‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 108 sur 141 · A MADEMOISELLE ERNESTINE DROUET · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE ERNESTINE DROUET

24 juin 1856.

Chère enfant, si vous ne m'aviez pas volé ma plume, il y a des heures que je vous aurais écrit pour vous dire que j'ai reçu ce matin un grand et beau rosier, avec deux vers d'une main que vous connaissez. Les vers m'ont fait reconnaître madame S***, la jeune muse, bien qu'il n'y ait pas de signature.

J'aurais envoyé sur-le-champ un remercîment digne d'un si précieux présent, mais j'ai égaré les cartes de madame la Commodore et de son aimable fille.

Je suis donc forcé de recourir à vous, ma chère enfant, pour faire parvenir mes remercîments à la jeune dame, à qui vous voudrez bien témoigner de toute ma gratitude.

Je suis sûr que vous vous chargerez avec plaisir de cette commission, dont je vous serai très-reconnaissant. A cette commission j'en joins une autre, c'est de faire mes amitiés respectueuses à madame votre mère, et de me rappeler au souvenir du papa, lorsqu'il sera de retour.

P. S. J'attends le grand médecin L-je crois aller un pou mieux aujourd'hui. C'est bien sot d'être malade!

CGLXXXVIII

29 juin 1856.

Mon cher monsieur, vous avez pris un bien mauvais commissionnaire pour traiter vos affaires à l'instruction publique. A soixante-seize ans, et souvent malade, je ne mets plus le pied à votre ministère, dont je suis très-éloigné et où je n'ai plus qu'une connaissance, qui, elle-même, garde le lit depuis longtemps. Quant au ministre, il y a plus de deux ans^ que je ne l'ai vu.

A défaut de démarches pour ce qui vous concerne, j'ai tâché d'avoir quelques renseignements. Ceux qu'on me donne n'ont rien d'encourageant. Il y a, dit-on, une ligue dans les bureaux pour en fermer la porte aux survenants de province. Le ministre y doit pouvoir quelque chose, mais il faudrait le voir, et, je vous le répète, nous ne nous voyons plus.

Si Reynaud était à Paris, je lui aurais communiqué votre lettre. Mais je le crois en Suisse. D'ailleurs il ne doit pas être plus puissant que moi; tout me le fait craindre.

Vous voyez, mon cher monsieur, que vous avez d'assez piètres appuis, si vous ne pouvez compter que sur lui et moi.

Croyez que je regrette bien sincèrement de ne pouvoir vous servir comme vous aviez droit de l'espérer.

Peut-être se présentera-t-il quelque moyen que je n'entrevois pas encore. Soyez sûr que je le saisirai avec un vrai plaisir.

' M. Fortou] él.nit venu voir, en 1854, Déranger malade.

CORRESPOISDANCE

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