LETTRE U
Péra, octobre 4Bao.
J'ÉTUDIE de mon mieux les mœurs de ce peuple, si différent du nôtre , et les physionomies originales des Osmanlis ; je passe une grande partie de mes journées à parcourir la ville, à faire des visites; j'en apprends plus dans une promenade, dans une conversaâbn, que dans beaucoup de gros livres. Je voua montrerai quelques-unes des figures in. I
que je vois tous les jours; je veux les faire passer devant vous, afin que vous ayez une idée du peuple de Stamboul, qui a quelquefois çnvie de devenir un peuple civilisé. Vous verrez que les Turcs tiennent encore à la barbarie pour beaucoup de choses; mais cette barbarie n'a rien de sauvage et de grossier ; souvent même elle a plus de finesse et de bon sens que notre civilisation avancée.
J'ai fait hier une visite à un kodja, professeur turc, qui demeure dans le quartier de la Soliman-eh. Ibrahim-Effendi ( c'est son nom) , est un homme d'une cinquantaine d'années ; il montre dans sa physionomie une douceur pleine de dignité ; le front élevé, le nez aquilin, un teint pâle, m'ont rappelé les Turcs que j'avais vus dans l'Anatolie. Il passe pour avoir plus de philosophie que la plupart des ulémas, ce qui ne l'empêche pas d'être très-attaché à la religion du Prophète, et même à beaucoup de préjugés de sa nation. J'en ai été fort bien accueilli, car il aime les Français. Un fils, qu'il m'a présenté, et qui paraît avoir dix à douze ans, nous a servi le café et la pjpe. Cet usage d'être servi par les enfans de la maison, est assez commun dans les familles turques. En tixe présentant son fils, » le kodja m'a dit qu'il avait le projet de l'envoyer à Paris pour faire ses études. « C'est là , ajoutaitril , qu^on peut acquérir de véritables lumières. » Mais il hésitait encore dans l'exécutH^ de son dessein ; d'aboA'd parce que la mère de l'enfant ne pouvait
se résoudre à s'en séparer; ensuite parce qu'il avait quelque scrupule de faire élever son fils chez les chrétiens. Je n'avais rien à dire sur les craintes d'une mère; quant au second motif de son hésita*^ tion^ je lui ai dit qu'il y avait à Paris un xîollége où une école pour les jeunes musulmans , où iU sont élevésidans leur religion.^ le n'ai pu le rassu-ïrer complètement. Une autre chose l'inquiétait pour soa fils, c'est ce qu'on lui avait dit de notre jeunesse ^ impatiente du présent et dédaigneuse du paisse, (c La vérité, lui dis-je alors, c'est que nous avons en. France une jeunesse qui ne veut plus l'être ; et nous pouvons nous appliquer ce mot d'un ancien : L'année a perdu chez nous son prin^ temps. On a cru que les lumières trompées dans les livres étaient une dispense d'âge pour la raîsô*t^ et qu'avec les doctrines nouvelles, on pouvait, sans passer par les épreuves de la vie, arriver tout à coup aux jours de l'expérience et de la maturité. Ce sont là les illusions naturelles d'une nation et d'uii siècle éclairé ; mais vous n'aurez rien à craindre de tout cela pour votre jeunesse et pour votre pays.» Ma réponse n'a pu dissiper toutes ses craintes. L'idée d'une jeunesse dédaigneuse du passé jetait quelque trouble dans son esprit ; il croyait voir dans ce dédain de- nos jeunes gens une disposition à mépriser les leçons du pouvoir paternel. Pour se faire une idée des inquiétudes du bon kodja, il faut savoir jusqu'à quel point les Turcs portent le
respect pour ceux dont ils ont reçu le jour. Le souverain absolu de la Turquie n'est pas plus respecté dans son empire que le père de famille ne l'est dans sa maison. L'inquiétude paternelle du professeur turc s'accroissait encore par le souvenir d'un vieux père qu'il avait perdu récemment. Il m'a parié, les larmes aux yeux , de cette perte douloureuse. « Ah! que n'est-il encore dans ce monde, s'est- » il écrié; il serait la lumière de ma vie, le flam- » beau de mes actions; il serait pour moi comme » la fontaine d'où découlent les grâces et les bien » faits. S'il était pauvre, il mangerait mon pain, » et ma demeure serait la sienne; s'il était in- » firme et malade, je le servirais comme son es- » clave. » Il prononçait ces paroles touchantes du ton le plus pénétré ; il regardait en même temps son fils , auquel il voulait inspirer ses propres sentimens.
