‹ Correspondance d'Orient, 1830-1831 (volume 4)Chapitre 9 sur 31 · LETTRE LXIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXIII

iraitmAims et désastheI dss cmoistfui de uoi.

Octobre 1830.

Les pays que je vais parcourir avec vous dans cette lettre , sont ceux que la géographie connaît le moins. Il n'est venu à la pensée d'aucun voyageur de rechercher dans cette partie de FAsie-Mineure les traces des armées de la croix ; nous ne pouvons nous empêcher de regretter encore une fois que ceux qui nous ont précédés ^ n'aient rien fait pour éclaircir la géographie des croisades. Pourtant

ces immenses événemens valaient bien la peine qu'on leur donnât un souvenir , les gigantesques victoires ou les grandes catastrophes de nos phalanges chrétiennes y sont aussi intéressantes , aussi épiques que la marche de Cyrus ou d'Alexandre, de Trajan ou de César. Mais il faut dire que l'histoire du moyen-àge est bien moins connue que l'histoire ancienne ; les croisades sont long-temps restées dans un indifférent oubli avant de trouver en vous leur Tite-Live, et nous sommes les pre-» miers qui traversions l'Orient, escortés de nos vieux chroniqueurs.

Quand les armes chrétiennes eurent délivré le divin sépulcre, une immense multitude de pèlerins entraînés par l'enthouslastne de la conquête ^ passa tout à coup d'Europe en Asie pour aller défendre le nouveau royaume dé Godefroi. Vous n'avez pu consacrer que quelques pages à cette expédition de I loi qui fut un immense désastre 3 je ne craindrai donc point de raconter dans mon itinéraire géographique quelques-uns des principaux faits qui ne sont point entrés dans votre tableau. J'ai avec moi trois chroniqueurs pour me redire cette lamentable histoire , l'abbé Ekeard qui suivait les Allemands., Orderic Vital et' Albert d'Aixj ce dernier est celui dont le récit est le plus complet ^ .

' Guillaume de Tyr parle aussi de cette malheureuse expédition , mais son récit n'est guère que la copie d'Albert d'Aix.

L'expédition dé tioi se partage en trois corps d^armée; iiovtÈ suivrons chacune de ces armées, li'évéque de Milan et le comte Albert avec trente teille Lombards ; Conrad ,• connétable d'Henri III , arec deiix riiflle Teutons ; Etienne , comte de filois, que Ja bon té^ ramenait sous lès drapeaux de la croisade ; Etienne de Bourgogne et d'autres princes partis avec leiu^ troupes des rives occidentales de là Frariée, se donnent rendez-vous dans la cité de Nîcomédîe. Vous avez parlé des désordres et des brigandages qui excitèrent là colère d'Alexis contre lie» Lombards ^ et de leurs attaques coii trie la. ville impériale; ces flots de barbares qut venaient ainsi battre en passant la capitale grecque , devaient inquiéter un empereur qui n'avait que des murailles pour toute force et pour toute défense; aussi^ sans partager iciiés préjugés des^ pèlerins , il est bien permis de croire que Femperënr Alexis ne fut pas trop fâché dés désastres qui tombèrent sur ces grandes troupes d'hotnmes.

La preitaière bande, composée cFenvirén' deux ceht soixante raille pèlerins , ne veut point prendre lé chemia qtfavait suivi Gbdéfroi, et oblige ses chef» à là cbhdtiire à travers les montagnes de la 'PapMàgônié jHmr conquérir te royaume du Korazmi. Là route du sud é^aitla meilïeure et la plus côrinilé ; là route du coté du nord- est devait présenter une longue suite d^obstacles difficiles à vaincre. La troupe cnrêtiéiine , ayant à sa tête Raymoïfd" dç m. i4

