; c'est de là que leur vient leur grand respect pour les abeilles. Us reconnaissent aussi comme ami de Dieu: Mohammed, fils de Hanéfia , de la race d'Ali. Les ansdriens regardent Jésus -Christ comme un prc^hèle ; ils bénissent sa mémoire comme ils maudissent celle du prophète arabe, et c'est pour cela aussi qu'ils aiment mîeux les chrétiens que les musulmans.

Jacques de Vitry , dans le tableau qu'il fait des différentes nations de la Syrie, parle des ansariens sans les nommer ; les détails qu'il donne touchant cette peuplade peuvent servir à nous faire connaître l'idée qu'on avait de ses doctrines pendant le môyen-àge. « Il y a dans les montagnes, dit le chroniqueur, quelques hommes misérables qui habitent près de la chaîne du Liban et dans le

pajs d€ Tripoli, et qui, bien qu^ils suivent en graade partie la loi de Mahomet, disent qu'ils possèdent de plus une certaine loi occulte qu'il ne leur est permis de révéler à personne, si ce n'est à leurs fils, lorsqu'ils sont parvenus à l'âge de raison, ou bien encore lorsqu'à l'article de la mort, et réduit à la dernière extrémité, un père ne conserve aucun espoir de ^e sauver. Leurs femmes et leurs filles, qui ignorent complètement cette loi, disent cependant qu'elles ont foi en là loi de leurs maris et de leurs pères. S'il arrivait par hasard qu'un fils révélât imprudemment à sa mère le secret decette loi, qu'ils nomment la loi occulte, la femme serait mise à mort par son mari, le fils par son père, sans aucun moyen de rémission. Contre l'usage des autres païens, ceux-ci boivent du vin, mangent de la chair de porc, et sont regardés comme des hérétiques par tous les antres Sarrasins. Comme ils se livrent en secret à des actions honteuses, méchantes, abominables, et contraires aux intérêts des femmes , d'après ce qu^on a ouï dire à ceux qui ont abandonné leur société , ils ont craint que leurs femmes ne voulussent les quitter ou n'eussent un grand mépris poup eux si ' elles venaient à connaître les rites exécrables et les souillures de cette secte infiniment pervertie. »

Tel est le récit de l'évêque de Saint-Jean d'Acre^ j'ai voulu terminer par la citation de ce passage peu connu ce que j'avais à vous dire touchant la

-curieuse peuplade des ansariens. Il est toujours intéressant d'étudier et de suÎTre les races humaines , même au milieu de leurs écarts les plus honteux , des plus déplorables aberrations. Vous avez pu remarquer que les doctrines des ansariens sont un mélange informe de toutes les doctrines d'Orient ; diacune des pages qui composent leur Evangîfe est empruntée à des Évangiles divers , et toutes ces pages sont souillées ou défigurées. Parmi les peujdes d'Asie ^ il en est qui ne sont plus aujour* d'faui que des ruines , et la croyance à leur résurrection politique ne serait qu'un rêve ; il en est d'autres qui n'ont point encore vécu de la vie des nations et qui se sont arrêtés dans la grossière ignorance d'une enfance de plusieurs siècles ; de ce nombre sont les ansariens; qui nous dira leuc future destinée? leur existence ne sera-t-elle ja-^ mais meilleure ? l'avenir ne leur réserve-t-il aucune lumière ? y a-t-il des peuples* condamnés à ne point connaître la vérité ^ semblables à ces nations hyperboréennes^ dont nous parlent les poètes^ qui ne verront jamais le soleil ?

Une peuplade plus célèbre et plus terrible que la peuplade ansarienne y occupait autrefois la partie septentrionale du Liban ; ce sont les Ismaéliehs^ ou Assassins dont le nom se mêle aux événemens des guerres saintes que vous avez racontées. Je trouve à la fin du deuxième volume de votre His^ toire des Croisades , une lettre sur les ismaéliens

qui vous a été écrite par M. Jourdain, enlevé de trop bonne heure aux sciences orientales, et qui résume avec beaucoup de précision et de vérité tout ce qu'on a dit au sujet dès fanatiques Baténiens. La lettre de M. Jourdain nous fait connaître l'origine et les progrès de cette puissance qui eut pour fondateur Hassan, fils de Sabbàh, né dans le Korasan ; elle explique les différentes dénominations BOUS lesquelles les ismaéliens étaient connus dans le monde musulman, et nous donne les principaux traits de leur moeurs et de leur doctrine ^ Quel i'oi que celui dont les sujets couraient à la mort comme à un banquet ou à une fête !