J'ai demandé au kodja ce qu'on enseignait dans les écoles turques : « D'abord le Coran , et cette partie de l'éducation est très-soignée ; car le Coran est chez nous la religion, la loi, et même la société tout entière. — Qu'enseigne- t-on après le Coran? — Un peu de logique, de physique et même de l'astrologie. Il y a une ignorance, a-t-il ajouté, qui s'apprend comme la science elle-même, et cette ignorance apprise ' est quelquefois plus encouragée que les lumières véritables. — Les langues d'Orient n'entrent-elles pas pour beaucoup
dans le système de votre éducation ? — Il n'y a point de softa qui ne consacre plusieurs années de sa jeunesse à Fétude de Farabe et du persan. — Cest fort bien, lui répondis-je; mais Farabe est la langue des patriarches , des pasteurs et des poètes , et non celle de la législation et de la politique. Les» langues orientales, formées dans les temps primitifs du monde, ne sauraient exprimer les progrès d'un civilisation que FOrient n'a jamais connue. Elles portent xl'ailleurs toutes vos pensées vers l'Asie , et vous avouez vous-même que vous avez besoin de chercher ailleurs des lumières et des modèles. » Le professeur turc m'écoutait d'un air distrait et rêveur. En détournant ses pensées de la terre classique de l'islamisme, il croyait abjurer sa religion et sa patrie. Sa raison adoptait les réformes empruntées à FEurope ; mais il avait quelque peine à les arranger avec les doctrines venues de la Mecque, et surtout avec la mémoire de son père enseveli à Scutari. 11 lui semblait que ce père , si chéri et si regretté , souffrait dans sa tombe, et qu'il se plaignait de son fils aux deux anges du sépulcre. Il se rappelait en même temps FexempJe de plusieurs Musulmans élevés en France, en Italie, en Angleterre ; presque tous avaient été proscrits à leur retour, et leur vie avait été remplie de grandes calamités.
« Je vois bien, lui dis-je, que vous n'enverrez
pas votre fils à Paris. — Je ne renonce pas à mon dessein ; mais j'y réfléchirai ; et ce que le destin aura décidé pour mon fils s'accomplira. — Je devine quel sera l'arrêt du destin et quelles seront vos réflexions. Vous penserez que votre fils pourra revenir chez vous avec quelques lumières de plus , mais aussi avec quelques croyances de moins. Cette considération suffit bien sans doute pour vous faire hésiter, et vous resterez entre la Mecque et Paris sans prendre une détermination. » L'honnête kodja ne m'a pas répondu, et la conversation est demeurée là.
I^e Turc que vous venez d'entendre parler, passe pour un des amis de la réforme. Il est au nombre de ceux qui applaudissent le plus à la révolution du sultan Mahmoud. Voilà les Turcs tels qu'ils sont aujourd'hui , placés sans cesse entre les idées de l'Europe et les souvenirs de l'Asie , entre l'espérance d'acquérir nos lumières et Te danger de perdre leurs habitudes. Je vous parle ici des préjugés des honnêtes gens; mais si je vous parlais de ceux du peuple, ce serait bien autre chose. La crainte de se mettre en butte aux opinions populaires retient les plus éclairés. Le gouvernetnent lui-môme ne se croit pas assez fort pour braver les répugnances nationales. Il y a quelques mois que le sultan voulait envoyer à Paris un certain nombre de jeunes Turcs. On avait demaudc une frégate à l'ambassadeur de France j la frégate avait été ac-
cordéç; tout était prêt; mais on a hésité, oii â réfléchi, on a craint^ et personne n'est parti: Tel est encore Fempire de la superstition et de Figno^ rance. Nous voyons tous les jours dans le moiide physique les ténèbres de la nuit se retirer, à l'heure marquée, devant la lumière du soleil. Il n'en est pas de même dans les sociétés humaines , où il ii'y a point d'heure marquée pour l'arrivée du jotïr , où la nuit des préjugés replie lentement ses voiles, et ne se dissipe qu'à force d'épreuves, de secousses et de malheurs.
