A MONSIEUR ALLER
10 novembre 1851.
Mon cher Aller, on est occupé ici de tout autre chose que des prisons1, ce qui fait que le grand travail dont je vous ai parlé n'avance pas; c'est ce que m'a encore dit M. Tonnet, qui garde tou jours de vous bon souvenir et voudrait vous tirer de votre situation actuelle.
1 Le ministère avait été changé et le Préskient de la république avait engagé rassemblée à rétablir, sans restrictions, le suffrage universel.
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H 4 CORRESPONDANCE
Toutefois il ne pense pas comme vous sur ce que doit penser votre directeur; il croit, lui, que ce fonctionnaire a intérêt à vous garder près de lui.
Quant à l'obtention d'une direction pour vous, quels que soient vos droits, il me semble que ce serait bien difficile en ce moment ; mais ne désespérons pas.
M. Pellot m'a parlé de vous, il y a quelque temps, avec beaucoup d'intérêt. J'ai montré à M. Tonnet le certificat que je vous envoie. « Il n'a pas besoin de cela, m'a-t-il été « répondu. Son dossier vaut mieux. »
J'ai fait connaître les judicieuses observations que la loi électorale vous a inspirées. M. Tonnet et moi ne savons comment il faudrait s'y prendre pour faire disparaître de cette loi f inconvénient majeur que vous signalez avec tant de raison. 11 y a là certes un éternel obstacle à la réhabilitation de tous les individus repris de justice. Et ce qu'il y a de singulier, c'est que je me trouve dans ce cas, ce qui ne me touche guère, mais par une rétroactivité de peine qui est l'outrage le plus inconcevable à tout sentiment de justice.
Relativement à la mention sur les actes mortuaires,)!. Tonnet m'a dit que, suivant ce que vous avez fait où vous l'avez pu, il est ordonné désormais de ne plus faire les actes de l'ancienne façon ; aussi Tai-je surpris quand je lui ai cité celui du duc de Praslin, où M. Pasquier avait exigé qu'on inscrivît : Mort dans la prison de la Chambre des pairs. On avait cru ne devoir mettre que le nom de la rue Vaugirard et le numéro de la maison. Dans cette occasion, M. Pasquier fut approuvé, et, selon moi, devait l'être. Le cas était tout particulier. Il n'en est pas ainsi de ceux pour lesquels vous avez demandé la réforme de l'ancienne formule.
En entrant dans tous cesdétails avec M. Tonnet, j'étais charmé de lui donner de vous une idée encore plus avantageuse que celle qu'il avait déjà.
DE RÉRANGER. H5
Je n'ai pourtant pas cru devoir lui lire vos vers que je vous remercie de m1 avoir envoyés. Tout moraux et bons qu'ils sont, vous savez qu'on n'aime pas les rimeurs dans l'administration.
XGV
A MONSIEUR DEHIN
12 novembre 1851.
Laissez en paix ce pauvre ivrogne, mon cher Dehin; je ne voudrais pas qu'à cause de moi il lui arrivât le moindre mal. Quel crime y a-t-il à ce qu'on lui donne ou qu'il prenne mon nom pour enseigne? N'en remerciez pas moins de ma pari M. Guillaume, pour les expressions flatteuses dont il a bien voulu se servir en parlant de moi dans son certificat, que je vous renvoie, ainsi que vous le désirez ; encore un coup pourtant, ne vous servez pas de celte pièce contre le malheureux H"*.
J'avais oublié de vous dire que ce pauvre diable avait pris toutes les précautions pour que le ballot de ses chansons, ainsi que son portrait et sa lettre, ne me coûtassent aucun frais de port. Jugez du nombre de verres de genièvre dont il a dû se priver pour économiser ma bourse, et, en faveur d'un pareil sacrifice, pardonnuz-lui toutes ses fautes.
11 vous restera à me pardonner la peine que cela vous a donnée.
Adieu, mon cher Dehin ; tout à vous de cœur.
Votre tabac me semble de bonne qualité ; mais ne vous faites pas une affaire avec les douaniers; attendons le libre échange.
V. S. A l'instant de porter ma lettre à la poste, je la rouvre, parce que je reçois la vôtre et celle de M. Soliau. Croyez, mon cher Dehin, que, malgré le plaisir que me fait
la part que M. Sotiau veut bien prendre à cette affaire, je n'avais pas besoin qu'on m'assurât de votre imparti alit é pour accepter sans réserve tout ce que vous pouviez me dire de H*** ; vous n'êtes pas de ces gens desquels on ait l'idée de douter en matière de délicatesse. Je vous remercie, ainsi que M. Sotiau, de l'intérêt que vous voulez bien apporter à ce qui me concerne et à ce qui touche à l'honneur de mon nom dans cette circonstance. Mais je vous prie tous les deux de ne pas troubler dans son petit commerce le confrère H***, qui me rappelle un mot de mon ami Chateaubriand : « J'aime « les ivrognes, disait-il un jour; le gourmand s'attable seul; « l'ivrogne cherche toujours quelqu'un avec qui boire et a trinquer! » En parlant ainsi, l'auteur des Martyrs ne parlait pas des buveurs qui mettent à la besace leurs femmes et leurs enfants.