‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 142 sur 162 · ON SI EU R G A L L Y · texte numérisé non relu

ON SI EU R G A L L Y

22 août 185C.

Voilà deux mois que j'ai votre volume, et je ne vous en ai pas encore accusé réception : pardonnez cette lenteur à un pauvre vieillard, tourmenté de mille affaires, injurié de côté et d'autre, faible de vue et surtout fort paresseux.

Il y a déjà longtemps, monsieur, que j'ai lu votre excellent volume, qui m'a donné de votre cœur l'idée la plus tou-

enfants de son vieil ami de Jouy. On a remarqué combien toutes ces pages attestent la fatigue et la maladie. Béranger ne vivait plus pour lui, mais pour le bien des autres. Il usait à faire des démarches, trop souvent stériles, le peu de forces <jui lui restaient.

4 Lettre communiquée par M. de Lagrèze.

- Auteur d'un livre intitulé Éloge de la mort.

chante, ce qu'à chaque page j'aurais voulu pouvoir vous exprimer, mais je ne lis pas vite, et je ne prends la plume que le plus tard possible.

Enfin j'arrive, monsieur, et c'est pour vous remercier de l'envoi que vous avez bien voulu me faire et du plaisir que j'ai pris à la lecture de votre ouvrage.

Que de gens devraient le lire et le relire! Tous, monsieur, en vaudraient mieux et s'empresseraient de vous en rendre grâce.

Il y a un tel accord entre notre manière de voir sur tant de choses, que je n'ose vous donner tous les éloges que votre morale me paraît mériter : il me semblerait que je me loue moi-même.

Je ne veux pas du moins que vous ignoriez que, depuis deux mois que je vous lis et relis, je me reproche la ligne satirique que j'ai suivie, au lieu de pousser comme vous, monsieur, mes semblables à travailler à l'amélioration de notre triste monde.

Continuez cette sainte entreprise, et puissiez-vous en être récompensé par le bien que vous avez tenté de faire à vos semblables, qui vous ressemblent si peu.

MONSIEUR IjE LAMARTINE A BÉRANGER

Saint-Point, 20 octobre 1850.

Mon cher et illustre ami, votre lettre m'a été plus douce que mon article n'a pu vous être agréable. Je n'ai pas dit la moitié de ce que je pense et de ce que je sens sur vous. Le monde ne comprend pas notre langue à nous deux : il lui faut des demi-mots.

J'ai été deux mois au lit, mais pas bien malade; car pendant ces deux mois j'ai écrit ce que vous lisez et deux volumes en sus que vous ne lisez pas. J'en commence un autre de 500 pages le 1er no-

vembre. Quoi métier de galérien, dont le boulet est la plume, liélas ! bien lourde, quoique légère!

Je n'ai voulu avoir personne pour travailler plus librement. Ma maladie n'était que mon rhumatisme articulaire habituel, mais plus tolérable et plus civilisé qu'à l'ordinaire. Me revoilà debout et à cheval sans aucune trace. C'est l'avantage de ceux qui, comme moi, laissent agir la nature sans la presser ni la contrarier.

Tous les médecins du monde épouseraient des fdles de dix-neuf ans1, que je ne m'en apercevrais pas. Je n'ai qu'un médecin, le temps qui apporte et remporte à son heure, ou plutôt à l'heure de Dieu. Je crois le fond de votre tempérament très-sain et très-fort. Laissez passer les saisons climatériques, et vous vivrez quatre-vingtdix ans ! Je le désire pour moi plus que pour vous ; vous m'êtes nécessaire plus que vous ne pensez. Il en est des dernières amitiés comme des dernières amours; elles sont les plus tenaces.

Vivez donc et aimez-moi. Au revoir, le 1er décembre, à Paris.

Lamartine.

CCXCY

A MONSIEUR l'AUL BOITE AU

23 août 1856.

Grand merci de vos vers charmants, mon cher Boiteau. J'aurais été vous en remercier si la maladie me permettait encore de longues courses.

Mes forces ont disparu et ne semblent pas vouloir revenir. Je crois qu'il est temps que « l'univers » se mette à bâtir « le temple» que vous me promettez si généreusement. N'avez-vouspas ri en écrivant cette phrase toute poétique?

Je donnerais votre temple pour un petit coin où l'on voudrait bien me laisser tranquille, comme je me plais à croire que vous l'êtes auprès de votre aimable compagne.

Dieu vous préserve, quand vous aurez mon âge, du bruit des réputations usées qui ne vous laissent pas vous endormir en paix !

1 Allusion au mariage récent de M Bretonneau.

DE BÉRANGE R. 7,21

Présentez mes respects à madame, et croyez-moi de cœur tout à vous.

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