Saint-Gilles et cinq cents turcopoles qui lui ser-^ vaient de guides^ arrive après trois semaines de marche à un château que les chroniqueurs appellent Ancras. Dans cet itinéraire de vingt jours, nos vieux auteurs ne citent aucim nom de ville, de château ou de rivière j au premier coup-d'oeil qu'on jette sur une carte de la Turquie , on voit que les pèlerins traversèrent les montagne^ qui dominent Sahandja y et passèrent par les pays de Cheiça , de Terekli et de Torbali ; le château que les chroniques nomment Ancras est probablement Angora (Ancyre) ; vous me direz peut-être que depuis bien <|es siècles Angora n'est pas seulement un château :!^ais une grande ville ; à cela je pourrai vous ré-^ jppndre que nos vieux historiens donnent souvent le nom de château à une cité; j'ajouterai que plusieurs chroniqueurs parlent d! Ancras comme d'une ville, et que d'ailleurs Angora est sm* cette route le seul lieu qui , par sa dénomination et sa position géographique, corresponde au château d'Ancras. Angora se trouve à quatre-vingts lieues environ de Nicomédie ; les caravannes font ce trajet en dix jours ; il en fallait bien vingt à une armée qui traînait avec elle toutes sortes de bagages et une multitude confuse et embarrassante. Le chemin qui va disnik à Angora passe dans des contrées fertiles; aussi AL- . bert d'Aix nous raconte que pendant les trois premières semaines, la marche des croisés fut heureuse ; ils vivaient dans une grande abondance , et

la plupaH des gens du peuple y dit le chroniqueur ] se livroient ci toutes sortes de débauches et iTimpwi'e^ tés. En approchant d'Ancyre; les pèlerins ne remâis quèrent point sans doute les ruiùes de Pessinonte et de Gordium^ répandues sur les rives de. San-» gare^ près de Beybazar et de Nalikân. J'eiaprunté au voyage de M; Félix de BéauJQur une description d'Angora qui pourra vous intéresser : « Angora^ Tandenne Ancyre^ est située au milieu d'une grande plaine autour d'un groupe de petites collines^ dont la plus élevée est occupée par la citadelle, La ville, bâtie autour de la citadelle , çst fermée d'iln dou-^ ble mur^ flanqué de tours, dont quelquesnanes sont terrassées et portent du canon -, mais le m^u;' extérieur est en général mal entretenu et croule sur plusieurs points.. Au milieu de cette double eur ceinte est un labyrinthe de petites rues et quelques restes d'anciens édifices, parmi lesquels on distin-^ gue ceux du temple d'Auguste. Angora peut avoir trente mille habitans , Turqs ou Arméniens , mêlés de quelques juifs. Son territoire est nu et dépouillé d'arbres ^ mais il est très fertile , surtout en pâturages , où l'on nourrit des ciièvres , renommées pour la beauté et le soyeux de leur poil. »

L'armée chrétienne s'empare du château d'Ancre pour le compte de l'empereur grec, et poursuivant sa marche, elle arrive au château de Gargara ou de Gangra que nous retrouvons , au nord-est d'Angora, dans la dénomination moderne de iCton-

hay ; le* noyâgeim ont remarqué^ Kiankaiy ^ suïr^ iiiie i^oche éievée^ d'anciens restes de fortÊfications. Albeist d^AiX' nou^ dit que le château de Gaiigafâ étadl inexpugnable par sa position ^ et que les pélemns^ ne pouvant s'en rendre maîtres ^ rai^gerent tei'récoheset les moissons. . .

n A partirde Qan^«[ y Fkinéraii*^de'k tltM^/d^tétienne deviens plus diffidfe à suîv^ê^ lêslindii^ons de no$ cbroniqtiés s6nt rares et fort incomplètes '^ èf lés -croisés s'avancent' ccmittie è^m ^ne profond nuit. Albert d'Aix^^^ nôtre principal guide ^ se con* tefnte de ilotts' dire que les ehréiietts passhréU'^àb^u^ iii^Bmeht €tef;^0Ht plusieurs vilies ' et phicés fbrtes^ ioàt les noms sont ihàonnus. Gommeht détetinmer tes Téritables' positions géographiques àfvec -dès déiitiées aussi incertaines ? cette manière dé tracer tttt' itinéraire étaif sans doute fort coHïmode- pour te ' chroniqueur , înais nous (Jùi aimerions, à suivre |>as a pas les cbampieiabs de^ la croix, à* marquer^ pour- ainsi dire, toutes les étapes de l'armée cbré^ tiefi^ne^ combien nous regrettons ^'ij ne soitpien resté pour nous aider à reconnaître ks chemins des^ croisés 1 Continuons à suivre pourtant^ avéC^Je secours dé là critiqué et dés conjectures, la mâvdh^ déspélerih*^. • - ^* -

