‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 38 sur 162 · DE PEU ANGE 15. 10S · texte numérisé non relu

DE PEU ANGE 15. 10S

payant point litre qui les rende aptes à recueillir, et l'administration pouvant alors se présenter en leur lieu et place. Cela ne doit pas empêcher de défendre les pauvres gens qui devraient bénéficier du testament. Toutefois examinez bien les questions et ne vous arrêtez pas à ce que je viens de vous dire, car vous savez mon ignorance en cette matière et en beaucoup d'autres.

A MADAME BLANCHE COTTE

Paris, 27 mars 1851.

En effet, ma chère enfant, je voulais vous aller voir mardi, mais la pluie m'a arrêté en route.

Je n'ai pas manqué un seul jour de rentrer trempé jusqu'aux os, ce qui ne m'a pas empêché de voir la fin de ma grippe. Malgré ce mauvais temps, ennemi des promenades, je suis heureux de vous savoir auprès de l'excellent ami que vous avez à Versailles. D'après ce que j'ai vu, celui-là vaut mieux pour vous que tous les gens de lettres et poètes de ce monde.

J'ai vu Lamartine, il y a deux jours ; il a un rhumatisme : c'est son mal habituel. Oh ! non, il en a un plus habituel et plus grand encore, c'est le besoin qu'il s'est fait d'un travail incessant, auquel je ne conçois pas que le pauvre homme suffise à son âge! car il a soixante ans l, quoi qu'il dise. Qu'il vaut mieux avoir toujours vécu de peu, comme j'ai été réduit à le faire, que de tomber de si haut sur la chaise de paille de l'écrivain public, où cependant il produit encore de bien belles choses, même des choses plus naturelles peut-être que celles qui ont fondé sa gloire!

Ce que j'admire en lui aujourd'hui, c'est le courage; il en

1 M. de Lamartine est né à Màcon le 21 octohre 1790.

faut moins, selon moi, pour résister à la foule aveugle et furieuse que pour faire le métier qu'il fait.

Vous et votre mari vous travaillez aussi beaucoup; mais vous êtes jeunes, vous avez l'avenir pour vous. Il vous appartient de compter sur lui. En effet, qui sait s'il ne vous apportera pas ressource ! Les vœux de vos amis y contribueront peut-être. Laissez donc de côté les inquiétudes et fiezvous à la Providence. Surtout soignez bien votre sanlé et profitez des quelques jours de repos qui vous sont donnés : je vous les envie, passés à Versailles, mon séjour de prédilection, et où je voudrais mourir, si je n'écoutais que moi. Mais qui ferait ici les affaires de tant de pauvres gens qui se sont habitués à me regarder comme leur solliciteur?

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