‹ Correspondance de Béranger (volume 2)Chapitre 72 sur 162 · A MON S1EU II G IL H A B D · texte numérisé non relu

A MON S1EU II G IL H A B D

3 février 1855.

Le pauvre Lamartine, dont vous me parlez, est étendu depuis six jours dans son lit, malade de chagrin, me dit-il. Rien de plus affligeant que de voir un pareil homme dans celte triste situation. Comment ne se trouve-t-il pas un riche capitaliste qui se fasse honneur de le tirer de là? Je suis persuadé qu'il n'y a rien à y perdre; un adroit spéculateur y gagnerait même. Se séparer de ses propriétés a toujours été

pour lui le parti devant lequel il a reculé; ce qui a accumule les intérêts et accru par conséquent son embarras. Aujourd'hui, il se résout à vendre, mais les acquéreurs ne se présentent pas; il a des ennuis dans son département, et ceux qui ici pourraient se faire une gloire de liquider cette fortune préfèrent doubler leurs fonds à la Bourse, où peut-être un jour ils rencontreront leur ruine. Quel temps ! quels hommes !

Heureusement que nous avons eu un mariage1 pour nous consoler de toutes nos peines. Je n'en ai vu que les voitures revenant aux écuries. J'ai reconnu la principale : il y a bien longtemps que je l'ai vue traîner un Empereur mort à Sainte- Hélène, et plus tard une impératrice morte méprisée dans un coin de l'Italie.

Vous devez croire qu'à défaut de la presse on fait circuler les bons mots et les anecdotes. Que de sottises dans tout cela, sans compter les mensonges! C'est pour de pareilles balivernes qu'on néglige des choses bien autrement graves, qui devraient nous préoccuper. Nous serons donc toujours les mêmes; et puis plaignons-nous !

CXLVJ

Page 1