•' I^es croisés vont en avant à^ travei« àes pàysid^ Kahiiès et ét^ montagnes horribles; les Turcs> dàÉis dé fréquentes embuscades , massacrent les trsâM^s, tes malades et la partie faible de l'armée j sept <:ents

XiOmbaild^^ ch«ilgé$ deprotégar rarrière-gar4e^ Venr fuyent làçfaemQiit devant l'ennemi et \abaiido^i;i€^t au glaive musulman une multitude sans àékn^y Ëtieanei due de: Bourgogne ^ avec .cinq.: dents cheS valiers cMiras^és^ $e .présente pour le service; de Tairièr^arde ; .ce jcM)r-tà:rj4rmée ne perd pas uîi: s0ul ho^iioc^ Ijb ec^ te* Raymond > a ^^ tour> iàik sa journée de garde > et malgré. yne ïriïde attaquiez de la part des Turcs , trois péleiiiis $ealem0nt res çoivent la mort* Mais la disette- qui, ^tait aussi ^fk ennemi terrible ^ vint att^aquer V<armé|s ; Tor et l'aiv, gent devinrent inutiles dans un pays où L'on ne trouvait i4en à acheter. Les Provciiçaux qui, d'a-^ près le rapport des chroniqueurs^ étaient le$ pli^ ardens au butin et au^pillage, sepoirtaient en av^^ pour chercher des vivres, et beaucoup ' d'entre eu^ périssaient surpris par les Musulmans. Les hommes, riches et ilkistres , dit Albert d'Aix , quir^ du port, de Civitot et de la yiUe'de Nicomédie, avaient apr^ porté dans leurs <^ariots de la farine , du pain, de& viandes sèches ou du lard, étaient les seuls qui eu^ sent de quoi se nourrir 9 les autres, pressés par la faim , se voyaient forcés pow r^paplir leur estomac, de dévorer Içs feuilles et Ifécorce des arbres ou deis racines de plantes.

Nous retrouvons ici un nom de ville qui peut nous mettre sur les traces des pèlerins ; gc'est une ville qu'Albert d'Aix appelle Con^tamne, Tout ppus porte à croire .qu'il s'agit ici de? CastamoUfi,

ou Castamounij qu'on suppose bâtie sur l'empl cernait de l'ancienne Germaiiicopolis. Ainsi donc les croisés, partant de Gangra , s'étaient dirigés du côté du nord en suivant, dans une distance pïus ou moins prochaine, les rives tortueuses de Fhalys nommé aujourd'hui Jîizi ^--Brmat. Mille hommes de pied avaient trouvé dans les environs de Castamouni de Forge qui n'était pas encore mûre ; l'orçe ftit moissonnée, et les croisés la firent rôtir pour leur nourriture dans un vallon voisin. Les pé^ lerins ramassèrent aussi sur des arbustes de ce désert un fruit amer qu'ils ne connaissaient point et qu'ils firent cuire ,pour apaiser leur faim j un voyageur nous a parlé d'un fruit sauvage assez commun dans ce pays , et qu'on appelle la cfratne faune; cette graine ne serait - elle pas le fruit amer dont il est ici question? La troupe réunie dans cette vallée de Castamouni , trouva une mort misérable ; les Turcs avec des branches d'arbres et de l'herbe sèche, entourèrent de flamme tout le vallon, et les mille pèlerins furent brûlés. L'armée des fidèles du Christ, dît Albert d'Aix, franchit les défilés étroits et difficiles de la Flaganie et descend dans une vaste plaine. Ces défilés peuvent itre ceux de hadj i-hamzeh , qui présentent encore des débris de fortifications, et cette plaine celle d'Osmandjik^ FHalys est guéable dans les défilés de hadji-hamzé. On s'étonne qu'Albert d'Aix ne cite aucun fleuve dans cette partie de son récjt, ca^^

