‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 26 sur 162 · A MADAME B R I S S 0 T -T H 1 V A R S · texte numérisé non relu

A MADAME B R I S S 0 T -T H 1 V A R S

Mars 1850.

Ne m'avez-vous pas envoyé le mandement de votre évêque1? Je l'ai lu et je <rois ne vous en avoir pas accusé réception.

C'est une œuvre de véritable prêtre chrétien, à la hauteur de son ministère et de son époque. D'après ce que j'ai entendu dire de ce prélat, il écrit lui-même ses mandements : j'en ai trouvé la preuve dans celui-ci. Cette fermeté et cette simplicité de style, si supérieure aux recherches académiques ou aux froides imitations des anciens orateurs de la chaire, révèlent les sentiments propres d'un chef d'Eglise. Il imprime fortement sa pensée où tremblerait la main d'un secrétaire de sacristie. Voilà au moins l'effet que la lecture m'a produit.

Je n'ai pas revu notre bon archevêque depuis la visite qu'il m'a bien voulu faire et que je lui ai rendue, sans le trouver, dans l'ancienne habitation de Chateaubriand. C'est aussi un excellent homme, à ce que tout le monde assure, mais qui, dit-on, n'écrit pas lui-même ses mandements. 11 ne sera pas damné pour cela, pourvu qu'il les lise.

Je vous dirai que M. Carlier a cherché à me rendre un grand service. Il avait placé mon Hippolyte Raynal au greffe de la Force, commis à 1,200 francs. Ce que je craignais est arrivé : Raynal le bohémien ne s'est pas plus discipliné là qu'il ne l'a pu partout ailleurs. Le préfet m'a fait donner les renseignements qui établissent que c'est de sa faute si on n'a pu le garder plus de six semaines dans ce port où il avait trouvé son salut.

1 M. Graverai!, représentant du peuple à T Assemblée constituante et évêque de Quimper.

Vous ne sauriez croire combien je suis resté reconnaissant de la bonne volonté du préfet; aussi regretté-je beaucoup de voir combien il s'expose à s'user vite, au train dont il mène les choses; à en juger, abstraction faite de mes principes, qui ne sont pas ceux des fauteurs de réaction, je crois que votre ami eût pu montrer pl.us de calme et autant de fermeté. Il ne faut pas que le pouvoir soit provocant. Ceux qui prennent cette couleur sont sacrifiés un jour ou l'autre, même quand leurs idées triomphent.

Tous ceux de vos amis qui sont les nôtres se portent bien et vous font leurs compliments.

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