‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 19 sur 162 · A MONSIEUR BRETONNE A D · texte numérisé non relu

A MONSIEUR BRETONNE A D

Passy, 27 novembre 1849.

Un de mes amis, qui a passé à Tours dernièrement, aurait

bien voulu vous y rencontrer : c'est Alexandre Martin, ancien envoyé en Hanovre, qui voulait obtenir de ces fameux pruniers nains dont vous êtes, dit-on, l'inventeur. C'est sage à vous d'inventer des choses à la taille de l'époque. Martin, qui est du temps passé, eût été bien heureux de faire votre connaissance. Il habite les bords de la mer près d'Avranches et a pris goût au jardinage. Vos pruniers l'eussent ravi.

Nous nous portons bien ici, tout en vieillissant d'une manière assez sensible. Je deviens frileux et j'en ressens l'inconvénient aujourd'hui même. Ce matin nous marquions près de cinq degrés Réaumur. Vos arbres sont-ils bien empaillés? J'espère qu'autour de vous tout le monde se porte bien. Judith et moi nous vous chargeons de nos bonnes amitiés pour madame Leclerc et pour madame Florentin. Ne nous oubliez pas auprès des autres membres de la famille et de tous nos amis communs.

11 y a longtemps que nous n'avons eu des nouvelles de mademoiselle Swanzy. Sa mère l'est-elle venue retrouver? Je n'ai pas encore revu Mérimée depuis son retour. Je veux le gronder de vous avoir fait faire la course de Paris, en vous inquiétant de ma santé. Il ne vous connaît pas aussi bien que moi. Il n'avait sans doute pas deviné que pour si peu vous alliez faire cent vingt lieues. Il vit dans un monde où les amitiés ne se dérangent guère que d'un fauteuil à l'autre.

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