Que résultera-t-il de ces contradictions , de ces incertitudes qu'on remarque dans les' sentimens et
le caractère d'un peuple qui veut tout à la fois être nouveau et ancien ? On pourrait croire quelquefois que les Turcs s'éloignent de la barbarie ; mais s'àpprochent-ils de la civilisation ? le temps nous l'aj)prendra. Je me rappelle avoir vu dans le Paradis Perdu de Mil ton un tableau des premiers momens de la création, qui ressemble assez à l'état actuel des Ottomans. Le poète nous montre les êtres sortant par degré du néant , la terre s'essay ant à produire des plantes inconnues , des animaux à mbitî'é formés. C'est ainsi qu'oh trouve partout. chez^ les Turcs les images imparfaites d'une création corn*mencée. Un monde nouveau semble appaï^aîfe^e? mais le chaos est encore là, toujours prêt à ressaisir son empire. Voilà bien des comparaisons, mon cher ami , pour vous dire la même chose ; mais
n'oubliez pas que je suis sur la terre classique du s^le figuré^ et que j'habite un pays où la raison elle-même ne va jamais droit ni à un fait ^ ni à un principe, ni à une idée.
En quittant le professeur turc, j'ai dirigé mes pas vers le Fanar : je voulais voir le patriarche grec. J'ai traversé un quartier triste et solitaire, autrefois très-brillant et très -peuplé. Je suis entré dans un assez beau palais, dont les avenues sont désertes. Des papas, qui occupaient l'antichambre et qui font l'office de serviteurs, m'ont introduit dans l'appartement du patriarche. Je me suis trouvé au milieu de dix ou douze évèques grecs assemblés en' synode. Sa sainteté (c'est le titre qu'on lui donne) m'a fait asseoir à côté d'elle, sur un sofa. Le patriarche est un homme d'esprit ^ il a beaucoup voyagé, et sa mémoire s'est enrichie de tout ce qu'il a vu. Il a publié un ouvrage historique et géographique sur le mont Sinaï. On a de lui une assez bonne carte de l'île de Chypre ^ : il vient de donner une description, en grec moderne, de la ville et des antiquités de Constantinople. Avant d'entrer en conversation, il m'a fallu, comme chez les Turcs, prendre le café et fumer le chibouk. Le prélat grec s'exprime en français avec beaucoup de iacilité» 11 m'a d'abord demandé des nouvelles de
' Le bureau topographiqiie du ministère de la guerre vient de recevoir uoe copie de celte carte.
M. de Cbateaubriant ^ qu'il a connu à Alexandrie lorsque notre illustre voyageur revenait de Jérusalem. Sa sainteté a cru devoir me parler et se féliciter avec moi delà conquête d'Alger. C'est aujourd'hui l'événement qui fait Je plus d'honneur à la France dans toutes les contrées- d'Orient. Depuis l'expédition des Français en Egypte, rien n'a remué plus vivement l'esprit des Grecs, des Arabes ^ et des Turcs. L'entretien est tombé ensuite sur la révolution de Paris^ qui a détrôné Charles X. Le patriarche ne concevait pas trop la chute d'une monarchie après une aussi grande victoire ; il s'étonnait qu'un prince qui avait fait trembler l'Afrique pour un coup d'éventail , n'eût pas réussi à venger dans sa capitale d'autres injures , et qu'une andemie monarchie eût succombé en quelques heures comme un homme qui meurt dans un duel.
Depuis quelque temps, il nous arrive chaque jour par la poste deux ou trois révolutions. Tantôt c'est en Belgique, tantôt c'est en Pologne, tantôt en Allemagne et en Italie. On croirait que le monde marche violemment à sa fin. Toutes ces révolutions excitent ici une grande curiosité. Le patriarche m'a fait là-dessus beaucoup de questions, qui exprimaient plus que de Tétonnement^ (( Il y a quelques jours , me disait sa sainteté , que nous admirions l'Europe telle qu'elle était, et voilà qu'on veut en faire une nouvelle. Les sceptres de vos rois, dont nous attendions nos destinées, sont
devenus des jouets d'^nfans , et votre civilisation , que nous prénions pour modèle, ne nous offre plus que l'aspect d'un tremblement de terre. » Au milieu du désordre général, le prélat déplorait surtout le sort de la France et celui dés fils de saint Louis. Ce qui confondait toutes ses idées , c'est que Charles X fut tombé du trône comme un ennemi de la liberté, lui que la Grèc^ appelait son libérateur, et qui venait de renverser la tyrannie dés pirates africains. Le patriarche ne savait que ce qtii s'est passé en Orient j il ne comprenait point tios querelles sur les élections et sur la liberté de la pr^sej il ne savait rien ni sur le centre gauche , ni sut le centré d^it, ni sur la congrégation, ni sur le comité directeur, ni sur le ministère du 8 août, ni sur les detlx cent vingt-un. J'ai tourné et retourné la révolution nouvelle dans tous les iseiis , afin de lui en faire au moins comprendre quelque chose ; mais tout ce que j'ai voulu éclairdr est resté pour lui une énigme. C'est comme si je lui avais parlé de l'origine des vents et de la lumièi*e du mont Thabôr.
