A MONSIEUR A. A U B R Y
19 octobre 1855.
Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir tant tardé à vous remercier de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire de votre Paris démoli \
Avant de vous rendre grâce de ce cadeau, j'ai voulu le lire et l'ai lu en vrai Parisien rempli d'intérêt pour tout ce qui touche son berceau. Or, tout vieux que je suis, je ne dispose pas encore de tout mon temps.
Je viens un peu tard, mais après lecture faite, vous prier d'agréer mes remercîments pour cet ouvrage, très-bien écrit, résumé de curieuses recherches, et dont l'auteur est un homme aussi judicieux qu'instruit, capable de faire beaucoup plus, j'en suis sûr.
Vous voyez, monsieur, combien, je vous suis obligé, et veuillez en recevoir mes bien sincères remercîments, ainsi que l'assurance de mes sentiments distingués.
A MADAME VICTOR HUGO
31 (violire 1855.
Chère dame, un ami m'apporte le Moniteur. Qu'y vois-je? bon Dieu ! On vous proscrit du lieu de votre proscription. Je viens de consulter quelques personnes qui s'intéressent à Hugo et à vous tous. Aucun ne me met au courant de ce qui a pu motiver cette mesure de rigueur. Car, dans le peu qu'on
1 Recueil d'articles sur Paris de M. Edouard Fournier.
me dit, il m'est impossible de démêler une cause ou même un prétexte qui pût atteindre notre grand poëte.
Je suis bouleversé de ce nouveau malheur qui vient de frapper votre famille. Malheureusement je suis sans autorité, sans pouvoir, sans relations puissantes. D'ailleurs, je sens trop bien la position d'Hugo pour essayer même une démarche que, pour mon propre compte, je ne voudrais pas faire.
Mais, pour Dieu, faites-moi savoir, chère dame, le parti que vous et notre ami allez prendre. Où allez-vous aller?
Un mot de vous, je vous prie, si vous avez le temps de Técrire. Dites-moi où mes vœux doivent vous suivre. Ditesmoi surtout si je puis ici vous être utile. Je suis bien vieux sans doute, mais je sais encore marcher. Faites-moi courir si cela vous est nécessaire.
J'ai assez souffert depuis trois mois, mais la santé me revient ; usez donc de mes offres si mes services vous sont nécessaires.
Vacquerie m'était venu donner de vos nouvelles à tous. Il devait (il y a six semaines de cela), il devait venir chercher une lettre de moi en réponse à votre dernière. Serait-il encore à Paris, auprès de sa mère? J'ai grand regret de ne savoir où le prendre.
Je vous le répète, chère dame : si. malgré mes soixantequinze ans passés, je puis vous être bon à quelque chose, j'en serai heureux et fier.
Chargez- vous de tous mes témoignages d'attachement pour notre grand poëte et pour vos enfants.
A MADAME BLANCHECOTTE
5 décembre 1855.
On ne lit pas un volume de poésie 1 en quelques heures, ni de suite. J'attendais que vous vinssiez me voir pour vous dire mon opinion. Je n'ai pas encore tout lu ; mais, puisque vous êtes si pressée de savoir cette opinion, je me hâte de vous dire que, si vous étiez comtesse ou duchesse, faisant de pareils vers, tout le monde crierait au miracle. Il y a beaucoup à reprendre dans votre volume; mais il est plein de poésie, malgré les inexpériences et un trop grand laisser aller.
L'ordre manque; malgré tout, je vous le répète, il y a tous les éléments d'un succès mérité.
Mais à quelle époque venez-vous ?
Si quelqu'un veut et peut se charger de vous faire rendre Justice, vous arriverez peut-être à une belle place. Sans ce Dieu protecteur, j'en désespère. J'ai enterré ce matin ce pauvre Bérat5.