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les croisés ont dû nécessairement passer THalys ; quelques jours avant la bataille générale, trois mille chrétiens sortent du camp , et vont attaquer un fort occupé par les Turcs , et situé dans le territoire de Marash; cette ville de Marash ne seraitelle pas celle qu'on appelle aujourd'hui Marsivan ? Il paraît probable , d'après toutes les indications , que c'est dans la partie occidentale de la plaine d'Osmanjik que se livra cette bataille où tombèrent successivement les troupes de Raymond-de-^Saint^ Gilles, du comte de Blois, du duc de Bourgogne et du connétable Conrad. Le rochef sur lequel s'était réfugié le comte Raymond, pour échapper aux Turcs, appartiendrait aux montagnes de Hadji- Hamzé. Le comte de Saint-Gilles , qui s'enfuit le premier, et tous les autres princes qui abandonnèrent ensuite le camp, ont passé par les défilés de Hadjî-Hamzé pour se rendre à Sinope. C'est un trajet qu'ils pouvaient faire en quatre ou cinq jours. Il est difficile de marquer la place du château de Pulveral qui recueillit d'abord le comte Raymond et sa troupe fugitive ; on ne peut guère en retrouver des traces que dans le bourg de Voïaçat sur la route de Sinope ^

Les Turcs, montés sur des chevaux rapides, poursuivirent les fuyards, et les pèlerins tombèrent

' M. Fontanier , yoyageur distingue , qui a occupé pendant quelque temps lé consulat de Trébizdnde , nous a donné d'utiles renscignemcns pour cette partie de notre travaili

sous leurs coups camm^ les épis sous la fqulx 4u moissonneur. Albert d'Aix parle avec les plus tai-*: nutieux détails du butin que firent les infidèles : « Les Musulmans ^ dit-il , enlevèrent une quantité incalculable d'argent^ que les chrétiens fatig2ué$: abandonnaient sur la route ^ ils prirent aussi d6$. vêtemens moelleux^ des fourrures de.divers^espè-. ces^ de petit-gris^ d'hermine et de maître^ beaucoup de pourpre brodée en or Dans tette dis-.

persion complète d'une grande armée y la t^rre ^t les montagnes étaient tellement jonchées de bysantins d'or et d'argent et de toutes sortes de mon-s^^ naies , que , sur u^e lon^ijeur de plus de trois mîir les y les fuyards et ceux qui les poursuivaient marchaient sur For, sur les pierreries, sur les va-^ses d'argent ou d'or , sur la pourpre admirable et précieuse , sur des vêtemens d'une grande finessre et des étoffes de soie ; de plus , toute la route était arrosée du sang des mourans tt des morts. » il,e chroniqueur s'attendrit d'une manière particulière sur les femmes très nobles , et les tnatrones illustres. que les Musulmans épargnèrent poiir en faire leurs captives ; plus de mille de ces pèlerines furent en* voyées comme un troupeau muet chez des nations barbares j où l'on parle des langues inconnues ; condamnées à un exil perpétuel , elles furent enfermées dans le pays de Khorazan comme dans une prison ou dans un appartonent inaccessible. Ce qui attriste surtout le naïf historien, c'est de voi?* tant de ma-

troues nobles ei délicates lii^rées a des hommes ùn^pies ei horribles qui ont des ionsufes sur lei 4^wuiU^x sur le derrière^ sur la droite et sur la^a^che d», la têUy et de longues mèch^ de cheveux ^uUls n^, coupent jamais et 4fui les fctf^ ressembler a d^s iis^prits noirs et i^monde^. * ^' / - ^f . r^ >

Le comte JSdyqsia^ ^^emb^t qq^^ ii $inf>f]^ 6it;ffK: vint à Çonstantiqiople 2 \^ autres :4é^^$ de l'aNpaiéiS; chrétienoe sa ren^i^^t par terre à ; k • ^le liispériale. Les pèlerins fugitifs J^€n'S^îtfllat;i0s çàt<^ de^ la mer N<;ùre., d^^puis Smope jusqu'^ . Hémeléa y étaient pjrot^çs çôiitye les Tui*cs <J^ lïntérieur du ps^s par une hgute çhahie de montagnes^'qui bojnle la mer; D'ailleurs le pays que traveipsuiefit- les oroi** ses vaincus appartenait à re|]Qf>ereut groe ; ce pï^s^ était défendu par de bpnnes fortdrçsaes', qu'oro voit j&ncore ddbiQUt. - -rr"

