LETTRE LV
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Péra, octobre 4 8S0.
Vous m'avez fait pi*omettre, quand je vous ai quitté^ de vous parler des femmes turques ; je ne lés ai vues encore que dans les rues et dans les livres; mais j'en entends beaucoup parler tous les jours ; je vous répéterai ce qu'on en dit à Péra ; je ne vous montrerai peut-être qu'un côté d'un sujet aussi fécond , aussi varié ; un autre correspondant pourrait vous écrire sur le même sujet une lettre plus longue que la mienne , et vous dire des choses toutes difierentes , qui seraient peut-être également vraies ; si un voyageur a dit des Turcs qu'ils étaient un peuple d'antithèses ^ à plus forte raison peut-on
le dire des dames turques. Je vais donc entrer en matière, et je commencerai, comme font les ignorans, par ce qui m'a le plus surpris.
Un Musulman peut épouser jusqu'à quatre femmes; on peut en acheter autant qu'on peut en nourrir, et Mahomet permet de vivre avec les femmes qu'on achète comme avec celles qu'on épouse. On m'a dit qu'on pouvait aussi louer dés femmes pour un temps , et ce genre d'union se contracte devant la loi. La liberté de divorcer quand on veut a fait renoncer à ce dernier moyen ; la corruption légale n'a pas besoin de tous les avantages qu'on lui fait. Que dirait-on en France d'un homme qui aurait plusieurs femmes, et qui entretiendrait en même temps plusieurs maîtresses ou plusieurs esclaves dans sa maison? Nous avons aux galères des gens qui n'ont pas fait la moitié de ce que permet le Coran. Cette pluralité des femmes donne naissance à beaucoup d'abus que je ne signalerai point, à beaucoup de vices que je n'oserais nommer et qui se multiplient tellement qu'ils ne scandalisent plus que les étrangers.
Je n'ai pas besoin de vous dire que les femmes ont rarement la liberté de choisir un époux , et qu'en Turquie il y a peu d'unions que l'amour ait formées; il ne faut pas croire toutefois, comme le disent les voyageurs, qu'on s'épouse toujours sans s'être vu ; la loi religieuse ne l'exige point , et le prophète de la Mecque recommande à ses disciples
de ne point prendre aveuglément les femmes avec lesquelles ils doivent passer leur vie. Il est possible, à la rigueur, qu'on ne se connaisse pas mieux pour cela quand on se marie, comme cela arrive dans notre propre pays ; mais ce qu'il y a de certain , c'est qu^on trouve toujours en Turquie , comme ailleurs , le moyen de se voir, ou d'avoir de bonnes informations avant la cérémonie décisive. Je trouverai peut-être l'occasion de vous parler de la célébration de l'hymen chez les Turcs ; en attendant , vous trouverez dans d'Ohsson ou dans tout autre, ce qu'il importe de savoir sur ce chapitre ; il me suffira de vous dire ici que les époux ne paraissent point aux mosquées ^, et que le prophète de la Mecque n'a pas jugé que le mariage fût une chose assez sérieuse, pour que sa religion dût s'en mêler.
Pénétrons maintenant dans les harems , et voyons comment s'écoulent les journées des dames turques. Elles passent la plus grande partie de leur vie à se peindre les sourcils et les paupières avec le surméfkse faire au visage des mouches noires^ découpées en croissant ou en étoiles, à se teindre les ongles et la paume des mains aveoune argile rou-f geàtre, qu'on appelle kinna. Les momens les plusr heureux d'une femme turque, sont ceux qu'elle emploie à essayer les riches étoffes des tndes , à
' Le contrat d^unlon se fait le plus ordinairement ^devant Timan ou le cadi j mais Timan et le cadi ne font que Tofficft de magistrats.
