‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 39 sur 162 · A MONSIEUR DECRUSY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DECRUSY

5 mai 1851.

Mon cher Decrusy1, pour compléter les renseignements que je vous ai donnés sur la pauvre prisonnière de Saint-Lazare, je vous envoie copie de sa demande au ministre, et vous réitère la prière de l'appuyer dans les bureaux.

A MESDEMOISELLES

1er juillet 1851.

Je crains, mes chères enfants, que les journaux ne vous portent de mauvaises nouvelles de ma santé : ce ne sont pas

1 M. Decrusy était devenu chef de la direction de la comptabilité et des pensions au ministère de la justice. Ce très-court billet n est recueilli que parce qu'il se rattache à lune des mille affaires que Béranger prenait tant à cœur en tout temps et surtout lorsque, après les événements de juin 1848 et de décembre 1 851 , il y eut en France tant de misères à consoler et souvent aussi tant d'erreurs à faire réparer. Les personnes qui avaient joué un rôle et qui avaient ou de Tai-

des messagers bien exacts. Fiez-vous plutôt à moi qu'à eux.

Je viens d'éprouver une grande secousse, que je voyais arriver depuis plus de quatre mois. Le danger a passé vite, et me voilà occupé à ravitailler une vieille place qui ne vaut guère la peine que je prends. En effet, il me paraît assez sot de restaurer une masure qui compte soixante et onze ans de services, et que vont abandonner grand train mémoire, esprit, intelligence et le reste.

.l'ai peu souffert pendant la maladie : c'est beaucoup. Il en est sans doute de la douleur comme de la pauvreté, dont je n'ai jamais complètement perdu les habitudes. On les sent d'autant moins qu'on les a beaucoup ressenties. Je suis heureux de penser que vous avez eu votre grande part de tout cela. Vous êtes êtes aussi cuirassées contre ces inévitables ennemis. Vous en devez voir plus clair à arranger votre pauvre sort. Déjà aussi la Providence vous vient en aide. Ce que vous me dites de monsieur votre père me fait grand plaisir. Il a compris que d'avoir deux compagnes comme vous, et un jardin, c'étaient des éléments de bonheur. Un jardin! mais c'est du luxe. Je voudrais bien en avoir un et que vous en soignassiez les fleurs. Il me semble que je me rétablirais plus vite.

Nous avions l'apparence d'un jardin où nous sommes, mais dans huit jours il nous faut déménager encore. Nos hôtes se trouvent à l'étroit rue d'Enfer, et se transportent, près de l'Arc de Triomphe, à Beaujon , rue Chateaubriand, n° 5, et ils nous emportent avec eux. Le quartier est le plus beau de Paris, mais j'y serai plus importuné qu'où nous sommes. Pourquoi, direz-vous peut-être, suivez-vous vos hôtes? C'est que ce sont les meilleures gens du monde;

sance pour se consoler de leurs disgrâces, ou des relations étendues pour préparer leur retour à une vie calme, lui semblaient bien moins à plaindre et moins dignes de son intérêt que les pauvres gens sans amis et sans fortune.

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