Dans k déroute de cette première *ri»éfe',fil pé-; rit plus de 0ent sSQÎsantermillé péljsrins âousile glbive OU' sous ïes flèches dés J^rds. lot 9Gc!onde: «rmée ^ conduite par <îuillaume dé Nevers j «j^èoupci à'!peiBé quelques pages daus ks ch^oiniques; cette troupe française^ composée de quinze ttâllê oomibâftkas et d'une inûimenseinultitude de ferames^^' passe lerfios-. phore^ dresse ses tentes sur le rivage 'asiatique où s'élevait alors une colonne de marbre surmontée d'un bélier d(>ré y et se rend ensuite à Civitot. Le$ péleritis Vont h Angora pour y joindre les Lomterda (Ipot il^ J^norakfii le sort^ et ne [ioUvaal h^Mr^

teindre , ils laissent Aligora sur leur gauche et se dirigent vers la ville que les chroniqueurs appellent Stàncone. Après de longues recherches sur les cartes de TAsie-Mineure et dans les relations des voyageurs, je n'ai pu trouver aucune ville qui puisse correspondre à la position géographique de Stàncone } tout ce que je puis vous dire , c-est que Stàncone ne devait pas être loin de Konteh.

Ce fut dans le voisinage de Stan^ne que commencèrent les malheurs de cette seconde armée ; les Turcs qui huit jours auparavant , avaient détruit bu dispersé les Lombards , tombèrent sur les com^ pagnons de Guillaume de Nevers et donnèrent la mort à un grand nombre d'entre eux. hes pèlerins , après avoir vainement attaqué la forteresse de Stàncone , lèvent leur camp et prennent le chemîn d'une ville nommée Héraclée par les chroniqueurs. Comme les pèlerins suivaient la route du sud et qu'ils songeaient alors à se rapprocher d'Antioche , il me paraît clair que l'Héraclée dont parle ici Albert d'Àix, n'est autre chose que la cité d'Erekli^ placée sur le chemin d'Iconium à Tarsous, Le nom diErekti ou d^Erkli a pu faire croire aux chroniqueurs que cette ville était une des vieilles cités^ grecques qui portaient le nom d'Héracléej il est pourtant certain^ ainsi que l'a remarqué le colonel Leak, qu'il n'y a jamais eu d'Héraclée dans cette partie de l' Asie-Mineure j il y avait là Archalla ou Archélatô ; Erekli a pu être la corruption de ce nom.

Erekli de Caramanie ^ située à trente heures eiiYÎron de Konieh , renferme plùsîetlrs mosquées , des khans et des basars. Les pèlerins de la Mecque passent par Erekli, et ^y arrêtent un jour; la halte des hadji est ici d'obligation , car depuis plusieurs siècles Erekli a été transformée en vakf ou fondatioa pieuse de la Mecque et de Médine.

Les croisés trouvèrent cette cité détruite et abandonnée par les habitans; ils restèrent là pendant trois jours en proie à une soif dévorante j trois cents pèlerins moururent dans cette cité, faute d'un peu d'eau , car les Turcs avaient combïé les puits et les citernes. L'armée de Guillaume de Nevers , déjà accablée par la disette et la soif, fut attaquée par les Musulmans dans une grande vallée voisine d'Héraclée \ il y eut , de part et d'autre , des ruisseaux de sang répandus par le glaive , l'arc et la lance ; maïs bientôt le comte de Nevers et les principaux chefs, ne pouvant résister au nombre, cherchèrent le salut dans la fuite ; le peuple et le gros de l'armée furent anéantis par les Turcs ; sept cents chrétiens purent seuls sauver leur vie en gagnant les forêts et les montagnes j Albert d'Aix ajoute que mille femmes appartenant aux chevaliers du Christ furent emmenées en captivité. Je ne sais où placer cette cité de Germanicopole, où se réfugia le comte de Nevers j c'était évidemment une ville de la Cilicie, puisque le comte Guillaume la rencontra lorsqu'il s'enfuyait vers Antioche : ne serait- ce pas

mrash ? Vous savez que ce prince et ses dérûiem compagnons fugitifs furent dépouillés et mis à nu par des Turcqpoles y et qu'ils arrivèrent à la ville d^ Tancrède^ couverts de misérables haillons..