se parer des plus belles fourrures, à se couvrir d'éclatantes pierreries ; c'est à la quantité de ses bijoux qu'on reconnaît sa félicité; c'est au nombre des diamans achetés pour sa parure , qu'elle juge la tendresse de son mari. Les femmes des harems ne sortent jamais de la maison qu'avec le simple feredjé , le voile de mousseline et les bottines jaunes ou rouges ; elles réservent leurs plus beaux atours pour les pénates , et c'est là qu'on peut les comparer aux lys de l'Écriture, qui ne filent ni ne travaillent, et qui sont vêtus magnifiquement. Xjes dames turques se font des visites entre elles; elles vont aux bains , quelquefois elles se promènent en grabat, ou traversent le Bosphore dans un kaîke élégant ; les plaisirs les plus chers aux Osmanlis y le café, et le chibouck , font aussi les délices des harems; la danse, la musique, les marionnettes , occupent quelquefois les loisirs des belles captives ; on pense bien que les passe-temps ou les joies de la médisance ne leur sont pas inconnus. Etudier L'a-» ve^îr par la nécromancie, consulter les devineresses, chercher le bonheur de plaire dans des ta^lismans ou des philti^es magiques , voilà ce qu'on harem offre d'occupations sérieuses. Quant à l'étude , elle semble interdite aux femmes turques ; jamais la lecture n'a dissipé leurs ennuis , et je ne crois pas qu'il y ait jamais eu dans un harem rien qui pût ressembler à une bibliothèque. L'éducation dfes femmes est en général fort négligée ; la société
ne les élève que pour le plaisir des hommes , et les choses sont arrangées de telle manière qu'un sexe opprimé ne peut jamais^ à l'aide des facultés intellectuelles y ressaisir ou partager l'empire qu'il a perdu. C'est ainsi mie dans l'empire grec on privait quelquefois de. la lumière les princes qu'une ambition jalouse avait détrônés.
Le$ femmes^ traitées de la sorte, sont-elles plus heureuses que celles de notre Europe ? Il me seraitdiffîcile de répondre à cette question : en jugeant les femmes des harems d'après nos habitudes , nous déploronâ leiur sort y il est probable j que de leur coté y les dames turques jugent aussi les femmes chrétiennes d'après leurs idées habituelles , et que tout ce qu'elles en apprennent^ leur donne à la fois une grande surprise et une grande pitié. De tout cela y il faut conclure qu'il n'y a point de bonheur absolu ni en Turquie ni dans la chrétienté , et que pour savoir jusqu'à quel point on peut être heureux dans un autre pays que le nôtre y il faut bien nous garder^ comme nous le faisons trop souvent, .d'en juger d'après nos usages y nos goûts et nos
penchans.
Je ne vous parle ici que des harems des grands ,
que de ceux où beaucoup de femmes se trouvent réunies. Je dois vous dire que la plupart des Turcs, surtout dans le peuple, n'ont qu'une femme; il est rare qu'un artisan ou un marchand ait deux épouses ; lorsqu'il ne se trouve qu'une femme dans la
de l'ancien pays de Médée y cette maîtresse passionnée de Jason , avec laquelle on a fait tant de tragédies. Beaucoup de gens m'ont assuré que dans larévolulîon qui causa la mort de Sélim , ce prince fiit étranglé par les femmes de Moustapha; ce» femmes avaient déjà porté leurs mains homicides sur Mahmoud, qui s'en est ressouvenu et qui les af fait vendre au bazar. .
Si je vous parlais du harem du grand-seigneur, je ne vous dirais que ce que vous savez déjà ; on vante la discipline , Tordre sévère qui règne dans? ce lieu qui pourrait être appelé la pité des femmes. Les odalisques y sont partagées en compagnieii ; chaque compagnie a ses chefs, son uniforme, sa solde, son logement, je dirai presque sa caserne.' On m'assure que, malgré toutes les précautionfs, malgré les murs , les grilles de fer et les gardiens y le grand-seigneur a quelquefois trouvé des infî-^ dèles parmi se$ épouses. Entreprendre de comprimer l'essor des amours défendus , n'est-ce pa^ vouloir donner des fers aux vents? En vain, dit le proverbe turc, la nature enferme le feu dans Fîntérieur d'un caillou , il parvient à sortir de sa retraite ; il en est de même de l'amour emprisonné au sérail.
