LXXXVIII
A MADAME BLÀiNCHECOTTE
29 juillet 1851.
Chère enfant, je ne trouve rien à redire à votre affiche, mais ce n'est pas moi qu'il faut consulter pour ces sortes de choses. Adressez-vous au maître qui vous prête un local ; il doit connaître les exigences de l'annonce et du prospectus.
Je suis heureux que le chocolat vous semble bon. Je ne sais rien acheter, et je craignais d'avoir eu la main malheu-
relise. N'oubliez pas que je m'établis votre fournisseur, et prévenez-moi quand votre provision touchera à sa fin.
Vous voilà donc retournant au catéchisme avec les petites filles; vous vous croyez bien au-dessus d'elles, tout en enviant leur enfance insoucieuse. Savez-vous que , malgré toute votre intelligence, vous seriez peut-être fort embarrassée d'expliquer tout ce qu'il y a de philosophie et de métaphysique religieuse dans ce petil livre qu'on met dans la main des petits enfants?
Fontenelle disait : « J'ai eu une intelligence si précoce, qu'à sept ans je commençais à ne plus rien comprendre au catéchisme. » Si j'avais su lire de bonne heure, il eût pu m'arriver quelque chose comme cela, car je suis le plus antimétaphysicien que je connaisse. Nous autres poètes, nous ne nous éclairons que par le sentiment.