Quelle puissance que celle qui faisait trembler tous les monarques sur leurs trônes , et qui , pendant deux siècles , étendit à travers l'Orient un réseau immense auquel nul homme né pouvait échapper ! Jamais le patriotisme et la vertu n^enfantèrent autant de dévouement et de miracles que le fanatisme des sectaires baténiens.

Les ismaéliens ou ismaélis, qui, au temps dé Guillaume de Tyr , pessédaient dix forteresses dans les montagnes de Tripoli, deLaodicée et de Hamah, et qui étaient au nombre de soixante mille , ne forment plus aujourd'hui qu'une population d'en-

' Od doit aussi à M. Jourdain la traduction d'une histoire de la dynastie des ismaéliens de Perse, par M irkhond. (Voyez le tome IX, page iiS des notions et extraits des manuscrits.)

%iron quatre mille habîtans; ils sont répandus dans une TJngtaine de villages dont Messiad est le chef-lieu ; le château de Messiad est à douze heures à Tocddent de Hamab, à quatorze heures à Tonenf de Tortose. I/annce i Sogfiitune année funeste aux Ismaéliens ; les nosmris ou ansariens pillèrent Messiad , égorgèrent une partie delà population , et les villages voisins ne furent point épargnés ; j'ai oin ^ dire que ^ dans une seule journée y ils firent un butin de plus d'un million de piastres. Bientôt assiégés à leiu* tour par les troupes du goiivemeiu* de Hamah , les ansariens abandonnèrent Messiad^ et les ismaélis rentrèrent dans la p'aee. Le canton de Messiad dépend du pachalik de Damas^ et c'est le mutselim de Hamah qui nomme le chef du canton. Les ismaéliens habitent les monts Ejoulchi, Yarkgu^ Cliâraj qui font partie de la chaîne du Semmac. Le château de Kadmous n'appartient point aux ismaéliens^ comme vous l'a dit M. Jourdain dans sa lettre; la forteresse de Kadmùus est le chef-lieu du district de Kadmousiés, secte ansarienne dont je vous ai parlé ; ce qui a pu induire M. Jourdain en erreur , c'est que la population baténienne est répandue dans les mêmes montagnes que les kadmousiés.

Le chanvre , cette plante dont la décoction produisait des effets si merveilleux sur les sectaires du Ficux de la Moniagète y est encore connue dans le pays sous le nom de Itachis^ Vhvie

par excellence; les sectaires d'Hassan s'appelaient Hachichiny parce qu'ils faisaient usage de cette herbe enivrante y le nom d^ Assassin n'est que la corruption du mot Hachichin. On doit à M. Sylvestre de Sacy la découverte de cette étymologie \ Je ci'ois inutile de rappeler ici les faits historiques du temps des croisades^ où figurent les assassins ; tous ces faits sont consignés dans votre livre. J'ai voulu seulement vous faire connaître l'état présent d\ine peuplade qui a conquis dans l'histoire du moyen-âge une place toute merveilleuse y et qui a troublé le sommeil de plus de princes et de rois que toutes les résolutions ensemble.

' On peut consulter avec fruit le inéHloire 4le M. de Sacy , sur les assassins ei sur r origine de iear nom; on IrouTe aussi dans le quatorzième Volume des Annaies des voyages , un intéressant mémoire de M. Rousseau , ancien consul-général de France à Alep, sur les ismaélis et les nths aïris de Syrie, M. Rousseau a donné la traduction de quelques fragment d'un 'livré arabe, touchant les dogmes et la morale des bmaélis de Syrie ; ce livre provenait des dépouilles du château de Messiad , en 4 809. Il résulte de ces documens que les ismaélis ont à peu près les mêmes croyances et la même morale que les ansariens. Depuis notre retour dX)rient , M. de Hammer a publié un savant ouvrage sur les assassins.

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