L'existence et la situation des femmes enfermées dans le harem impérial dépendent beaucoup du caractère et des goûts de chaque sultan. Le harem est quelquefois cilnme un divan , comme un conseil
cher chez ses parens ; elles sont comme le jour et la nuit qu'on ne peut jamais rencontrer ensemble sur le même horizon ; mon voisin a fait ce qu'il a pu pour les mettre d'accord , et n'ayant pu y réussir, il a fini par prendre son parti; il pourrait contraindre ses deux épouses à rester avec lui , mais il aime mieux être délaissé par l'une d'elles , ce qui est un grand scandale pour les Osmanlis y que. d'avoir dans sa maison une guerre perpétuelle.
A travers les occupations et les plaisirs frivoles dans lesquels se prolonge l'enfance des femmes turques, il se rencontre, de temps à autre, des passions fortes, des haines vigoureuses, des carac-r tères indomptables. Je pourrais vous citer la femme du malheureux Ilalet-Effendi. Cette femme, qui ne pouvait souffrir son mari vivant, montra une joie ex-» traordinaire à sa mort; elle immola deux moutons en action de grâce; elle vîht même, avec la foule des curieux , contempler la tête sanglante de son époux ' exposée à la porte du sérail. Des caractères semblables ne «ont-ils pas propres à troubler la paix et la sécurité d'un harem? On m'a cité plusieurs pa-» chas, qui n'entrent qu'en tremblant dans le sanc-T tuaire redoutable de l'hymen ; comme leurs gardes ne peuvent les suivre dans le harem , il n'est pas étonnant que des pressentimens sinistres y troublent quelquefois leur sommeil, y empoisonnent jasqu'à la volupté. Il faut remarquer, à ce sujet, que les plus belles femmes des h^ems [viennent
de l'ancien pay s de Médée , cette maîtresse passionnée de Jason , avec laquelle on a fait tant de tragédies. Beaucoup de gens m'ont assuré <juè dans larévolution qui causa la mort de Sélim , ce prince fiit étranglé par les femmes de Moustapha; ce» femmes avaient déjà porté leurs mains homicides sur Mahmoud, qui s'en est ressouvenu et qui les af fait vendre au bazar.
Si je vous parlais du harem du grand-seigneur, je ne vous dirais que ce que vous savez déjà ; on vante la discipline , Tordre sévère qui règne dans? ce lieu qui pourrait être appelé la pi té des femmes. Les odalisques y sont partagées en compagnies^ ; chaque compagnie a ses chefs, son uniforme, sa solde, son logement-, je dirai presque sa caserne.' On m'assure que, malgré toutes les précautions y malgré les murs , les grilles de fer et les gardiens y le grand-seigneur a quelquefois trouvé des infî-^ dèles parmi se$ épouses. Entreprendre de comprimer l'essor des amours défendus , n'est-ce pa^ vouloir donner des fers aux vents? En vain, dit le proverbe turc, la nature enferme le feu dans l'intérieur d'un caillou , il parvient à sortir de sa retraite ; il en est de même de l'amour emprisonné au sérail.
L'existence et la situation des femmes enfermées dans le harem impérial dépendent beaucoup du caractère et des goûts de chaque sultan. Le harem est quelquefois cilnme un divan , comme un conseil
du prince , où la politique se juge eii dernier ressort; le plus souvent, ce n'est qu'un é^our où le plaisir semble l'affaire principale ; je crois qu'au-^ jourd'hui ce n'est ni le plaisir ni la politique qui animent cette enceinte tristement privilégiée ; là s^écoule la jeunesse des odalisques au milieu de leurs rivalités qui pourraient paraître de l'ambition, au milieu de leurs jalousies, qu'oin pbUrfait pren-^ dre pour de l'amout*; ces vaines ima^gés de la féli-dté ne durent qu'Un moment ^ et dispâraii^seut plus vite encore que là beauté. Bî'aliez pas <ir([îil»è qu'un harem impérial vîeilliéijiô avec lé ^han , eè qui détruirait toUt-à*^ait Tobjét ife ritostitutiori • 9 faut que le harem soit toujours jètine; il tt-est donné qu'aux eunuques , aux femu^es qui ont été mères et à celles qui exercent d'utfles emplois , d^ ressentir impunément le poids de$ annéds. A peitie les belles esclaves; de Circassie ont-elles passé qUdtque temps dans lés jardins enchantée du i^éi^il-, qu'elles doivent qU;îtter cette demeure passagère», pour languir dans quelque palais iiiôonnU , ou pôuk* ^pôwer Un pacha , quelquefois mécM pour êtw- revendues au bazar. 11 n'est point de pays i)ù lés»]^â^ nérations s'écoulent aveic plus de • t&fMAté^ poirit de dté qui change plus fedUVeUt d'bâfeitatft^ j la ^iture est moins prompte^à renouyéle^^ les forniéis du printemps, à remplacer les feuilles des bois et' les fleurs de nos prairies.