L'histoire de la troisième armée est plus courte mais non moins lamentable. Cent soixante mille^ pèlerins (Orderic Vital dit trois ceni milie), mar-. chant sous les ordres de Guillaume de Poitier3.^ de Guelfe duc de Bavière j^ et de la comtesse Ida max^. grave d^ Autriche ^ partent de Nicomédie et se ren-. dent à Stancone où d'abord ils rencoptrent la £edn^

et la $pif. En quittant Stanconç ^ ils vont saccager deux \illes musulmanes qu'Albert d'Aix appelle Finimine et Salamie; le nom de Finimine ne serait-v il point Taltération du Philomelium ou Philomenium^ cité mentionnée par Strabon^ et située d^ins, cette partie de la Phiygie appelée Phrygie /mrorée /^ Les voyageurs modernes ont reconnu PhilomeIiun\ dans la cité turque nommée Ilguin , située à hui( ou neuf lieues d'Akcher. Quant à la ville de Salamie, je ne vois guère dans cette direction que La-. d'ik ou Kadoun-^Khan , qui puisse nous la. repré-v senter.

Il y a ici dans la relation d'Albert d'Aix une contradiction que je dois vous faire remarquer, parce qu'elle jette de l'obscurité sur les derniers çvénemens de Tejqpédition chrétienne; en parlant de 1^ troupe du comte de Nevers, le chroniqueur dît qu'elle ne trouva pas une goutte d'eau à Héracléçf

(Erèkii), et que des Jpélerîns montés sur une roche élevées ne purent découvrir un peu d'eau pourétahcherleur soifj quelques pages plus loin, le même chi'oniqueur parle d'une rivière qui arrose la ville d'Héi-aclée ; ce fut sur les bords de cette rivière que les Turcs attaquèrent la troupe de Guillaume de Poitiers; lés flèches aiguës et Tépée dévorante couvrirent des cadavres des croisés les rives du fleuve et lés campagnes voisines. Lé comte de Poitou , fuyant dans les montagnes avec un seul écuyer, se réfugia vers Tarsous, dans une ville qu'Albert d'Aix appelle Longirïach ; et quelques jours après , Tancrède lui envoya des chevaliers qui le condiuisirent à Antioche; le comte de Vermandoîs alla mourir à Tarsous de ses blessures; le duc de Bavière put échapper à la poursuite des vainqueurs; les chroniqueurs ignorent quel fut le sort delà comtesse Ida.

Maintenant il s'agit d'expliquer la contradiction d'Albert d'Aix , et de trouver la rivière aux bords de laquelle fut attaquée l'armée du comte de Poitou ; l'histoire contemporaine nous dit que les Turcs ayant comblé les puits et les citernes d'Héraclée , les compagnons du comte de Nevers souffrirent tous les toùrmens de la soif; ce qui prouve évidemment qu'il n'y avait point de rivière qui traversât Héraclée. D'un autrp côté, il est certain que Tarmée de Guillaume de Poitiers et du duc de Bavière tomba aux alentours d*Héraclée , près d'une rivière.

Le coIoDol liCake m^que w nord d'ErelUi , kf^n de distance de celte ville , une riyièr^ (pu ae p^r^ dwis uxK lac ;, le yoya^pur ne dit point so«i> nom^ C'est probablement au bord de ce courant ^le lea Musulmane attaquèrent Vannée chrétienne; ccNaupe cette rivière coule dans le voisinage d'HéracIée^ Albert d'Aix a pu croire qu'elle traversait ta ville; ce qui d'ailleurs n'empêche pas qu'on ne doive re^ procher à rhistoriea une grossière contradictioi). Ce que je viens de dire paraissait indispens^JUe^ pour expliquer ici la relation des chroniqueuroi.

Voilà donc trois grandes années qui^ dant» le* même temps y passent d'Europe en Asie pour a'^ vanouir tout à coup sans laisser aucune trace» cette Asie-Mineure nous apparaît comme un vaat^ sépulcre qui tour à tour se r'ouvre et se r^ennesur elles. Quel deuil pour la chrétien tel que de \s^ mes devaient couler, quand des croisés, revenue de la Romanie comme du pays des morts^ racon-^ taient tant de tristes aventures, de déplorables çan ta^lrophes ! Le chroniqueur Ekkeard nous dit que ces nouvelles armées auraient voulu, comme l'ar-^ mée de Godefroi j se faire un nom parmi les peuples du monde, mais que Dieu refusa de les secon** der dans leurs desseins. Dans cette année de i io< ^ plus de cinq cent mille pèlerins laissèrent leurs o& dans les montagnes et les déserts de l'Asie-Mi-r neure.

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