‹ Correspondance d'Orient, 1830-1831 (volume 5)Chapitre 5 sur 47 · SES FEMMES TURQUES · texte numérisé non relu

SES FEMMES TURQUES

Péra, octobre 1830.

Vous m'avez fait promettre^ quand je vous ai quitté^ de vous parler des femmes turques; je ne les ai vues encore que dans les rues et dans les livres; mais j'en entends beaucoup parler tous les jours ; je vous répéterai ce qu'on en dit à Péra ; je ne vous montrerai peut-être qu'un côté d'un sujet aussi fécond^ aussi varié; un autre correspondant pourrait vous écrire sur Je même sujet une lettre plus longue que la mienne, et vous dire des choses toutes différentes , qui seraient peut-être également vraies; si un voyageur a dit des Turcs qu'ils étaient un peuple d'antithèses , à plus forte raison peut-on

le dire des dames turques. Je vais donc entrer en matière ; et je commencerai^ comme font les ignorans^ par ce qui m'a le plus surpris.

tJn Musulman peut épouser j usqu'à quatre femmes ; on peut en acheter autant qu'on peut en nourrir , et Mahomet permet de vivre avec les femmes qu'on achète comme avec celles qu'on* épouse. On m'a dit qu'on pouvait aussi louer des femmes pour un temps y et ce genre d'union se contracte devant la loi. La liberté de divorcer quand on veut a fait renoncer à ce dernier mojen j la corruption légale n'a pas besoin de tous les avantages qu'on lui fait. Que dirait-on en France d'un homme qui aurait plusieurs femmes^ et qui entretiendrait en même temps plusieurs maîtresses ou plusieurs esclaves dans sa maison? Nous avons aux galères des gens qui n'ont pas fait la moitié de ce que permet le Coran. Cette pluralité des femmes donne naissance à beaucoup d'abus que je ne signalerai points à beaucoup de vices que je n'oserais nommer et qui ^e multiplient tellement qu'ils ne scandalisent plus que les étrangers.

Je n^'ai pas besoin de vous dire que les femmes ont rarement la liberté de choisir un époux, et qu'en Turquie il y a peu d'unions que l'amour ait formées 5 il ne faut pas croire toutefois^ comme le disent les voyageurs^ qu'on s'épouse toujours sans s'être vu ; la loi religieuse ne l'exige point ^ et le prophète de la Mecque recommande à ses disciples

de ne point prendre aveuglément les femmes avec lesquelles ils doivent passer leur vie. Il est possible, à la rigueur, qu^on ne se connaisse pas mieux pour cela quand on se marie, comme cela arrive dans notre propre pays ; mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'on trouve toujours en Turquie , comme ailleurs , le moyen de se voir, ou d'avoir de bonnes informations avant la cérémonie 'décisive. Je trouverai peut-être l'occasion de vous parler de la célébration de l'hymen chez les Turcs; en attendant, vous trouverez dans d'Ohsson ou dans tout autre, ce qu'il importe de savoir sur ce chapitre ; il me suffira de vous dire ici que les époux ne paraissent point aux mosquées % et que le prophète de la Mecque n'a pas jugé que le mariage fût une chose assez sérieuse, pour que sa religion dût s'en mêler.

Pénétrons maintenant dans les harems , et voyons comment s'écoulent les journées des dames turques. Elles passent la plus grande partie de leur vie à se peindre les sourcils et les paupières avec le surmé, à se faire au visage des mouches noires^ découpées en croissant ou en étoiles, à se teindre les ongles et la paume des mains avec une argile rougeàtre, qu'on appelle kinna. Les momens les plus heureux d'iine femme turque, sont ceux qu'elle emploie à essayer les riches étoffes des Indes , à

* Le contrat crunion se fait le plus ordinairement devant Tinian on le eadi ^ mai*» Timanetle cadi ne font que Toffice de magistrat».

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