La plupart des relations de voyage renferment
quelques épisodes romanesques , quelques aventures galantes où figurent les dames turquiss; les conteurs peuvent ici se mettre à l'aise, car ils n'ont point de contradicteurs; toutefois il faut bien un peu de vérité à leurs récits pour qu'on les croie^ comme il faut un peu d'or à la monnaie du grand* seigneur pour qu'elle circule. Pour moi, depuis que je connais mieux les usages, les lois, les pré^ jugés qui veillent avec les eunuques noirs et blancs à la garde des harems, je ney crois guère que la moitié de ce qu'on dit , et je vous invite à en faire autant pour tout ce que vous diront les voyageurs, La première chose qu'on se demande à Stamboul , c'est de savoir comment l'amour peut y venir; les femmes y sont presque toujours voilées ; elles ne voient les hommes qu'en passant , ne les connaissent point et n'en sont point coniques ; ajoutez à cela que tout ce qu'il 3' a de moral, tput ce qu*il y a de délicat dans les rapports des deux senes , ne peut être parfaitement senti dans un pays où il n'y a que des maîtres et des esclaves. Si on lisait dans un harem la Nouvelle Héloïse, Clarisse Harlotve , ou quelques-uns des romans de :VV^alter-Scot , il est probable qu'on n'y compren- 4rait rien; on ne comprendrait pas davantage la tragédie de Bajazet ou celle de Zaïre.
L'amour est toléré chez les Turcs comme on tolérait le vol à Sparte ; il faut qu'il sache avant tout se dérober à tous les regards. Cette barbarie ja-
louse qui veille de tous côtés y suspend mêine les lois de la politesse entre les deux sexes ; à peine reconnait-on les droits de la nature^ les rapports de la famille ; c'est presque un état de siège pour Pamour et pour tout ce qui ressemble à la galanterie. Une femme musulmane qui s'appuierait sur le bras d'un homme , fût-il son père , son mari , son fils^ ferait crier au scandale ; les patrouilles chargées de l'ordre public ne manqueraient pas d'arrêter une femme qui regarderait un hftmme en jEace ; il y aurait plus de danger à saluer une dame^ turque dans la rue qu'à la dépouiller de ses diamans. Quoique les lois sur l'adultère tombent chaque jour en désuétude ^ elles subsistent néanmoins^ et de temps à autre, elles se montrent ^vec toutes leurs rigueurs, semblables à ces ^owfes ou revenans, qui apparaissent la nuit dans un château abandonné.
Les rendez-vous amoureux se doniiient dans le quartier des Francs , des Grecs ou des Juifs ; \es cimetières paraissent aussi des lieux propices , et l'ombrage des cyprès funèbres a souvent protégé .des amours illicites ; d'autres fois on se rend aux environs de Constantinople , dans des lieux incultes et inhabités que le peuple appelle les Montagnes; les rives du Bosphore offrent plus d'un asile aux amans contre la vigilance de la police , et souvent un Cîxïque arrêté dans une anse solitaire, est devenu la conque de Cypris. U faut ajouter qu'une
aventure galante doit avoir Heu à la clarté du soleil , et qu^ l'infidélité ne peut se couvrir ici des ombres de la nuit ^ car pendant la nuit toutes les maisons sont fermées, et personne ne peut y entrer ni en sortir. Les femmes ont coutume de choisir Fheure de la prière, et c'est la voix du muezzin qui appelle les amans à leur rendez-vous.
