‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 122 sur 162 · A MONSIEUR EUGÈNE NOËL · texte numérisé non relu

A MONSIEUR EUGÈNE NOËL

25 juin 1855.

Je ne veux pas qu'il en soit de votre Voltaire comme de beaucoup d'envois que vous avez eu la bonté de faire.

Je veux vous remercier de tout le plaisir que m'a procuré ce volume dont la publication vient si bien à point.

Il est temps que toute justice soit rendue au vieillard de Ferney. Les hommes de la génération qui l'a suivi ont été ingrats bien promptement envers lui. Moi-même, je le reconnais, n'ai-je pas toujours été assez respectueux devant cette grande figure de prophète. Je dirais bien pourquoi ; mais vous le devinez sans doute. Ce qui me choquait dans ce grand

1 Ceci est écrit sur un admirable exemplaire des chansons que M. Janin possède. Il est sur papier de Hollande, relié avec tous les soins possibles par Capé, et enrichi de la collection complète de toutes les gravures faites pour illustrer le texte de Déranger. Cet exemplaire, unique en son genre, est un véritable chef-d'œuvre d'art et de goût.

1 Une édition des Chansons illustrées.

3 En arrêtant une hcmorrhagie qui paraissait très-dangereuse.

homme n'eût pas dû me faire oublier tout ce qu'il a fait pour l'humanité, dont il a été le courageux défenseur jusqu'à son dernier jour. Aussi ai-je été charmé à la lecture de votre œuvre nouvelle, et c'est en en terminant la lecture que je m'empresse de vous féliciter d'un travail si consciencieux et que je vous adresse mes remercîments, grâce à maître Michelet, qui m'a laissé votre adresse : il a dû aussi profiter à vous lire, lui qui a tout lu et qui continue d'écrire avec tout le zèle d'un débutant.

Malheureusement je le crois aussi étranger que moi à la rédaction des journaux. C'est à eux qu'appartiendrait de faire rendre justice à votre livre.

Oh ! je me suis fait ermite trop tôt ! Je ne puis qu'adresser au ciel des prières pour votre nouvel ouvrage ; mais croyez du moins que, si le succès dépendait de moi, il serait tout ce que vous pouvez désirer dans l'intérêt de la cause que vous défendez si bien.

Si vous venez à Paris, n'oubliez pas que je perche rue de Vendôme, n° 5, dans une vieille maison où Voltaire a dû habiter quelquefois, chez le grand prieur de Vendôme; j'ai là un petit coin sous les toits, d'où j'apercevrais le Temple, si la tour était encore debout.

Je vous dis tout cela pour vous donner l'envie de venir me visiter.

A MONSIEUR LABROUSTE

44 août 1855.

Pardonnez-moi, cher monsieur Labrouste, de ne pas me rendre à votre distribution1. Je crois vous l'avoir déjà dit : je suis d'un mauvais exemple pour les jeunes gens qui veulent

* La distribution îles prix de Sainte-Barbe.

faire les paresseux; car je ne peux pas leur dire combien j'ai regretté dans ma longue vie de n'avoir pas reçu d'instruction.

Je n' en suis pas moins touché de votre persistance à m'inviter à vos distributions; et j'ai à vous remercier, de plus, de la charmante carte de visite 1 que vous m'avez laissée il y a peu de temps. Elle a contribué à me guérir sans doute : je commence à me rétablir.

Mes amitiés bien anciennes à Berville.

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