Au resté, ne pas comprendre, c'est quelquefois juger. La France du mois de juillet n'est pas jugée autrement chez les étrangers ; dans l'éloignement , on ne voit que les grandes choses, et c'est pour les petites, bien souvent, qu'on ébranle les sociétés. Il n'est pas très sûr, d'ailleurs, que ceux qui ont fait votre dernière révolution aient compris euxmêmes tout ce qu'ils faiiiaient. Comment voulez-
vous jqu'on le comprenne àu-dehors ? Ce qu'il y a de certain^ c'est qu'on ne se doute pas ici de ce qvii a mis tout- à -coup l'Europe en mouvement; et les partis qu'on voit de loin s'agiter, sans qu'on sache trop pourquoi , nous paraissent , passez-moi cette comparaison familière , comme des gens qui danseraient sans les violons.
: Je n'ai point osé demander au patriarche des nouvelles de la Grèce ; je sais qu'il se trouve, à cet égard, dans une situation très -embarrassante. Le gouvernement et les fidèles de la Morée ne reconnaissent point son autorité et ne correspondent point avec lui, même pour les affaires spirituelles. De son côté, il s'applaudit de n'avoir point de rapports avec un pays qui doit être , plus que jamais , odieux à la Porte. Sa suprématie , rieconnue parmi des. peuples qui ont s(ecoué le joug des Turcs , entraînerait pour lui une responsabilité pleine de pé^ rils. La fin tragique d'un de ses derniers prédécesseurs doit être toujours présente à son esprit. Dans son entretien, il ne m'a pas laissé ignorer qu'il est surveillé de près par les disciples du prophète. Chez nous, on met le plus grand prix à publier ses opinions, ici à les cacher.
L'objet principal de ma visite était d'obtenir du patriarche quelques éclaircissemens sur l'ancienne Constantinople. Je l'ai mis sur ce chapitre, et après avoir parlé des ruines qu'entassent de tous côtés les révolutions présentes, nous avons parlé de celles
qu'ont faites les révolutions d'autrefois. J'avais été introduit auprès de lui par un libraire, qui m'avait recommandé, par-dessus toute chose, de ne point parler à sa très-haute Sainteté du livre qu'elle vient de publier sur Bysance. Le libraire pensait , avec raison peut-être, qu'il pouvait y avoir quelque danger pour le patriarche , à se déclarer comme auteur d'un gros livre sur la ville de Stamboul ; car les Turcs n'aiment pas qu'on parle de ce qu'il y a de curieux dans leur pays , et cacheraient volontiers aux étrangers tout ce que leurs cités renferment d'anciennes ruines ; j'ai donc suivi fidèlement l'avis de mon introducteur, mais je n'ai pas tardé à m'apercevoir que ma réserve était au moins foit inutile. J'ai questionné le savant prélat sur l'emplacement des palais de Blaquemes et de Bucoleon, et sur les murailles et les tours de l'ancienne Bysance; il a répondu à mes questions, et comme je lui opposais quelques, doutes , que je lui citais d'autres témoignages que le sien , il m'a répété plusieurs fois qu'il avait fait un livre sur Constantinople , et qu'il connaissait mieux que personne la ville impériale. J'ai reconnu, à ces mots, que le prélat ne se souciait guère de garder l'incognito et de rester caché sous le voile de l'anonyme; je l'ai complimenté , quoique un peu tard , sur son livre , que j'avais acheté la veille; j'étais bien aise de trouver la vanité d'auteur dans ce quartier du Fanar, qui avait été autrefois le quartier de toutes les va-
nités. Je dois, au reste, vous dire que j'ai peu profité de l'ouvrage du patriarche ; quoique ce livre soit digne d'éloges, il n'apprend que peu de choses à ceux qui ont lu les savantes recherches de Pierre Giles , de Ducanges et de Cantemir , ainsi que les relations de Pierre Grelot, de M. Lechevalier, et surtout du voyageur anglais Delawayj j'ai pris congé du patriarche. Comme j'avais le projet de visiter la bibliothèque des Grecs à Jérusalem , j'ai demandé à sa Sainteté une lettre pour l'évéque métropolitain de la ville sainte ; il m'a promis de me l'envoyer , et m'a accompagné jusqu'à la porte, en me recommandant