‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 67 sur 141 · A MONSIEUR COLLINS · texte numérisé non relu

A MONSIEUR COLLINS

10 décembre 1853.

11 faut avoir soixante-quatorze ans, d'assez mauvais yeux et un surcroît d'affaires, quand on ne demande plus que le repos, pour ne pas rougir, en venant, après six mois» vous remercier de l'honneur que vous avez bien voulu me faire de me gratifier d'un exemplaire de votre Science sociale.

J'avais voulu d'abord, monsieur, me borner à la lecture des chapitres que vous aviez eu la bonté de m'indiquer; mais je fus entraîné à tout lire et même à relire; de là le long temps que j'ai mis à vous venir offrir mes remercîments.

' Letlre communiquée par M. £. Dentu.

Et pourtant, monsieur, il faut que je vous l'avoue : je me suis perdu dans la métaphysique que j'ai rencontrée en tant d'endroits de vos deux volumes. Tout ami que je suis des Lamennais, des Cousin et de tant d'autres, la métaphysique est mon cauchemar. C'est bien mal, n'est-ce pas? Que voulez-vous, ma pauvre nature est chose incomplète. Je n'ai donc pas parfaitement compris toutes les conséquences que vous tirez de certains principes, et toutefois ces principes me charment souvent. Et puis, monsieur, je crains que vos conclusions politiques ou celles qu'on pourrait tirer de votre œuvre ne soient complètement opposées à celles dont je me suis fait le très-humble serviteur. Il faudrait plus de science de déduction que je n'en ai pour combattre vos idées. Je suis sûr môme que vous triompheriez sans peine de mes attaques. Je juge de votre polémique par la manière supérieure dont vous rétorquez vos adversaires.

Mais j'en viens à ce qui m'a plus touché dans votre livre ; c'est vous, monsieur, qui apparaissez presque à chaque page et y faites prendre de vous l'idée la plus élevée et la plus capable d'inspirer une estime sans bornes pour votre humanité.

J'avais entendu dire un grand bien de vous, monsieur; mais votre ouvrage a accru en moi cette opinion. Il m'a aussi révélé votre supériorité d'intelligence et de connaissances.

Il est beau de se montrer ainsi dans un livre, sans penser même à y laisser trace de soi. Car c'est le bonheur de l'humanité qui vous préoccupe avant toute chose.

Permettez-moi donc, monsieur, en m'abstenant de me prononcer sur un livre trop au-dessus de ma force d'entendement, de m'en tenir à vous exprimer ce qu'il m'a fait sentir d'estime pour son auteur.

DE DERANGER. 239

A MONSIEUR PAUL BOITEAU

24 décembre 1853.

Mon cher ami, j'allais vous donner quelques conseils, blâmer sans doute votre résolution, vous parler de vos parents et de la nécessité d'être sûr, avant tout, d'un emploi ; mais j'ai réfléchi au mariage projeté de Panurge. Alors j'ai pensé que je n'avais qu'à vous engager d'aller consulter le clocher de votre paroisse. Allez, mon cher Boiteau, et si elles vous disent : Marie-toi, eh bien, morbleu! mariez-vous.

Autrefois je vous aurais dit : Je chanterai à la noce. Aujourd'hui, vieux reclus, je me contenterai de prier au coin de mon feu pour le bonheur de l'époux et de la charmante épousée qui vous donnera raison aux yeux de tous les assistants.

En attendant cet heureux jour, venez dîner encore avec nous quelquefois, en profitant d'un reste de liberté, et croyez-moi pour toujours votre tout dévoué.

A MONSIEUR LABROUSTE,

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