‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 81 sur 141 · IV · texte numérisé non relu

IV

Quand vous m'enverrez la liste de vos amis, accompagnez-la de notes.

Si j'en connais pas un, je veux être pendu.

besoin et rien? » il dit, d'un ton mécontent : Je n'ai besoin de rien du tout : qu'on me laisse en paix! Ayant dit : Madame! la nièce crut qu'on l'appelait : il dit : Non. Sur sa demande si c'est la garde qu'il voulait, il dit : Oui. Henri Martin et Carnot rentrèrent dans le cabinet de travail. Quand vint madame de Grandville, elle s'approcba du lit et dit : « Je suis Antoinette ; me reconnaissezvous? » Il dit : Parfaitement; je suis bien aise de vous voir... Mais j'ai affaire avec mes ainis. La nièce et son amie ayant pi'omis de ne plus f;iire de tentatives, elles restèrent au bout du canapé à prier. M. Lamennais se sentait mourir ; il dit à l'un de nous : Ce sera pour cette nuit ou la prochaine.

« A cinq heures moins un quart, Armand Lévy étant près du lit. Lamennais lui dit : Il faudrait aller trouver M. Emile F orgues, rue de Tournon, 2, pour lui dire de venir me voir demain matin ou plutôt ce soir. Armand Lévy répéta cette parole à Auguste Barbet, et Carnot partit pour la rue de Tom-non avec Henri Martin, et revint avec Emile Forgues sur les cinq heures et demie. Auguste Barbet ayant prévenu le malade de l'arrivée de M. Forgues, celui-ci entra, se pencha près du malade ; M. Lamennais lui parla de la publication de ses œuvi-es, dont il le chargeait par ses testament et codicille, et dit entre autres choses : Soyez ferme ! on essatjera de vous circonvenir; publiez tout, sans changer ni retrancher! Forgues dit : « Vos volontés seront exécutées complètement, sans qu'il y soit changé im point ou uncvirgidc,jevouslejure! » Alors, se retournant vers nous, et rentrant dans le cabinet de travail de 51. Lamennais, près la cheminée, Forgues répéta : « M. Lamennais m'a dit : « Soyez ferme ! on « essayera de vous circonvenir. » Je l'ai juré, je publierai tout ce que je trouverai. «

« Dans la soirée, Armand Lévy s'approcha de la nièce de M. de Lamennais et de madame de Grandville qui étaient au salon. Elles lui dirent: «11 est bien triste de voir mourir et mourir comme cela. Car, enfin, ajouta la nièce, c'est lui qui m'a faite chrétienne » . Armand Lévy répondit : « La chose première, c'est que la volonté du mourant soit respectée ». La nièce dit : « C'est vi'ai, et sa volonté est malheureusement trop évidente ». Il ajouta : « Si M. Lamennais eût voulu un prêtre, nous eussions été le chercher aussi vite que nous avons couru chez M. Forgues ». La nièce paraissait touchée de l'empressement qu'avait mis M. Barbet à la faire prévenir, et elle le disait. Cette conversation fut répétée à l'instant aux personnes qui étaient dans l'autre pièce.

« La lucidité de M. Lamennais fut parfaite toute cette journée du dimanche. Sa niain conserva longtemps de la force. A dix heures du soir, il buvait avec une cuiller, sans renverser, s'impatientant si on voulait soutenir sa main. Le docteur Jallat qui, le matin, était venu sur les huit heures et demie et était reparti, revint sur les deux heures et resta jusqu'au soir. La garde-malade, qui veilla M. Lamennais depuis le jeudi '23 février jusqu'à la fin, l'autre garde étant tombée malade, est madame Valleton; elle ne le quitta pas. Tout le dimanche soir, chaque personne qui se présentait put entrer ;ll entra même une personne qui n'avait jamais vu M. Lamennais. Entre autres personnes qui vinrent ce soir- à

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