MONSIEUR É M 1 L E P E R E I B E
o février 1853.
Mon cher monsieur Pereire, si je n'étais malade au coin du feu, je serais pendu au cordon de votre sonnette.
Je ne sais que d'hier que vous commandez des tableaux : or j'ai un ami que je regarde comme l'un des plus parfaits paysagistes et qui meurt de faim dans son grenier, malgré l'estime des vrais connaisseurs.
Il se nomme Chintreuil , et les véritables amateurs du genre
1 Le mariage de l'empereur Napoléon III.
montent jusqu'au sixième pour admirer ses productions. Faites descendre chez vous plusieurs de ses œuvres et vous jugerez vous-même de sa modeste, trop modeste supériorité. Je suis sûr que vous apprécierez du premier coup d'œil ce rare talent qui ne vise ni à éblouir ni à étonner ceux qui le regardent quelques minutes. Vous devez aimer l'exquise simplicité de ce talent si contenu, qui n'a encore pour partisans que les connaisseurs qui, comme moi, n'ont pas le sou dans leur poche.
Je vous supplie donc, mon cher monsieur Pereire, de prendre sous votre protection mon excellent ami Chintreuil, et de me croire tout à vous de cœur.
CXLYII