‹ Correspondance de Béranger (volume 3)Chapitre 82 sur 141 · A MONSIEUR ANTIER · texte numérisé non relu

A MONSIEUR ANTIER

27 février 1854.

Merci de la triste nouvelle.

A-t-on écrit à Blaize?

Il faudrait, il me semble, le prévenir. Sa nièce est-elle là? Il la faut appeler.

Je suis toujours souffrant de la tête. Au reste tout regarde maintenant la famille. Engage M. Barbet à laisser la conduite de tout à la sœur de Blaize.

Madame lémeniz m'a écrit pour avoir un rendez-vous : je présume qu'elle veut ravoir ses lettres. J'en ai parlé ce matin à M. Barbet; il est d'avis, comme moi, qu'il faudrait

étaient M. Benoît-Chanipy, l'un des exécuteurs testamentaires, le nonce polonais Carrouski, le général UUoa. Carnol revint le soir, ainsi que Henri Martin et Jean Reyiiaud. Ce qui s'était passé en leur absence leur fut redit textuellement alors; ils partirent à dix heures du soir tous les trois, et, en même temps qu'eux, Armand Lévy. Restèrent pendant la nuit Auguste Barbet, Montanelli, Forgues, madame Grandville et la nièce de M. Lamennais.

« Le lendemain matin, M. Lamennais expira à neuf heures trente-trois minutes, peu d'instants après le départ de sa nièce et de Montanelli. (On pensait qu'il passerait encore la journée, tant il conserva de foi'ce jusqu'au dernier moment). M. Lamennais était en ce moment entouré encore de quelques-uns de ses anciens comme de ses nouveaux amis. M. Barbet lui ferma les yeux. Henri Martin était arrivé quelques instants auparavant ; Armand Lévy quelques instants après.

« Toutes lesquelles choses nous avons cru devoir consigner, maintenant que notre mémoire est encore toute fraîche, pensant utile et nécessaire d'indiquer nettement au milieu de quelles circonstances avait eu lieu l'expression de la volonté de M. Lamennais sur la publication et la réimpression de ses ouvrages, afin qu'on puisse au besoin mieux apprécier pourquoi il le fit, comme aussi de faire connaître ses derniers moments pour qu'il soit bien constaté quelles furent, jusqu'à la fin, son indépendance, sa lucidité, son énergie d'esprit et sa ferme volonté.

« Ont signé : Giuseppe Montanelli, Armand Lévy, H. Martin, H. Carnot, 11. Jallat. »

Paris, le 15 mai 1854.

ravoir les quatre ou cinq volumes de lettres qu'elle a de Lamennais en échange de celles qu'elle a écrites à celui-ci. M*** a refusé de rendre à Lamennais les lettres que celui-ci lui a demandées.

Je voudrais bien causer avec Blaize sur la partie dont il est chargé par le testateur.

CCXXXIY

A MONSIEUR DEHIN

12 mars 1854.

Je suis tellement occupé des affaires des autres, mon cher Dehin, qu'il m'a été impossible de répondre plus tôt et de dissiper vos inquiétudes à mon sujet.

Il y a eu en effet quelques brutalités policières au convoi de Lamennais, mais je vois qu'elles ont été fort exagérées par les feuilles étrangères.

Quant à moi, je n'ai eu qu'à en souffrir moralement. Mon mal de jambe ne m'ayant pas permis de suivre à pied le convoi, mon fiacre a trouvé partout les passages libres pour moi.

Je puis même dire que j'ai été partout protégé. J'aurais voulu qu'il en fût de même pour la foule, qui n'avait, selon moi, que le désir d'exprimer ses regrets pour la perte d'un grand écrivain, mort dans la haine d'opinions qu'il avait défendues au commencement de sa carrière.

Au milieu d'une lutte assez courte entre les hommes de police et les jeunes gens, qui avaient cru au droit d'exprimer des sentiments honorables, je n'ai cessé d'être protégé* et j'ai pu arriver à la fosse commune où a voulu être

* « Le 29 février, un imim.'nse concours dc-f euplc élait répandu depuis la rue du Grand-Chanlicr jusqu'au cimetière de l'Est. La foule silencieuse se dé-

dépose l'auteur de V Indifférence en matière de religion et de VEsquisse d'une philosophie.

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