A MONSIEUR SAINTE-BEUVE
Mon cher Sainte-Beuve, je vous renvoie la requête de madame Blanchecotte, avec une apostille que j'aurais voulu faire plus longue; mais je suis souffrant, et ce peu de mots m'a coûté à écrire plus que vous ne croiriez l.
Dieu veuille que nos vœux s'accomplissent! Tout à vous.
S'il fallait faire autre chose, dites-le.
CCXCVIIL
A MONSIEUR TILLATT E
2 décembre 1856.
Pour retirer l'ordonnance de payement, il vous eût suffi, je crois, d'aller au ministère de l'instruction publique, au bureau que je vous ai indiqué et qui a pour chef M. Servaux, à qui je vous ai recommandé.
Pauvre malade, je souhaite bien que votre entrée à Beaujon ait lieu ; s'il faut écrire pour l'assurer, vous savez que je le ferai avec plaisir et empressement.
Je suis malade aussi, et j'aurais bien envie de demander la même faveur pour moi.
Je vous envoie les 15 francs dont vous avez besoin.
1 Béranger ne pouvait plus écrire. Ce sont ses dernières et tristes reliques qui sont ici recueillies.
Vous pouvez écrire à M. Servaux, s'il vous faut des explications.
A MONSIEUR DOURGUIN
15 décembre 1856.
Voilà plus de deux mois, monsieur, que j'aurais dû vous remercier de l'envoi que vous avez bien voulu me faire; mais, depuis ce temps, j'ai toujours été souffrant, et MM. les médecins m'ont même défendu d'écrire. Heureusement la lecture ne m'a pas été interdite; aussi ai-je lu et relu votre recueil de fables bien des fois, et je vous proteste que depuis longtemps je n'avais rencontré un fabuliste plus à mon goût.
Je m'étonne que les journaux ne se soient pas encore emparés de vos fables, les meilleures que j'aie lues depuis longues années. Où en sommes-nous donc en littérature, pour que les journalistes, de plus en plus nombreux, ne se soient pas encore mis à l'œuvre pour révéler au public l'apparition de ce charmant volume, auquel la Fontaine donnerait sa bénédiction?
Oh ! si la force ne me manquait, je vous en dirais long pour vous démontrer la supériorité de talent dont vous avez fait preuve dans ce précieux recueil, que je relirai encore bien des fois. Malheureusement je vis loin du monde des journaux. N'en croyez pas moins, monsieur, à la sincérité de mes éloges et au regret que j'éprouve de ne pouvoir entrer dans plus de détails, qui vous prouveraient tout le plaisir que j'ai pris à vous lire et à vous relire.
Avec mes excuses pour le retard de mes remercîments, agréez, monsieur, l'assurance de ma vive considération.
P. S. Je me relis et je vois combien vous serez obligé de pardonner au vieil écrivain.
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CGC
A MOXSIECR ARTHUR ARXOCLD
14 février 1857.
J'espérais vous voir, mon cher Arthur, et vous dire de vive voix tout le plaisir que m'ont fait vos Contes1. Mais vous n'êtes pas venu, et moi je suis encore confiné pour longtemps au boulevard du Temple. J'ai de plus eu la maladresse de voir une fois ou deux madame Blanchecotte, et n'ai pas eu l'esprit de lui remettre un mot pour vous. C'eût été pourtant un plaisir pour elle.
Grâce à tous ces contre-temps, je ne vous ai pas encore dit tout le plaisir que m'a fait votre volume, ce premier volume toujours si précieux aux débutants.
Je vais donc laisser sur ma table un mot pour vous, qui vous certifiera du plaisir, de la joie que m'a causé votre début littéraire, et j'attendrai un bon vent qui vous porte mes félicitations; car, bien que ce certificat ne vous puisse servir, je tien? à honneur qu'il vous arrive.
Courage, mon jeune ami! il y a du bonheur pour toute votre famille, et elle mérite si bien de vous en devoir!
Encore une fois courage!
P. S. Je vais attendre quelque colombe pour vous porter mon message. Il doit m'en venir de votre coté,
ceci
A MONSIEUR DE MEHCEY
• "2 mars 1857.
C'e>t encore moi, monsieur, qui viens vous tourmenter pour mon pauvre et excellent graveur. D'après tout ce que
1 Les Contes humourutiques <in-18, 1857, Deoto).
vous en pensez, je sais n'avoir pas besoin d'insister pour votre appui, que notre cher Pascal sollicite de nouveau. Grâce à vous cette affaire va sans doute se terminer, et vous parviendrez, je l'espère, à la faire régler à 25,000 francs, qui me semble un prix bien convenable. Mais vous, cher monsieur, en jugerez-vous ainsi ? Je le souhaite bien pour mon pauvre Pascal, qui ne compte que sur vous.
Si je n'étais malade depuis trois mois, j'irais vous assaillir de mes sollicitations \
Rendez grâce au ciel d'en être quitte pour mes lettres, et recevez l'assurance, cher monsieur, de toute ma considération et de toute ma gratitude.
CCCH
A MADAME BLANCIIECOTTE
Mercredi, 11,
Ma chère enfant, on ne se porte pas mieux ici que chez vous.
La force me manque pour marcher. Je ne pourrai pas aller chercher de vos nouvelles. Tenez-moi donc bien au courant de votre maladie, qui, je l'espère, ne sera pas longue. Surtout, prenez le temps de vous soigner raisonnablement, et point d'imprudence.
Quant à nous, nos maux semblent augmenter. J'ai été plu-
1 St. Pascal était le graveur de prédilection de Béranger; mais ce n'est pas Béranger seul qui estimait haut le talent si particulier de cet artiste. Lamennais en faisait aussi le plus grand cas; et voici ce qiTAry Scheffer écrivait sur la marge d'une de ses gravures : < Dans un temps où les œuvres consciencieuses deviennent si rares, la gravure de M. Pascal mérite une double admiration: une exécution aussi parfaite qu'originale et une interprétation si heureuse des maîtres feraient honneur aux époques les plus brillantes de Fart. »
M. Pascal, après avoir gravé la Madeleine de Greuze, le portrait de Cervantes, et la Vierge, Jésus, saint Étienne, saint Ambroise et saint Maurice du Titien, s'occupe de l'une des plus belles pages d'Annibal Carrache, la Madeleine du Louvre, qui n'a pas encore été gravée, et qui est un si fier morceau de peinture-
sieurs jours fort malade. Judith est encore plus maltraitée que moi1. Je crains beaucoup pour elle; elle ne quitte guère plus le lit.
Dépêchez-vous de vous guérir, et venez nous rassurer et nous consoler. Tout à vous.