CCLXXXIX
A MADAME BLANGHECOTTE
8 juillet 1856.
Ma chère enfant, depuis que je vous ai écrit, j'ai toujours été souffrant, et mon mal a été au point de rendre une consultation utile entre Bretonneau, Trousseau, etc. Malgré toute la science de ces messieurs, je crains qu'ils n'aient pas bien reconnu les causes du changement qui s'est fait et qui continue dans ma santé. Je suis sans force ; j'hésite même à aller prendre l'air un dimanche.
Vous voyez que le changement est grand. On m'a parlé d'anévrisme ; mais on a quitté cette idée, et je crois qu'on a bien fait, malgré quelques semblants qui ont pu tromper les docteurs. Au reste, Bretonneau était d'un autre avis.
Je fais tout ce qu'on me dit : on ne peut donc me gronder. Nous verrons.
Vous voyez que ma vie est toute changée.
Bretonneau, qui a passé plusieurs jours ici pour moi, va revenir sans doute, et peut-être les consultations recommenceront-elles.
Voilà mes divertissements.
Je vois, malgré vos plaintes, que si, en effet, votre princesse vous laisse là-bas, vous pourrez travailler. Je m'en réjouis fort pour vous. Tâchez de vous lier avec Ponsard et Laprade. Ce sont de bien bonnes connaissances pour vous.
Lamartine m'a amené, il y a trois jours, un Américain qui voulait me voir et dont il a^Dcsoin pour placer, sans doute, des abonnements. 11 paraît en avoir vingt mille. Si
cela peut durer, tant mieux! mais je crains que l'affaire ne soit mal conduite, au moins dans ses détails.
Je ne sais quand je pourrai me hasarder à aller à l'Hôtel de ville, quoique la course ne soit pas longue. J'irai pourtant.
Je suis bien fatigué : j'achèverai cette lettre demain matin.
Madame Lacoste a écrit pour vous à son amie, madame Montgolfier, qui habite Aix ; mais celle-ci n'a pu lire votre nom. Vous pouvez donc, si cela peut vous plaire, vous présenter chez cette dame qui a connu la pauvreté et en a triomphé par le travail. Elle est fort aimable et peut-être pourrait vous être utile. Écrivez-moi et, quand je le pourrai, je vous répondrai.
Adieu, chère amie, prenez patience et profitez du temps qu'on vous laisse.
P. S. Je n'ai pas revu votre mari ; est-ce qu'il est mort de chagrin en votre absence?
CCXG
A MADAME DE BOUDONVILLE
Juillet 1856.
Chère amie, j'avais été bien charmé d'apprendre que madame G*** était près de vous; malheureusement, deux lignes plus loin, je vois que cette amie vous quitte. Ne pourriez-vous aussi aller à Aix-la-Chapelle? Je suis sûr que B*** se trouverait mieux de ces dernières eaux. Est-ce que vous êtes encore de ces bonnes gens qui croient aux prescriptions hippocratiques?
J'ai été bien touché que vous ayez pris la peine de m'é-