A M 0 .N S 1 E U R P EH ROTI N
Mon cher Perrotin, j'apprends que vous avez eu l'idée de faire paraître une réfutation des invectives dont j'ai été assailli dernièrement 1.
N'en faites rien, je vous prie. Que dans les journaux on ait répondu aux attaques, rien de plus simple. J'aurais souhaité qu'on pût soutenir cette petite guerre : le pouvoir en a jugé autrement. Restons-en là, je vous prie. Point de brochure.
Si vous avez, dans les journaux, des amis, voyez ce que vous en pourrez faire; mais, encore un coup, point de brochure.
Remerciez de ma part l'auteur ou les auteurs qui avaient proposé de me défendre.
Vous savez que je sais être reconnaissant de pareils services.
A MONSIEUR DE V
Paris, 19 septembre 18* 5.
Je ne suis pas si antipathique au clergé que les journaux
1 Par MM. de Pontmartin et Vcuillot.
cléricaux veulent bien le dire. J'ai plusieurs prêtres de mes amis qui meurent d'envie de me donner l'absolution; mais leur absolution ne meten^fe pas. A tort ou à raison, j'ai cru devoir prouver que les hommes d'église sont comme nous, des hommes de chair et de nerfs, et que le saint manteau dont ils se couvrent ne les défend pas contre les tentations du diable. Le peuple commence à comprendre qu'un prêtre n'est qu'un homme, et c'est là un grand point. Après cela, je ne nie pas que l'Eglise ne puisse rendre des services; mais il faut qu'elle change de route, qu'elle se renferme dans l'Évangile et renonce franchement aux pompes de ce monde. Le jour où un pape ira prêcher dans les rues, les jours où il sera un apôtre, tout le monde se prosternera et recroîra. Mais nous n'en sommes pas là. Le clergé veut régner ici-bas, et il s'arrange de façon à se faire fermer le royaume du ciel , qu'il ne semble pas estimer autant que ceux de la terre.
Je vous remercie de votre charmante chanson contre Veuillot. Je ne vous conseille pourtant pas de la lui envoyer.
A MADEMOISELLE ERNESTI NE DROUEï
lar octobre 1855.
Chère demoiselle, j'aurais déjà dû vous remercier de vos vers cent fois trop flatteurs; j'aurais dû même vous reprocher l'excès de vos éloges : car cette charmante épître, où brille votre modestie autant que votre talent, m'accable de louangesque je suis bien loin de mériter. Oui, croyez-moi, je ne suis qu'un rimeur d'ordre inférieur, quoi qu'on ait dit autrefois. Mon plus beau titre est d'avoir su tirer parti d'un genre trop dédaigné jusqu'à moi.
iv. 10
Je vous dis cela, chère muse, pour vous prouver que je suis capable de dire la vérité aux autres quand ils m'intéressent, puisque je la dis sur moi-même.
Eh bien, j'ai un peu tardé à vous répondre, parce que cela, et ce que je pense de votre talent, je voulais vous le dire « en langage des dieux, » comme disaient nos aïeux en par lant de la rime. Mais, le croirez-vous? depuis cinq ans que j'ai cessé de faire des vers, il ne m'est plus possible d'en faire un seul. En vain j'ai sollicité mon vieux cerveau d'enfanter quelques quatrains ou couplets en votre honneur. Après m 'être tourmenté l'esprit pendant deux jours, je me vois obligé de me réfugier dans la vile prose pour répondre à vos beaux et bons vers, que je garderai précieusement, avec votre ode sur Sébastopol, car ces deux morceaux me donnent l'espoir qu'un jour ma patrie vous comptera parmi ses plus poétiques enfants. Ce sont là des pensées que j'aurais voulu pouvoir scander et rimer. Daignez en accueillir l'expression en langage vulgaire, et croyez-moi, chère demoiselle, votre humble et dévoué serviteur1.