Parmi les Osmânlis j le libertinage ou la comip^ tion vient surtout des militaires, par la raison qu'on ïiMe pas trop sévir contre eux , et* que ht •plupart n'ont point de femiùes. Les Fraqcs ou les Grecs qui figurent datis les aventures galantes sont ceut qui, par leur état, peuvent avoir quelque accès dans les harems, tds que les médecins^ les apothicaires^ les marchands de bijoux et d'étofifes ^ on m'a parié d'un jeune pharmacien qui a été obligé de changer trois fois de boutique , à cause des séductions périlleuses auxquelles une jolie figure l'avait exposé. On m'a cité un bocal ( le mot bacal répond à notre mot de'gargotier ), qui a enlevé là femme d'un officier du sérail ; la femme avec ses bijoux, le ravisseur avec son industrie, ont été s'établir à Odessa, où ils ont ouvert une auberge qu'on appelle VAubet^gt turque. Vous pouvez voir, par cette préférence donnée à un bacal , que Pamour est ici comme le grand<-seigneur ou l'ombre de Dieu « qui ne prend pas garde au rang et à la dignité des {personnes pour le choix de ses favoris • Si les femmes turques ne sont {uis libres de choisir
leurs épout^ elles n'ont pas plus la liberté de choisir leurs amans.
Comme les femmes turques ne vont presque ]a^ mais seules , il doit arriver dans les aventures d'a*^ mour ce qui se voit dans nos comédies : ia dame a toujours une ou plusieurs suivantes. Quelquefois une héroïne de roman est accompagnée de sa sœur ou même de sa mère. Si une intrigué ^ante ve« nait à être découverte ^ il ne s'agirait de rien moins^ pour la femme ) que d'être cousue avec des chats dans un sac de cuir ^ et jetée ainsi daiis le Bos^ pfaore ; il est assez simple , d'après cela y qu'on prenne quelques précautions. De son coté , un homme pris en flagrant délit court le risque d'êcrè empalé^ étranglé^ ou forcée si c'est un chrétien, de prendre le turban; raison suffisante pour que les galans se fassent un peu prier, et qu'ils soient tenus à la plus grande discrétion comme les fem^ mes. Aussi ne connatt-on rien d'une aventure qu'elle ne soit finie ^ et quelquefois long-temps après. La chronique scandaleuse tst ici coipme l'histoire, qui ne parle dès évén^emi^qu^-lbons^ qu'ils sont accomplis.
Je ne vous ai point enccM*e dit comment les jeunes Turcs ont coutume d'exprimer leur passion amoureuse. Qui n'a entendu parler du langage des fleurs? Ce langage ne pouvait manquer d'arriver à sa perfection dans un pays oii la plupart des fem^mes ne savent pas écrire. U eniste upe autre m$h
nière de £aire la cour aux belles Musulmanes^ qîii peut-être tous est moins connue; un jeune Osmanli^ en passant sous leurs fenêtres^ porte la main à son cou , comme, pour montrer que sa tête n'est plus à lui ; il se donne de grands coups de yatagan dans les bras et dans les jambes^ pour faire Toir que son sang est prêt à couler pour celle qu'il a choisie. Cette manière d'exprimer son amour devient de jour en jour plus rare^ et je n'en suis pas étonné , car elle n'est guère compatible avec l'humeur indolente des Osmanlis, Des Francs^ qui ont vécu long-temps à Stamboul^ m'ont assuré que la passion de l'amour n'y éclate presque jamais par des actes de violence. Un accident tragique arrivé depuis peu a surpris tout le monde ^ et les Turcs ont. quelque peine à se l'expliquer. Un effendi a tué d'un coup de pistolet une jeune veuve qui avait promis de l'épouser^ et qui en avait épousé un autre; il s'est présenté^ déguisé en femme ^ au milieu des fêtes et des cérémonies du mariage; en «'approchant de la mariée ^ il s'est écrié d'une voix terrible : Malheur h toil Et l'infortunée y frappée d'une balle, est tombée morte* entre les bras de ses parentes et de ses voisines qui étaient venues la visiter. Le meurtrier a été arrêté dans sa fuite^ et le lendemain on a pu voir sa tète exposée dans la rue y tandis que les tristes restes de sa victime étaient lran«portÀi au cltamp des morts. On a remarqua id qu^ l(k violence des aentimens n'y por-
tait jamais au suicide; jamais on n'entend dire à Stamboul que deux amans se sont asphyxiés ou se sont jetés dans le Bosphore ^ à la suite de quelque grand désespoir.
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