‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 37 sur 162 · PRÉFET DE POLICE · texte numérisé non relu

PRÉFET DE POLICE

19 mars 1851.

Mon cher monsieur Carlier, ne voilà-t-il pas un nouveau malheur qui tombe sur ma protégée de Saint-Lazare, la pauvre femme Nicaud, pour qui vous m'avez écrit une lettre qui m'a rempli de reconnaissance.

Pour rester a Paris, il faut qu'elle paye 54 francs par trimestre à l'administration, d'après les arrangements pris avec les entrepreneurs du travail des prisonniers. Or comment cette malheureuse femme, chargée d'une vieille mère, et dont le mari, la fille et le gendre sont à Belle-Isle l, peut-elle, en dix-huit mois, gagner 324 francs pour jouir de la faveur que vous lui accordiez?

Je sais, monsieur le préfet, que cela ne vous concerne pas; aussi, tout malade que je suis de la grippe, ai-je été aujourd'hui pour voir à ce sujet mon ami Tonnet, chef de la dvision des communes, et par conséquent des prisons ; mais il était dans je ne sais quel conseil avec son ministre, et je n'ai pu le voir. Comme il se pourrait que la fièvre me retînt chez moi demain, je prends le parti, de peur d'accident, de vous soumettre la position de la femme Nicaud, afin que, si vous pouvez quelque chose de plus en sa faveur, soit directement, soit indirectement, vous prolongiez au moins le séjour à Paris de la prisonnière, pour me donner le temps d'agir pour elle ou pour me faciliter de trouver l'argent qui peut la tirer d'affaire, la somme étant trop forte pour qu'un pauvre diable comme moi s'engage seul à la payer à l'administration.

1 Lieu de déportation des condamnés de juin.

Vous avez eu la bonté de me dire que vous me défiiez de vous fatiguer de mes instances; vous voyez, mon cher monsieur, que je vous prends au mot, en vous priant toutefois de me le pardonner, et de me croire, monsieur le préfet, votre bien dévoué et reconnaissant serviteur

\ MONSIEUR YI1.LI.U M É

23 mars 1851.

Mon cher Yilliaumé2, la première chose que j'aie faite après avoir reçu votre lettre, c'est de la perdre dans mes paperasses, ce qui m'a empêché de vous répondre aussitôt que je l'aurais dû.

Duquesne est un excellent homme, au dire de tous ceux qui le connaissent, mais c'est une pauvre tête, ce qui ne fait rien aux droits qu'il peut avoir dans l'héritage de ce fou d'Hubert3, dont le testament est un amas d'excentricités, riche pâture pour les renards du palais.

Hubert, le plus avare des notaires retirés, a eu tant de peine à donner, même après sa mort, que je crains qu'il n'ait médité des nullités pour tous les legs que sa vanité lui inspirait.

Je crois l'administration des hospices disposée à appuyer les légataires particuliers contre les héritiers naturels, dans l'espoir de rendre caducs les legs faits aux premiers, ceux-ci

1 Lettre communiquée par madame Cartier.

2 Auteur d'une histoire de la Révolutioti française, dont il a été question

précédemment.

* Notaire à la Yillette, qui avait laissé des sommes considérables à partager entre des ouvriers à qui leurs opinions politiques auraient causé de la peine. Hubert était, en effet, tel que le peint Béranger, c'est-à-dire extrêmement avare. Cependant quelques personnes qui l'ont bien connu citent de lui des traits qui lui font honneur. Son testament a soulevé de fort grandes difficultés et a été annulé en grande partie. L'histoire de ces débats judiciaires forme un curieux épisode de l'histoire générale de ces deux derniôres années.

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