d'aller voir, dans mes courses , son ancien diocèse du mont Sinaî. Après ma visite au patriarche, je suis entré, avec mon guide, chez quelques habitans notables du Fanar : ils sont, en général , plus affables et plus polis que les Grecs qui habitent les autres quartiers de la capitale; j'ai retrouvé, surtout dans la princesse Mo...., à laquelle j'ai été présenté, cet esprit d'aménité, cette grâce dans les manières , qui distinguaient autrefois les premières familles grecques de Constantinople. Elle a éprouvé , dans ces derniers temps j toutes sortes de malheurs , et les a supportés a^ec un courage héroïque ; son mari est exilé depuis dix ans ; elle a perdu la plus grande partie de sa fortune. A force de prudence et de fermeté, elle a survécu au règne de la persécution , et s'est fait respecter des Turcs. Ses enfans ont reçu sous ses yeux et par ses
soins^ l'éducation la plus palfaite; je la comparerais volontiers, si je ne craignais d'être accusé de faire de la poésie , à la mère des Alcyons , qui élève sa £amille en présence de la tempête. Il y a quelques mois que le plus jeune de ses fils;, à peine âgé de douze ans , piaittit pour Vienne en Autriche p tout seul et san^ rien dire à personne. II arriva chez M. le prince de Metternich, qui fiit trèfiy^uifprîs.de voir voyager ainsi uii jeune enfant; il Faiccipeillit avec une grande bonté. « Si vous dé^ sirez >queli:]ue diose > lui dit-il, vous n'av^ qu'à me le demander. Que peut démander, répondit le jeune voyageur, un fils dont le::père- est exilé? » A ces mots , JVL de Metternich Fembrasto et lui promit de solliciter le rappel de son père auprès de la Porte. La princesse Mo...v racontait cet exemple de piété filiale avec l'orgueil naïf d'une mère. Cette femme intâressante a pu regretter quelquefois l'ancienne splendeur de sa famille; mais «'y a-t-il pas plus de gloire à nous offrir le modèle des vertus domestiques y qu'à être saluée princesse des Moldaves ou des Valaques? • i . :• ;
En parqoaraat iès rues du Fanar, j'ai trouvé sur tous les visages un firtr de tristesse , une préoccupation inquiète. Les grandes familles sont dispersées, les plus' belles maisons restent sans habitans. Naguère la jalousie et l'ambition troublaient sans cesse la population choisie du Fanar : maintenant il n'y reste que le deuil , la misère et la crainte ;
j'ai demandé ce qu'étaient devenues ces riches bibliothèques qu'avaient rassemblées quelques -amateurs distingués^ et ce$ réunions savantes où Fon se plaisait à parler la langue d'Homère et àe Platon: Pour toute réponse y On m'a montré deux presses mal entretenues, où s'impriment des circulaires , et une école pour les petits enfans. Tout ce que j'ai vu dans ce quartier si fameux, qui offrit longtemps aux étrangers une image de l'ancienne Bysance, m'a laissé de bien tristes pensées. De toutes les grandeurs du Fanar , il ne restp véritablement que le patriarche grec; encore le succcesseur de Photius m'a-t-il apparu comme ces débris des vieux monumens qu'on vient visiter à Constantinople, comme cette colonne brûlée ^ que j'avais vue la veille entourée de misérables échoppes et parmi les décombres d'un incendie.
Voilà , mon cher ami , bien des visites dans un jour ; je n'en fais pas autant à Paris dans une semaine. Tant de choses me passent sous les yeux , que je n'ai guère le temps de les juger, encore moins de mettre de Tordre dans mon récit. Il faudra vous contenter de mes impressions et de mes surprises exprimées à la hâte ; j'ai visité beaucoup d'autres personnages que je vous ferai connaître. Vous me dites, dans vos lettres, que vous m'avez suivi sur la carte , et que vous êtes comme un de mes compagnons de voyage ; il faut donc que vous m'accompagniez partout où il me plaira d'aller, et que
je vous présente à toutes mes connaissances de ce pays-ci.
Dans une autre lettre , je vous conduirai chez un colonel de la garde impériale^ et chez un des premiers magistrats de l'empire, le mollah d'Eyoub.